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Elie

Elie

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Lili,
Les jours sont gris.
Les éclairs zèbrent le ciel.
Le tonnerre gronde.
Les nuages pleurent.
Comme toi.
Tu es triste Lili.
Je suis sûre que tu pleures maintenant.
Que tes larmes glissent sur tes pommettes rosées.
Comme la pluie qui s'abat agressivement sur les toits des maisons actuellement.
Je t'imagines, toi.
Ton regard qui crie détresse.
Une détresse à m'en faire exploser les tympans.
Une détresse si grande et si indescriptible.
Même pas les mots suffiront à la décrire.
Lili tu es pâle.
Il y a des hématomes sur tes bras.
Des bleus sur tes genoux aussi.
Quelques pansements essayent de cacher tes maux.
Mais tes blessures parlent.
Non pire,
Elles hurlent de terreur,
Et ça fait peur.
Je les entends, tout le monde les entend.
Par manque de preuves personne ne réagit.
Tu joues tellement bien.
Lili plus tard tu devrais faire actrice.
Lili.
Oh Lili.
Je t'imagine.
Là, dans un silence.
Après des engueulades déchirantes.
Des coups agressifs, d'énormes insultes, bien trop grandes et immondes pour une jeune fille aussi douce et fragile que toi.
Là, dans un coin de cette chambre.
Là, crispée, à te retenir d'éclater.
En sanglots.
En mille bribes,
De,
Toi.

J'aimerais te serrer très fort dans mes bras.
Pour que tu puisses enfin croire à la chaleur de l'amour.
À la bonté de l'être humain.
À la gentillesse des vivants.
Lili tes yeux sont rougis.
Des petits vaisseaux ont éclaté.
Je ne sais pas pourquoi.
Pourtant j'ai ma petite idée.
Ce matin je t'ai vue passer dans la cour de récréation.
Telle une ombre.
Tu es ta propre ombre.
Sinistre, glauque et morose.
Tu es une ombre.
Tes cheveux blonds sont ternes.
Un peu en pagaille, un peu emmêlés.
Ils retombent sur ton visage.
Ce si joli visage que tu t'efforces de camoufler.
Pour éviter qu'on te démasque.
Pour éviter qu'on découvre ton secret.
Cet immense secret qui t'étouffe.
Qui t'empêche de respirer correctement.
Ce secret qui te pèse.
Il devient lourd ce secret.
Bientôt tu finiras par t'écrouler de fatigue.
Parce que ce secret il est trop imposant pour une enfant comme toi.
Lili.

Lili il ne fait toujours pas beau.
Le soleil ne brille pas.
Ça fait des semaines que je n'ai pas vu un rayon éclairer ma peau.
Cette nuit là, alors que je suis dans mon lit.
À contempler dans le noir.
La fenêtre.
À travers cette fenêtre je regarde attentivement cette lumière.
La lumière de la lune.
J'espère que toi aussi malgré la souffrance physique et psychologique dans laquelle tu es.
Tu l'as vue.
La lumière.
Et qu'à cet instant là.
Comme moi j'ai fait.
Tu t'es dit :
« Un jour je verrais la lumière, un jour tout s'arrangera. »
Parce que tout fini par s'arranger.

Lili ce matin je t'ai vue à la pause de dix heures.
Dans la cour de récréation encore une fois.
Tu as toujours ce même gros manteau, ce même bonnet en laine.
Ces mêmes bottes noires et boueuses ;
Ces mêmes mains fourrées dans les poches de ton jean.
Ce même tic de te mordiller la lèvre jusqu'à la faire saigner.
Ce même air déprimant.
Lili cette fois-ci tu as levé les yeux en ma direction.
Tes yeux bleus.
Tu as ce même regard.
Cette même détresse.
Cette détresse qui m'a rendu presque sourd.
Et je ne me suis pas trompé.
Un œil au beurre noir
Tu avais un œil au beurre noir.
Un cocard.
Horrible.
C'était horrible.
J'ai cru que j'allais vomir.
Ça m'a fait l'effet d'un gros coup de poing imaginaire dans le ventre.
Ça m'a fait mal.
J'ai senti mon cœur se fissurer.
Et ton cœur se briser.
D'un seul coup.
Tu n'as rien laissé paraître.
J'ai eu mal pour toi.
Pour toutes les fois où tu as eu mal et que je n'ai rien vu.
Aveugle que je suis.

J'étais en colère.
Tellement en colère contre ces deux personnes.
Ces personnes qui t'avaient engendré.
Elles t'ont faites pour te détruire.
Te réduire en miettes.
En te frappant, te giflant.
Elles te tuaient.
Sans s'en rendre compte.

Alors je me suis levé d'un seul coup de ma place.
J'ai laissé mon sac en plan.
Mon groupe d'amis n'a pas compris.
Toi non plus.
J'ai zigzagué parmi les enfants qui jouaient ou qui discutaient.
Lili.
Tu n'as pas cillé.
Tu n'as pas bougé d'un poil.
Tu es restée.
Immobile.
À m'attendre ou à attendre que je vienne vers toi pour fuir après.
Lili plus je me rapproche de toi.
Plus ces cris redoublent.
Tu cries à l'aide.
Lili.
Je me suis planté devant toi.
Tu n'as rien dit.
Je n'ai rien dit.
Alors que tes cris deviennent petit à petit des chuchotements.
Des petits bruits qui,
Autour de nous,
Se taisent.
On ne dit rien.
On reste silencieux.
Tous les deux.
Et je te prends dans mes bras.