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 Instant de vie

La vérité 

Aristeric42

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Antonio m’a encore fait une scène. Une de plus ! Avec des cris et des coups. Pour rien, comme d’habitude. Je n’en peux plus de ses emportements injustifiés, de sa jalousie excessive, de sa mauvaise foi... Il s’est mis dans la tête que j’avais un amant et tout ce que je peux dire pour l’en dissuader n’est que parole en l’air. Il guette mes moindres faits et gestes, m’interroge sur mes sorties, veut connaître chacune de mes rencontres. Il contrôle mon téléphone, fouille mon sac à main, lit mon courrier. Plus rien ne m’appartient, même pas mon temps !
Comment pourrais-je le tromper quand je peux à peine respirer sans qu’il n’y voie le soupir d’une amoureuse qui se languit ? J’ai beau lui jurer mon absolue fidélité, il n’en démord pas. Il affirme qu’un jour la vérité éclatera au grand jour, qu’il me surprendra dans les bras de mon galant et qu’il nous tuera tous les deux.
Mais de quelle vérité parle-t-il, puisque tout cela n’est que le fruit de son imagination ? Ou de sa duplicité. La vérité, c’est qu’il n’y a pas d’autre homme dans ma vie. La vérité, c’est qu’il me reproche les mensonges que lui-même me sert. La vérité, c’est que tous les jours, en fin d’après-midi, il se vautre dans des draps qui ne sont pas les nôtres, entre des bras qui ne sont pas les miens. Je le sais, je l’ai suivi... et je les ai démasqués.
Je dois en convenir, elle est belle, sa maîtresse. Sa peau dorée, sa longue chevelure noire, le galbe parfait de ses jambes interminables, sa poitrine arrogante qui défie l’apesanteur... Une magnifique poupée ! Plus jolie que moi ? Peut-être. Plus jeune ? Sans aucun doute. Je comprends qu’il se soit entiché de cette créature, mon bel Antonio, mon Apollon fier comme un taureau d’arène, mon Hidalgo sombre et secret, mon époux, mon tortionnaire... Ils vont si bien ensemble. Deux corps parfaits sublimés par le désir amoureux. Dignes de faire la une d’un magazine people. Dommage ! Ils ont préféré se cacher, vivre leur passion loin des regards, loin du monde.
La vérité ? Comment pouvait-il me la réclamer, alors qu’il savait si bien la maquiller ? Il voulait brandir celle qu’il s’inventait aux yeux du monde ? Mais qu’en dirait la bonne société madrilène, si je la lui montrais, la vérité, maintenant que je l’ai mise à nue ? Oh ! Mais qu’il ne s’inquiète pas, mon admirable menteur, je saurais me taire. Moi, je ne vais pas la faire éclater au grand jour, la vérité, je vais l’enterrer ! J’en effacerai toute trace. Il faut bien que tout ce sang disparaisse...