Temps de lecture
1
min

 Romance Instant de vie

L'appel ancestral 

Valérie Labrune

Valérie Labrune

309 lectures

210 voix

J’ai laissé dans ton lit tes seins, tes bras, tes cris. Ce n’était pas ma place. Je te dis cela sans reproche et sans regret. Ce départ était inscrit sur ma peau. Il peut se lire dans mon sang. J’appartiens à mon clan. Je suis un gitan.

Notre amour était beau mais a-t-on déjà vu un loup avoir une gamelle et une niche ? Avec une maison et un jardin pour solide laisse ? Ce rêve était fou. Mon âme est nomade.

Comment aurions-nous pu prétendre domestiquer en moi ce peuple qui suit le vent, parle aux rivières, fait pleurer la lune au son des violons mélancoliques ou virevolter nos femmes sur des airs de guitares manouches dont les bouches ont été dessinées pour embrasser nos coutumes ?

Ne l’as-tu pas entendu venir me chercher cet appel ancestral ? Le passé, le présent, le futur se confondent dans mon clan. C’est ensemble, nous les tsiganes, que nous les traversons. Nos demeures se sont affranchies des entraves pour rouler au cœur d’une vie qui ne saurait stagner. Il y a tant à explorer de par le monde.

Je n’aurais su rester plus longtemps. Je t’ai regardée, belle, endormie, si loin déjà. Un baiser dans tes cheveux déposé doucement. Alors ton parfum... ta respiration régulière... ta poitrine qui se soulève... Soudain ce regard brûlant qui se demande ce qui... ce que... qui ne comprend pas. Ce cri brusquement. Prison perçante. Et tes mains qui m’ont agrippé. Avec elles, la maison, les murs, la gamelle et la laisse à leur tour m’ont assailli.

Dans la poussière des routes, je suis parti.