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 Romance

Huit mois, quatre instants 

Volsi

Volsi

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- Balade en hiver -

Plage sous la neige
Par ses vagues, la mer lape
Le sable glacé

Un peu plus loin, une silhouette. L’homme a imprimé ses pas dans la neige. Il est pieds nus. Il me voit. Il me voit étonnée de le trouver ainsi chaussé. Je suis gênée avec mes godillots qui salissent la neige, la malmène. Je comprends son geste. Il s’approche et me le confirme : il s’est déchaussé avant de fouler la neige pour ne pas la souiller. Il comprend ma gêne. Je baisse les yeux, il n’a que quatre orteils à chaque pied.
J’aime la trace animale qu’il a laissée sur le sable enneigé, j’aime la pureté de son intention, j’aime son inventivité pour abîmer le moins possible ce superbe paysage. J’ai un peu honte. Je suis un peu jalouse de ne pas y avoir pensé.
Il a froid aux pieds. Je lui propose un thé. Nous sommes le deux janvier.


- Regarde par la fenêtre -

Orage violent
Ville éteinte jusqu’au ciel
Étoile amusée

Tu regardais le feu. Je lisais. Et puis, les éclairs sont arrivés. Toi aussi tu aimes les éclairs. Tout le monde aime les éclairs mais nous, plus. Je voudrais que tu m’emmènes voir le champ d’éclairs de Walter de Maria au Nouveau Mexique mais pour l’instant nous sommes ici, chez moi. Les orages sont beaux dans le sud de la Corse, extrêmes. Nous regardons par la fenêtre. Le paysage y dévale la rue éclairée par un lampadaire en fer forgé, jusque dans la vallée pour se jeter dans la mer et se répandre à perte de vue. Les lumières des hameaux taquinent les étoiles puis, plus rien. Les étoiles ont gagné. Tu m’embrasses.


- Renouvelle ta promesse -

Tiens ma main, tiens-moi
En plein vent, ébouriffées,
Les fleurs se réveillent

Tu es silencieux depuis peu. Tu n’es pas un bavard, bien sûr, je n’aime pas les bavards mais là, tu es plus silencieux qu’à l’accoutumée. Je crois que tu n’es pas là. Je m’inquiète. Je te sens partir. Nous marchons en cette mi-mars dans les sentiers qui se colorent des corolles de fleurs précoces. J’ai glissé ma main dans la tienne pour y chercher cette chaleur, pour y retrouver ta promesse. J’aimerais que tu comprennes combien j’ai besoin que tu la serres et que tu me rassures. Non, c’est faux... peu m’importe que tu comprennes, j’aimerais que tu aies envie, toi, de la serrer, de la marquer de l’empreinte de ta douceur. Mais, il y a ce vent. Ce vent qui véhicule les rêves. Ce vent dans lequel, si souvent, moi-aussi, je me perds. Aujourd’hui, il te porte vers d’autres ailleurs. Je m’éloigne quelques instants puis me plante devant toi : regarde, je t’ai cueilli des fleurs. Tes yeux n’affichent plus qu’un demi-sourire. J’ai peur.


- Été d’abandon -

Vapeur de rosée
Dans l’été caniculaire
Matin en sueur

Plusieurs mois ont passé, en aller-retour incessant, prise de distance ou rapprochement. Je n’aime pas beaucoup le mouvement, il me donne souvent la nausée. Mes sentiments ne fluctuent pas : j‘ai besoin de savoir où je vais. Il fait chaud, j’ai mal dormi. Pourtant, j’aime l’été. Il emplit le ciel de son odeur sèche et poivrée, partout on respire l’immortelle. Ma peau sent le soleil. J’ai l’épiderme salé. Les couleurs se voilent de moiteur, l’air vibre.
Je me réveille après toi mais ce matin, encore allongé près de moi, tu me regardes. Tes yeux mes fixent, me percent. Je plante mon regard dans le tien, pour être sûr de l’accrocher. Tes lèvres s’étirent pour parler et ton « je t’aime » s’étiole en un baiser fougueux. Tu as pris ta décision, tu as déposé tes doutes. Tu vas rester. Nos corps se mêlent.