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 Instant de vie Amitié

Le marteau et les étoiles 

Evinrude

Evinrude

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— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je m’entraîne.
— Tu t’entraînes à quoi ?
— Je m’entraîne à clouer des étoiles.
— Clouer ?... Des étoiles ?... Mais...

Il agitait son marteau avec des mouvements dont l’amplitude lui donnait des airs de ballerine du Bolchoï.

— Mais... pourquoi ?
— Pourquoi ? Mais c’est évident voyons ! Pour éclairer la nuit !
— Mais... la nuit... c’est pour dormir ?!

De désespoir, il en jeta son marteau et posa sa boîte d’étoiles sur l’escabeau.

— Et puis pourquoi t’entraîner ? Tu n’y arrives pas du premier coup ?
— Non ça demande beaucoup de concentration !
— ...
— Tu ne comprends rien, c’est pas possible ! Tu le fais exprès ?
— ...
— Ça demande de la dextérité et de l’application et quand je te parle de la nuit, c’est de la nuit de l’âme dont je parle, celle qui te lyophilise, te phagocyte subrepticement.
— Ahhh !
— Ah oui je vois bien que tu ne comprends rien ! Tu n’as jamais rien compris d’ailleurs ! Tu es tellement occupé à garder les pieds sur terre que tu ne vois même plus les étoiles !
— Oui, enfin là il ne s’agit pas de vraies étoiles ! Juste des morceaux de plastiques découpés en forme d’étoiles !

Il reprit son marteau. Ses épaules semblaient porter tout le malheur du monde.

— Je te reconnais bien là. La métaphysique ça n’a jamais été ton truc. Figure-toi que ces bouts de plastique comme tu les nommes sont très difficiles à
trouver ! Ils étaient en rupture de stock au rayon développement personnel de la FNAC.
— Mais qu’est-ce que tu me racontes ? Où vas-tu chercher de telles idioties !

Il remonta alors doucement les marches de son escabeau. Le désespoir pouvait se lire sur son visage.

— Je suis triste pour toi, si triste, mais moi je sais ce dont j’ai besoin pour être heureux. Tu sais, ces étoiles, elles ont la faculté de te faire voir tes jours moins noirs que tes nuits. C’est pour ça qu’il faut s’entraîner longtemps, patiemment et faire preuve d’humilité...
— Cette conversation est totalement absurde ! Parfois je me demande si tu as toute ta tête !

L’homme au marteau, à court d’arguments, se remit à son ouvrage, résigné à ne pas poursuivre cette discussion. Pure perte de temps et d’énergie.

Il reprit alors sa danse aérienne, un pied sur l’escabeau, l’autre en lévitation tel un funambule. Cette chorégraphie quasi astrale lui donnait un air de pantin cotonneux, dont la souplesse n’avait d’égal que son évolution spasmodique.

Soudain, une voix d’outre-tombe le fit se retourner :

— Thomas, hey, Thomas, wake up !
— ...
— Pesquet, réveille-toi ! Tu as manqué l’aurore boréale !
— Hein ?

C’est ainsi que Thomas Pesquet sortit de sa torpeur encore engourdi par les bribes de son rêve... un marteau à la main et la tête dans les étoiles !