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 Drame Instant de vie

La nuit au loup 

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Au crépuscule, les ombres se tapissent entre les murs, déserte la clarté, les saveurs du jour assassinées, les regards soudain plus en alerte, veillent. Aux heures plus sombres, les visages se suspendent, les peurs enfantines ressurgissent laissant mourir les adultes. On se cale un repère. Les bruits inquiètent. A quand le jour ? On tente de faire semblant, le fort doit être, le faible meurt. On agrippe les musiques, les séances visuelles, les feuilles de papier pour se donner du courage et une contenance. Laisser une trace pour tromper la mort. La larme à couvert, vite séchée d'un revers de main. Ne rien montrer, non. Les mains tremblent comme tout le corps. L'envie de hurler sa plainte, de se griser des beautés de la nuit, de se libérer de ses chaînes, de suivre tous les possibles. Les ongles raclent la peinture des murs. Laisser une trace. Il faudra qu'ils sachent ce qui s'est passé là. Le crâne prêt à éclater. L'esprit en partance... Devenir autre. Devenir loup. Sauvage. Se sentir courir les plaines. Savourer enfin le vent, sa brise fraîche. Sentir les muscles saillants bondir. Humer l'air. Vivre.
Hurler dans la nuit gueule ouverte. Jusqu'à peut-être son dernier souffle mais tant pis. Abattre ses dernières cartes pour ne rien regretter. Plonger son regard fauve dans la nuit, en scruter le moindre mouvement, la moindre vie. Capter un cœur qui bat. Le cœur. Se mettre à son diapason et sentir alors cet apaisement offert, le sang après des rapides. La plénitude. Et regarder la lune, sa rondeur exquise. Le cœur en une seconde comme des petits papillons voltigeant dans la nuit. Une légèreté agréable. Le sourire se dessine sur les lèvres. Les paupières se ferment. La feuille entre les doigts, noircie de mots. Entre les murs pourtant...