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 Drame Famille

Noah et Nuit 

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On a donc enfin l’explication de ces reniflements continuels, de ces mains sanglantes à force d’être grattées. Noah, six ans, est allergique aux chats.

Retour lugubre à la maison, dans la sidération de la nouvelle, à l’heure du goûter.

Noah engloutit mécaniquement un bol de Corn Flakes en levant les yeux de temps à autre et n’a pas remarqué le silence consterné de son père, qui cache son désarroi en regardant par la fenêtre, ni les yeux embués de sa mère, assise en face de lui à la table de la cuisine.
Du haut d’une étagère, la chatte observe la scène d’un œil sévère. Elle était là la première : Noah est né deux ans plus tard, presque par hasard, un premier octobre (neuf mois pile après la Saint-Sylvestre), causant un grand bouleversement dans le bonheur feutré de ce ménage à trois auquel rien ni personne ne semblait manquer. Une nouveauté mal perçue, surtout : le bruit – Noah n’est pas un enfant calme.

Elle s’appelle Nuit, à cause de la couleur de sa robe et du moment où elle est apparue dans leur vie, transie au fond d’une poubelle, à 2 heures du matin. Huit ans qu’elle les charme de ses yeux d’or ! Qu’ils sont poétiques ces soirs où, après son tour des toits, elle répond à leur appel lancé d’une petite voix flûtée dans la pénombre – « Nuit-Nuit » – comme on dit « chat-chat » ou « cui-cui », pendant que l’enfant dort enfin !

L’allergologue a été formel : « Il va falloir vous en séparer. »
On est en novembre et le soir tombe, et leurs yeux se croisent, et s’évitent, et vont de Noah à Nuit, et de Nuit à Noah, Noah qui se gratte et qui renifle et qui larmoie. La cuisine se remplit d’une rumeur assourdie de céréales broyées.
Pour peu qu’on les y pousse, il leur viendrait des idées.