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 Humour Instant de vie Romance

Les roberts de Monique 

Garipook

Garipook

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Gilles et sa femme étaient arrivés les premiers et aussitôt avaient occupé la plage avec leurs parasols, serviettes, rabanes. Les autres n’avaient pas tardé à les rejoindre. La coutume voulait, dans cette bande de copains, que le 1er mai inaugure les activités balnéaires. On se retrouvait avec femmes et enfants pour un pique-nique et un premier bain de mer, pour les plus hardis.

Avec son panier et sa glacière, Monique les avait rejoints un peu en retard. Robert l’avait tout de suite remarquée. Elle était maintenant assise sur sa serviette, ses bras entourant ses jambes pliées. Elle regardait la mer, l’air perdu dans ses pensées. Dernière arrivée dans la bande, c’était une célibataire, tout comme Robert. Autour d’eux, les enfants piaillaient. Ils occupaient leurs parents par leurs cris, leurs jets de sable, leurs disputes... Indifférente à cette agitation, Monique fixait la mer.
Et Robert la détaillait.
Elle n’était pas mignonne, elle « avait du chien ». Nez prononcé, pommettes hautes et saillantes, lèvres charnues, yeux vert foncé... lui donnaient du caractère, un air aussi étrange qu’évanescent. Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, étaient retenus par un crayon, fixé à la hâte pour ne pas qu’ils s’emmêlent. Quelques mèches s’échappaient de ce chignon improvisé. Elle portait un maillot de bain deux-pièces, ocre-orangé, qui rehaussait son teint naturellement mat. Elle était parfaite, sculpturale. D’un coup de crayon, Robert l’aurait volontiers croquée.
Pour le moment, abrité derrière ses lunettes de soleil, Robert se contentait sans vergogne de faire son inventaire. Il passait en revue la plastique de Monique. Pieds fins, jambes galbées et musclées, taille de guêpe, ventre plat, seins impeccables d’après ce qu’il pouvait en juger, ni trop gros ni trop petits. Il détestait les gros seins, lourds synonymes pour lui d’allaitement, et qui, inexorablement, selon les lois de la pesanteur, avaient une tendance à s’effondrer. Pas plus qu’il n’appréciait les seins « riquiqui », qui donnaient aux femmes des allures d’homme.

Monique regarda Robert.

Aussitôt il se détourna, gêné à l’idée qu’elle surprenne son regard. Tout à coup, il se sentit gauche, lourdaud. Et puis ses ongles de pied étaient trop longs ! Il les plongea dans le sable. Le lacet de son maillot pendait à l’extérieur ! D’un geste rapide, il le rentra. Et son ventre ? C’est vrai, son métier de commercial, avec des heures passées en voiture et de trop nombreux repas au restaurant, ne l’aidait pas ! Il pinça entre deux doigts un bourrelet naissant. Ces petites poignées d’amour n’avaient rien de coquin ou séduisant. Il se redressa, rentra l’estomac, bomba un peu le torse. Il avait une bonne tête, n’était pas mal fait, à ce que l’on disait, mais il s’était négligé. Mentalement, il se mit à prendre de bonnes résolutions : il allait limiter les bons repas, se remettre à courir, et d’ailleurs, dès aujourd’hui, braver la fraîcheur et nager. Cette Monique était trop craquante. Il n’arriverait à rien avec elle s’il ne se reprenait pas en mains.

Jacques, le joyeux drille de la bande, proposait d’aller tâter l’eau. L’air goguenard, il ajouta à l’adresse des filles : « Faut y aller les seins à l’air, ça peut pas leur faire de mal après une si longue hibernation ! » Et il éclata de rire. Monique lui jeta un regard noir et plongea le nez dans son sac. « Mais qu’il est lourd, pensa Robert, c’est plus fort que lui, il parle et réfléchit après celui-là ! »
Pour cacher son trouble, Monique qui continuait à farfouiller dans son panier, en sortit un tube de crème solaire et commença à s’en enduire avec application. Elle massait ses longues jambes, se déhanchant d’une fesse sur l’autre pour atteindre le haut de la cuisse, puis les bras, le cou ; méthodique, elle descendait vers la poitrine et le ventre.
Et Robert la matait.
Elle commença à se contorsionner et montrait quelques difficultés pour atteindre le dos. C’était le moment où jamais. Robert lui proposa son aide. Elle leva la tête, interloquée, puis accepta. Monique avait fait glisser les bretelles de son soutien-gorge pour libérer ses épaules, Robert étalait la crème. Il sentait le grain fin de sa peau. Il s’appliquait, attentif à ne pas se coller de sable sur les doigts, au risque de faire évoluer le doux massage en gommage abrasif. Monique, un peu crispée au début, se décontractait sous les mains expertes de Robert. Sa nuque s’était relâchée, sa tête tombait sur sa poitrine, son dos s’arrondissait. Elle s’abandonnait.
Tout à ses sensations, Robert, d’un geste maladroit, accrocha l’attache du soutien-gorge… Bien que Monique, en une fraction de seconde, ait plaqué ses mains sur sa poitrine, il était trop tard ! Il avait eu le temps d’apercevoir deux seins minuscules. À ses pieds gisait l’objet de ses fantasmes... Un pathétique soutien-gorge rembourré.
Bras ballants, œil rond, bouche ouverte, Robert ne réussit qu’à articuler avec peine : « Et... Euh... Jane Birkin, t’aime bien toi ? »