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 Instant de vie

La connivence des vaincus 

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Ils ont la tête plus proche du sol que des étoiles, bloqués qu'ils sont dans la fixité d'un lendemain blanc.

Aucun chemin ne semble avoir été tracé pour eux, ils errent le pas lourd de leurs désillusions.

Comme un seul homme, ils se retrouvent sur les trottoirs, dans les files d'attentes, dans le marasme de leurs vies à toutes semblables, dans leurs petitesses quotidiennes.

Ils savent que le sol sera leur dernière couche, tout un chacun le sait, mais eux sont déjà à moitié mêlés au bitume.

La pluie ne ruisselle plus sur eux, elle se fond dans leur être comme dans une terre asséchée.

Ils sont la plus grande armée que la terre ait portée, et pourtant une armée qui s'ignore : ce sont les vaincus; battus par avance, disqualifiés avant de commencer, condamnés avant de respirer.

Dans la grisaille anonyme d'un mois de décembre parisien, je m'enfonçais dans le gruyère insensé de la capitale.

Je suis encore sur son canapé, prêt à passer la porte pour la dernière fois, à battre le pavé laminé du pas trop lourd des histoires de tout un chacun. La merde me fait de l'oeil comme le ferait une pute défraichie trop fardée pour être saine. J'hésite entre finir cette bouteille de pinard insipide ou aller l'honorer d'une semence qu'elle ne mérite plus.

Par delà le béton et les rails existe un lieu où l'on ne peut pas être deux.