Le puits de lumière Mc Comte

Participant
Grand Prix Printemps 2013
Je me tenais debout devant cette porte cochère, fixant le heurtoir. Il ne ressemblait à rien de ceux que j’avais pu voir dans mes autres promenades. Il formait une boule compacte, à partir de filaments s’entremêlant les uns aux autres, laissant passer un minuscule puit de lumière au centre. Je ne toquais même pas avant d’entrer, je poussais juste la porte, qui s’ouvrit presque d’elle-même. L’intérieur de la pièce était sombre, au plafond un grand lustre en verre était recouvert de tissu. Tout était caché, on ne sentait plus aucune vie humaine dans cette vieille demeure. Deux chauves-souris pendues aux poutres surplombant l’escalier me regardaient. Leur regard transparent et absent, ne fixant que l’ombre de moi-même me donna la chair de poule. Après quelques minutes à regarder chaque bibelot couvert de poussière, je me sentais mieux. Cette atmosphère n’était plus pesante, elle me rappelait vaguement une ambiance familière. L’odeur du vieux, les rideaux jaunis par le temps, tout ceci était une part de moi, je le sentais sans savoir pourquoi. Je décidais de prendre les escaliers et de visiter l’étage. L’odeur était plus forte, les portes étaient toutes fermées à l’exception d’une. A présent, je prenais cette visite comme un jeu, à la recherche d’un trésor, je décidais d’éviter l’évidence et le piège de la porte ouverte. Ils ne m’auraient pas aussi facilement. Je me donnais trois chances pour dénicher la porte qui me mènerait. Qui me mènerait où ? Au paradis, certainement pas ! Peut-être tout simplement vers ce qui m’attirait depuis le début dans cette maison. Cinq portes s’offraient à moi, chacune possédait un heurtoir représentant une partie de celui qui se trouvait sur la porte cochère. Cela me fit rire, j’imaginais la porte principale enfantant tous ces marteaux de porte. J’ouvris la première, rien ne se trouvait à l’intérieur, si ce n’est un vieux lit à baldaquins. Visiblement personne n’avait dormi dedans depuis des années. Je la laissais ouverte pour laisser passer un peu de lumière et m’orientait vers la porte suivante. En l’ouvrant une souris passa entre mes jambes, fuyant vers la sortie. La pièce ressemblait à un musée, plusieurs poupées étaient alignées sur des étagères. Il y avait même des vitrines contenant des membres de poupées. Retournant dans le couloir, je pensais à ma dernière chance. Si la salle suivante ne contenait rien d’intéressant, cela signifiait que j’avais perdu le jeu. Sortant de mes pensées, j’aperçus un nouveau marteau, caché derrière une cheminée. Ce heurtoir paraissait totalement irréel, il était le puit de lumière que j’avais vu sur le marteau de la porte d’entrée. Je prenais mon courage à deux mains, repris mon souffle. Ouvrant la porte, je fus ébloui par la lumière aveuglante. Un immense faisceau de lumière entrait par la fenêtre et pointait vers le corps d’une femme. Elle était assise, vêtue d’une robe blanche en dentelle. Ses mains vieillies et ridées, posées sur ses cuisses, laissaient entrevoir un passé de dur labeur. La dentelle de sa robe n’était plus très blanche, le temps avait encore une fois fait des ravages. Mes yeux regardaient son cou, un cou fier, droit qui donnait une grande importance à cette dame. Je scrutais son corps, j’étais troublé. Son nez ressemblait au mien, la narine gauche remontant légèrement vers le haut avec un petit air arrogant. Ses lèvres fines, étaient pincées, comme si on les avait condamnées au silence. Si j’avais eu une mère, j’aurai voulu qu’elle lui ressemble. Je sentais les larmes me monter aux yeux, je voulais pleurer une morte inconnue. Je voulais entendre une respiration, mais pas celle de cette femme, celle de ma mère. Celle que j’avais tant attendue lorsque je grandissais seul. Je regardais à présent les yeux de cette femme en blanc, ils étaient morts, ne fixaient rien. Ils se fixèrent sur mon visage, et je sursautais. Une voix rocailleuse et sortie d’outre-tombe me murmura : « Bonjour fils ».
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