Poulet au curry Sohax
AUTOMNE 2012 235 vues
Ce vendredi 1er mars 2002 est un grand jour pour Vikash. Après 10 ans de séparation, ses
parents viennent, enfin, lui rendre visite. Il va les accueillir à l’aéroport de Saint-Exupéry.
Ils arrivent par British Airways à 22h40 en provenance de l’Inde.
Vikash est arrivé en France à l’âge de 15 ans, hébergé par une famille d’accueil
dans la banlieue lyonnaise. Il est venu du Bihar, état du nord de l’Inde, pour subir
une intervention chirurgicale grâce aux dons des bienfaiteurs de l’association
« Coeur Sans Frontière ». Il a été accueilli par la famille Morins : Marc, Maryse
et leurs 2 enfants, Valérie et Hervé. Après l’intervention, des complications
chirurgicales ont compromis le retour de Vikash dans son pays natal au grand regret de sa
famille. Pour permettre à Vikash de rester en France, Marc et Maryse ont entamé la
procédure d’adoption. Les parents de Vikash ont donné leur aval. Pour eux, c’était
la loi du karma.
Maintenant, Vikash est un jeune homme de 25 ans, qui travaille depuis 3 ans comme clerc de notaire. Il habite Lyon et a une petite amie depuis 2 ans, Nathalie avec qui il souhaite faire le plus long des chemins amoureux. Il a économisé pendant 3 ans pour payer les billets d’avion de ses parents. Ces derniers ne connaissent pas encore sa vie amoureuse. L’éloignement géographique et la pudeur culturelle n’ont pas facilité la communication entre Vikash et ses parents, mais aujourd’hui, il a décidé de franchir le pas et se dévoiler à ses parents. Vikash compare sa double culture, orientale et occidentale au « Yin » et au « Yang ». Rien ne les oppose, elles sont complémentaires.
Ce soir, à l’aéroport, l’émotion est très forte lors de ses retrouvailles. La nuit sera courte. Le lendemain, Vikash invite la famille Morins à déjeuner. Il décide de faire un plat typiquement indien, un poulet au curry. Sa mère est inquiète car elle n’a jamais appris à son fils à cuisiner. Pour rassurer sa mère, Vikash décide de l’emmener faire des courses et lui montrer que même en France, on peut trouver tous les produits indiens.
Pour faire ses courses, il a besoin d’un poulet de 2kg, de l’ail, du gingembre, des
oignons, de la poudre de curry, des tomates et de la coriandre fraiche.
Direction le « China Town » du 7è arrondissement, et une demi-heure plus tard, les
voilà rentrés à l’appartement avec la totalité des courses.
Il est 11h00 quand Vikash débute la préparation de son plat. Il découpe le poulet et les fait revenir dans une cocotte avec 2 cuillères à soupe d’huile à feu doux. Pendant ce temps, il coupe en rondelles 2 petits oignons qu’il rajoute aux morceaux de poulet bien dorés. Il laisse suer les oignons 2-3 minutes. Puis, il hache 2 gousses d’ail et un petit morceau de gingembre (environs 2 cm²), mélange auquel il incorpore 2 cuillères à café de poudre de curry. Enfin, il rajoute cette mixture dans la cocotte. Il rajoute du sel et du poivre. Un parfum épicé commence à envahir la pièce. Après 3-4 minutes de cuisson, Vikash ajoute une tomate écrasée et un verre d’eau et laisse le tout mijoter une demi-heure tout en contrôlant la cuisson.
A table, les commentaires sont flatteurs. Cette convergence gustative rend l’atmosphère sereine, propice aux confessions pour Vikash. Il commence par rendre hommage à la famille Morins, reformuler tout l’amour qu’il a pour ses parents puis il recentre la discussion, habilement, sur sa personne. Il peut, ainsi, avouer à ses parents sa liaison amoureuse. Il assume son choix. Ses parents sont conquis par ce jeune homme équilibré, humaniste et amoureux.
Vikash a gagné son pari. Désormais, il peut vivre sa vie d’homme et faire des projets. Ce poulet au curry a été un catalyseur de sa future vie.