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 Nature Merveilleux

Le jardin des fées 

Musicamots

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Il existe quelque part, dans un village tout près d’ici, un jardin extraordinaire connu de seulement quelques privilégiés. Ses propriétaires ont le cœur pur et l’âme singulière. Les fées (qui existent encore) aiment à y venir quand le jour s’achève. C’est l’instant où la lumière du soir inonde les près, se fond dans un horizon habillé d’or en fusion et de soie rosée. Le bleu de la nuit s’attarde un peu. Entre la lumière mourante et l’obscurité naissante, se dessine « le chemin des fées ».
Elles s’y éveillent doucement. Les imperceptibles vibrances de leurs ailes transparentes font naître une brise d’été, doucement parfumée. Pour être admis sur « le chemin des fées », il faut savoir s’émerveiller des petits bonheurs de rien. Voir s’ouvrir les roses, entendre les vagues des blés mûrs chanter sous le vent, connaître le gazouillis de la source au fond des bois, sentir sur sa joue le frôlement du papillon, et surtout, avoir gardé son « âme d’enfant ». Peu ont cette chance ! Les humains de ce jardin ont cette grâce, et la partagent, dans la douceur des soirs d’été.
Dans ce jardin, il y a une maison. Chaleureuse, simple. Quand s’allume « le chemin des fées » portes et fenêtres s’ouvrent pour laisser jaillir une tribu de chats, de tous âges et de tous poils. Ils s’étirent, se toilettent soigneusement, baillent à qui peut le plus, dévoilent palais rose et dents aiguës. Puis, pelage lisse et brillant, ils sortent vivre, silencieux et discrets, leur nuit féline. Ils sont nombreux, et ont en commun un passé parfois difficile, qui ouvre au respect et à la tolérance. Les maîtres du logis sont accueillants. Toute vie trouve refuge si elle en fait la demande. Quelques récalcitrants ont parfois besoin de se faire un peu « forcer la patte » ! Mais la tendresse est toute puissante... Les deux chiens furètent à « truffe que veux-tu » et font, quand cela est nécessaire, leur travail de gardien, mais avec une motivation... qui manque un peu de motivation !
Visiter le jardin est un voyage ! Senteurs suaves, camaïeux de couleurs brusquement interrompus par des bouquets de fleurs ensauvagées, gourmandises de hasard... tout appelle au rêve... Le passé vit au présent. Les fées saupoudrent le sol de la poussière du souvenir. Il en faut peu. Quelques grains accrochés aux semelles de vos souliers, et soudain, au piquant d’un framboisier, l’esprit s’évade. Dans un élan imprévisible, les mondes de l’enfance dansent dans les regards, franchissent les lèvres en mots incertains, et tout soudain, coulent les rivières enchanteresses aux tourbillons des souvenirs.
Tout un petit monde, d’ordinaire fort guerrier, vit en paix dans une liberté totale. Les deux chiens ne chassent pas les chats, les chats côtoient fraternellement les poules, et les poules retiennent leurs becs, s’il arrive que chiens ou chats s’approchent de trop près. Il y a bien quelquefois de petits incidents... Les territoires peuvent avoir, en fonction des populations, des limites fluctuantes, et leurs habitants des doses de patience très variables. L’intérêt devient alors de la curiosité, et la curiosité, comme chacun sait, est un vilain défaut chez la gent animale... comme chez les êtres humains. Trop de curiosité peut parfois aboutir à des conséquences... étonnantes !
Les fées ont à l’égard du jardin qui les abrite, quelques menus devoirs : trouver le mélange des parfums qui fait tourner la tête des amoureux, ourler, d’une main légère, les pétales de roses, donner aux perles de la rosée du matin l’éclat du diamant. Elles savent, mieux que personne, « faire neiger le pommier », emperler la toile de l’araignée au brouillard de l’automne, faire chanter la terre sous la soc de la charrue. Elles sont discrètes, et savent laisser à l’homme l’illusion « qu’il sait tout ».
Dans l’heure qui s’avance, « le chemin des fées » s’ouvre à la nuit. C’est l’instant troublant où les rêves des hommes se préparent à chevaucher l’univers, pour y inscrire des mondes improbables, assouvissent désirs et délires.
Au chant des souvenirs, s’inscrivent des ombres légères. La trace de leurs pas, qui ne s’efface jamais, n’est pourtant visible qu’au cœur de ceux qui les ont tendrement aimés, quand le privilège précieux de la vie leur était encore accordé. Elles ne s’éloignent pas. Leur mission est amour et protection.
Dans l'ombre installée, les papillons de nuit s’en donnent « à vol joie ». Leur seul souci est d’éviter la patte vive des chatons. Il faut bien que jeunesse se passe. Les rossignols enroulent leurs trilles aux notes de musique, et accompagnent le piano qui offre, par la fenêtre ouverte, le mélodie du bonheur.
Bercées par le vent, les fées s’endorment dans les roses. La nuit s’est installée si doucement que personne ne l’a vue venir. Demain est un autre jour.