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Nicolas Juliam

Nicolas Juliam

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« Voici la première ligne du roman que je n’écrirai jamais. » Lorsque j’ai eu la mauvaise idée de faire lire ces quelques mots à ma femme pour avoir un avis sur mon travail de la semaine, elle m’a alors indiqué sans détour que j’étais un insupportable flemmard.

Vexé par son manque évident de discernement, je lui ai répondu que ma productivité était certes inversement proportionnel à sa récente prise de poids mais surtout que mon inspiration avait pour habitude de se mettre doucement en route, comme une voiture diesel injustement polluée par ce genre de réflexion.

En retour, elle m’a répondu que mon niveau d’écoute était proche de zéro, tout comme le nombre d’orgasmes qu’elle avait pu identifier depuis toutes ces années à mes côtés. « Bim ! », a-t-elle ajouté.

J’ai voulu alors lancer une vanne sur la taille d’un ouvrage et tout ça, puis finalement je me suis dit qu’il valait mieux faire profil bas. Du coup, je lui ai fait remarquer que les gens de sa famille n’étaient pas bien grands et globalement loin d’être minces, ce qui n’était pas sans rappeler une fine équipe de lanceurs de poids en plein meeting dominical.

Agacée par cette comparaison, elle m’a rétorqué qu’elle préférait de loin le culturisme de l’esprit à l’attentisme des donneurs de leçons. Particulièrement en forme, elle m’a également insulté pour exprimer le fond de sa pensée.

M’apercevant que le match était bel et bien lancé, j’ai mis en avant la faiblesse de son analyse de manière générale, en lui remettant en mémoire la fois où elle m’avait demandé si je souhaitais réellement commander la moitié d’un citron alors qu’il était question, en réalité, de siroter un demi-citron à la terrasse d’un café.

Piquée au vif, elle a indiqué que mes écrits manquaient cruellement de hauteur et que mon œuvre était à l’échelle de mon talent, à savoir des compétences bas de gamme enfermées dans un physique de lémurien.

J’ai tenu à préciser que cette décharge émotionnelle nous menait tout droit dans une bataille où les oreillers allaient être remplacés par des sacs poubelles afin de contenir ses ardeurs nauséabondes, sans avoir besoin d’en faire le tri car son expertise culturelle avait tendance à se décomposer elle-même.

Particulièrement irritée, elle m’a fait savoir qu’elle me trompait avec mon meilleur ami, ce qui n’avait pas été une mince affaire car on ne se bousculait pas au portillon pour tenir ce rôle auprès d’un « youtubeur du salon du livre. »

D’un revers de la main, j’ai avancé le fait que nos échanges étaient désormais très peu inspirés et qu’à force de la voir s’agiter en fond de court comme une excitée de la raquette, je ressentais le réel besoin de faire un break.

Et pour mettre fin à cette charmante discussion, elle m’a mis au défi d’écrire la suite de ma première phrase. Avant de me balancer en pleine figure qu’il ne tenait qu’à moi de ne pas faire subir au monde entier les retombées « radioactives » de cet essai littéraire...

Les mains immobiles au-dessus du clavier, je venais de donner vie à ces deux nouveaux personnages. Sur mon texte, la barre clignotait en attendant mes consignes. J’ai finalement rabattu l’écran de mon ordinateur portable et j’ai fini ma bière. Après avoir éteint le sport à la télé, je suis allé rejoindre Zoé comme si de rien n’était. Presque gêné d’avoir inventé une scène de ménage.