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 Instant de vie Surnaturel

La maison au ragoût 

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Elle était assise devant la fenêtre ouverte, face au jardin. Elle pensait aux papillons. Il était affalé sur le fauteuil usé du salon. Elle osa : « Les papillons ont-ils une âme ? » Et voilà, elle recommence, se dit-il. Il soupira : « Passe-moi plutôt mon journal ! »
Elle l’agaçait avec ses histoires d’âme. Elle aurait mieux fait de lui préparer un ragoût au lieu de rester là à gober les mouches. Le ragoût d’agneau, c’était fini depuis qu’elle avait décrété que les moutons avaient une âme. Et elle, est-ce qu’elle en avait une ? Ça faisait un moment qu’il rêvait qu’elle disparaisse. Sans le ragoût de leur jeunesse, la vie n’était rien. Et moi ? Et si j’avais une âme ? Quelle serait la suite ? Pas simple, autant ne plus y penser ! Il se leva sans rien dire, prit son journal et ferma la fenêtre.

C’était lundi, jour de lessive, elle accrochait le linge. Il y avait le vent venant du sud, ça allait sécher vite et bien. Peut-être n’aurait-elle même pas besoin de le repasser. Il fallait aussi faire les confitures sinon les fruits allaient pourrir et puis préparer le ragoût que son défunt mari adorait. Paix à son âme ! Elle n’avait plus le temps de rêver à la fenêtre depuis son départ. Elle se sentait libre et vivre au point d’aller au bal de la Saint-Jean dans sa robe rouge au parfum d’aventure.

C’était lundi, un jour comme les autres, où il ne se passait rien. C’était d’un ennui mortel en enfer ! Son sort avait été décidé par saint Jean. Il devait errer dans la maison de son vécu où se mêlaient des odeurs de confiture et de ragoût. La garce ! En ce jour particulier, le saint eut pitié de lui. Il lui donna la chance de réparer ses erreurs passées. Ce soir, il serait de chair et d’os. Il pourrait la rencontrer à nouveau :
— Si tu réussis à l’enchanter un instant, tu pourras changer de département. Si elle retombe amoureuse, tu pourras même ressusciter.
— Ha non, pitié, revivre avec elle, c‘est pire que l’enfer !
— Réfléchis à ma proposition.

Le voilà à présent assis dans la salle communale, œillet pimpant à la boutonnière. Elle arrive, légère et parfumée par le vent.
Oh, mais c’est qu’elle n’est pas mal, la diablesse... Et l’idée lui vient de la reconquérir.

Tiens, il y a un beau type assis là-bas qui me lorgne, se réjouit la belle. Soudain elle repense à Félix, là-bas au cimetière. Celui-ci paraît bien plus aimable, mais qu’est-ce qu’il lui ressemble !

Le bal terminé, ils repartent tous deux vers la maison au ragoût.