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 Instant de vie

Instant de vie 1 

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27 octobre,

Voiture 18, IDTGV zen.
Place 38. Côté couloir.
Quarante personnes parquées. Pour trois heures.
Échantillonnage représentatif de l'espèce. Humaine. Celle qui domine. Paraît-il. Qui a de la tenue. De la dignité. Des codes.
Celle qui est habillée. Qui maîtrise le langage. Éduquée.

Illusion vite dissipée. Sous le vernis d'un polissage millénaire sommeille le primate. Qui sort de sa grotte à la première occasion. Pour s'installer sur les fauteuils d'un train. Où il s'en donne à cœur joie. Où il se cure le nez. Se gratte l'oreille. Les cheveux. Éternue bruyamment. Renifle en cadence. Bouge frénétiquement un pied. Mastique sans grâce. Essuie ses lèvres luisantes d'un revers de main. Avec laquelle il nettoie les miettes qui parsèment sa chemise. Bâille. Se frotte les yeux. Passe sa langue sur ses dents en ondes régulières. Se pince le nez plusieurs fois. En le tordant parfois. Mord l'intérieur de ses joues. Étend ses jambes. Se voûte. S'abandonne. Vacille. S'endort. Ouvre une bouche molle. Et ronfle.

Dans une petite cage de transport, il y avait un chat. Gris. Au pelage impeccable. Au port de tête altier. Au comportement exemplaire. Qui nous a observés. Trois heures. Avec étonnement. Un peu de mépris. Et beaucoup de pitié.