Le silence, un mot Emmanuel

Participant
Grand Prix Printemps 2013

Elle dort.

C’est encore arrivé. Je me prends la tête dans les mains, malaxe mes tempes. Frénétiquement.

Je reste là, dans ce lit. Figé. Ca commence à craindre. Vraiment. Je ne sais plus comment faire.

Un blocage, ils disent ça, les amis à qui j’ai osé l’avouer. Ils tentent de comprendre, ils conseillent :
- Tu en es déjà parlé à quelqu’un ? A un médecin ?
- Plusieurs. Rien n’a changé.

Elle dort. Son souffle, apaisé. Je préférerais qu’elle me jette, comme A, qu’elle se foute de moi, comme B, qu’elle culpabilise, comme C ou qu’elle me dise « pas grave, t’inquiète, la prochaine fois, ça ira » comme D. Rien de tout ça. Pas un mot. Je continue à malaxer mes tempes, plus fort. Je vais percer mon crâne. Me blesser. Je voudrais chasser Le mal par un autre. Peut-être voudrais-je chasser le mâle en moi. Car je n’assume pas, qui le ferait ? J’en ai parlé à des spécialistes, j’ai déjà dit. Je ne sais plus ce qu’il ont proposé. Si, je me souviens. On traite ça aujourd’hui. Ne vous inquiétez pas. Pas de pathologie physique. Dans votre tête. On sait traiter.

Un temps, j’ai trouvé la parade. Ne plus le faire. Simple et efficace. Mais ce soir, elle est arrivée dans ce bar. M’a reconnu. On se croise parfois. Je lui plais bien, elle me plaît. Elle a payé un premier verre, celui de l’amitié, j’ai remis la tournée, celle des regards, des envies. On a continué ainsi. Le ping-pong a duré quelques heures. Je n’ai pas pensé à ce qui allait arriver. A la suite de la soirée. La sortie du bar, les rires complices, la proposition du dernier verre devant l’immeuble, la main prise dans l’escalier. Tous ces putains de clichés. Délicieux. Flippants.

Elle bouge. Tend le bras. Cherche un corps. Elle doit rêver. Elle croit qu’elle vient de passer une nuit brûlante. Elle ne se rappelle pas encore qu’elle partage le lit de Lucky Luke, celui qui jouit comme l’éclair. Qui ne donne pas de plaisir. Qui ne pourra plus. Car ça commence à craindre. Vraiment.

Elle me regarde. Je ne m’en étais pas rendu compte. Elle est tendre. Elle va me refaire le coup de D et proférer le cruel « pas grave ». J’attends la sentence.

Elle reste silencieuse. Ne fait rien. Je soutiens ses yeux. Je ne fais rien. Il ne se passe rien. Et tout se passe. Une étrange confiance. Un truc inexploré, jamais vécu. Elle se rapproche soudain, lentement. Un baiser sur le coin de la bouche et un mot :
- Dormons.

Lors des « après », mon cœur battait vite.

C’est curieux, mon pouls est régulier.

Le prix est terminé mais vous pouvez continuer à aimer.
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