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 Instant de vie

La vaisselle 

Plume de lecture

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Chaque jour, je m'affaire dans la cuisine. Je mijote, je dresse la table, je passe les plats, je remplis les assiettes, je débarrasse et je fais la vaisselle. La routine, j'aime bien ça. C'est rassurant et c'est un gain de temps. Les gestes sont mécaniques et ma cervelle n'a pas besoin de trop réfléchir. J'aime particulièrement faire la vaisselle. Pour moi, ce n'est pas une corvée. Au contraire, ça me détend. L'espace d'un instant, je profite du murmure apaisant que fait l'eau qui coule du robinet. Je m’enivre du parfum artificiel du détergent. Et je me calme. J'oublie le monde qui m'entoure et mon esprit flâne souvent du côté de mon passé. Je me déconnecte et je me retrouve enfant. Je revois ma mère qui m'a élevée comme on joue à la poupée. Elle m'a coiffée, apprêtée et m'a cousue des vêtements. Ma mère n'avait que 17 ans quand je suis née. C'est un âge où l'on est presque plus une enfant. Elle et moi, on a grandi dans notre maison de poupées, un F3 au 4ème étage sans ascenseur, pas bien chauffé. On habitait au dernier avec mon père. Dans mon quartier, les couleurs de peaux se mélangeaient sans arrière pensée, les accents, ça faisait comme un brouhaha chantant qui donnait l'impression de voyager, sans se déplacer. Nous, on était les italiens. Mon père a choisi de quitter sa botte natale pour enfiler des chaussures de sécurité ( il était maçon ) et ma mère portait des pantoufles trouées ( elle était femme au foyer ). Chaque année, on allait en vacances en Italie pour retrouver le reste de la famille, des grands parents, des oncles, des tantes et un tas de cousins. Ça faisait beaucoup de monde pour une petite fille comme moi, un peu solitaire, toujours plongée dans les jupes de sa mère ou dans un bon bouquin. Enfant, dès que j'ai su déchiffrer les mots, j'ai aimé lire. Je me revois ainsi assise dans un coin de la bibliothèque de mon quartier avec entre les mains une bande dessinée ou une enquête du club des cinq à dévorer. Un endroit tout douillet encerclés de coussins et recouvert de tapis, une petite bulle ouatée où l'on peut bouquiner en paix, où les mots parlent, libèrent et instruisent. Et là plantée devant mon évier, je souris, tout en plongeant les mains dans l'eau chaude et revivifiante, dans ce bain de jouvence que je me prescris trois fois par jour parce que c'est bon pour ma santé. J'aime cette eau qui lave, purifie et qui me nourrit de tous ces souvenirs d'hier. A chaque fois, une sensation de sérénité et d'insouciance m'effleure puis m'envahit de la tête au pied et je suis de nouveau cette enfant qui découvre le monde avec émerveillement. Cette pause hors du temps, entre deux mondes, me rassure et me donne la force de continuer. Apaisée, je referme le robinet, l'eau ne coule plus et la promenade est terminée. J'essuie la vaisselle comme pour effacer le passé et je me reconnecte avec la réalité d'aujourd'hui, celle d'une maman au foyer qui consacre ses journées à sa maison et au bonheur de ses enfants.