Si loin si proche Cartusien

Participant
Grand Prix Printemps 2013
Lors d’une promenade récente sur les hauts plateaux du Vercors, nous nous sommes retrouvés sur un sentier escarpé qui longeait une falaise spectaculaire, et au bas de laquelle on voyait bien que la mort nous attendait en rigolant, au cas où ce soit son jour de chance à elle. Nous étions donc là, tout au bord d’une ligne invisible mais pourtant fondamentale, et qui sépare sur à peine quelques centimètres de large le monde des vivants du monde des morts.

Et tout à coup, c’est comme si j’avais été saisi d’une vérité vertigineuse... Car souvent, quand on pense à la mort, c’est à une énigme totale qu’on est confronté, à une question philosophique tellement complexe qu’il vaut vieux se réfugier alors dans des croyances naïves et tribales si on veut éviter le mal de crâne. Et pourtant là, sur ce chemin escarpé des Préalpes dauphinoises , je me suis mis à expliquer tout simplement à mes enfants que la mort, ce mystère éternel, elle se trouvait là, à deux pas de nous, bienveillante et toujours accueillante, et jamais fatiguée aussi... Il suffisait en effet qu’on trébuche sur une racine ou qu’on fasse un simple pas de côté pour que soudain on l’embrasse à jamais ! Cette inconnue qu’avec un peu de chance mes enfants ne rencontreraient pas avant quatre vingt ou même cent ans, elle était déjà là, bien discrète, pas racoleuse pour un sou, toute pimpante en somme...

Et il devenait alors évident que tout au long de leur vie, elle les accompagnerait, plus ou moins discrètement selon les circonstances, cachée dans cette voiture qui grille un feu rouge, agrippée à ces bouteilles d’un alcool trop fort ingurgité lors de soirées adolescentes, planquée au cœur d’un essaim de microbes virulents ! Tel le K dans le roman de Dino Buzzati, qui patiemment attend sa proie durant une existence toute entière, elle serait là, comme au premier jour, et comme durant cette journée particulière aussi où, au hasard d’un chemin de randonnée, nous fîmes véritablement connaissance avec la grande faucheuse.
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