La connivence des vaincus Edouard Bonnet

Finaliste
Grand Prix Printemps 2012

Ils ont la tête plus proche du sol que des étoiles, bloqués qu'ils sont dans la fixité d'un lendemain blanc.

Aucun chemin ne semble avoir été tracé pour eux, ils errent le pas lourd de leurs désillusions.

Comme un seul homme, ils se retrouvent sur les trottoirs, dans les files d'attentes, dans le marasme de leurs vies à toutes semblables, dans leurs petitesses quotidiennes.

Ils savent que le sol sera leur dernière couche, tout un chacun le sait, mais eux sont déjà à moitié mêlés au bitume.

La pluie ne ruisselle plus sur eux, elle se fond dans leur être comme dans une terre asséchée.

Ils sont la plus grande armée que la terre ait portée, et pourtant une armée qui s'ignore : ce sont les vaincus; battus par avance, disqualifiés avant de commencer, condamnés avant de respirer.

Dans la grisaille anonyme d'un mois de décembre parisien, je m'enfonçais dans le gruyère insensé de la capitale.

Je suis encore sur son canapé, prêt à passer la porte pour la dernière fois, à battre le pavé laminé du pas trop lourd des histoires de tout un chacun. La merde me fait de l'oeil comme le ferait une pute défraichie trop fardée pour être saine. J'hésite entre finir cette bouteille de pinard insipide ou aller l'honorer d'une semence qu'elle ne mérite plus.

Par delà le béton et les rails existe un lieu où l'on ne peut pas être deux.

Le prix est terminé mais vous pouvez continuer à aimer.
Signaler un abus

à découvrir
du même auteur

TRÈS TRÈS COURTS
1492 lectures 114 votes

5 h. Ton réveil sonne. Ton train part dans 40 minutes. Ne pas faire de bruit. Sortir en douceur du lit pour ne pas la réveiller. Froid. Trop froid. Descendre comme un chat, comme un voleur. Ton sac ... [+]

Lauréat
Grand Prix Été 2011

à découvrir
de la même thématique

POÈMES
660 lectures 58 votes

Ô nuages qui passez sur ma fiévreuse vie, Tandis que j’erre, hagard, étranger à moi-même, Emportez avec vous, en votre giron blême, Cet accablant fardeau ... [+]

Finaliste
Grand Prix Hiver 2014

à découvrir
au hasard

TRÈS TRÈS COURTS
2612 lectures 100 votes

Ce matin, tu ne te réveilles pas car tu n'as pas dormi, le soleil est arrivé à l'improviste. L'idée même de dormir ne t'a pas effleuré l'esprit, tu as fait le choix d'aller au bout de tes forces... [+]

Lauréat
Grand Prix Printemps 2011

Quelque chose à ajouter ?

comments powered by Disqus