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Encore un cri BleuxMarine

EN COMPET'
ÉTÉ 2012
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Un nouveau cri. Gabriel se recroquevilla encore un peu plus sous ses couvertures, apeuré. Ni plus ni moins qu’hier, ou qu’avant-hier. L’horreur était la même, chaque jour, chaque nuit. C’était les mêmes coups qui pleuvaient, les mêmes sanglots qui se répercutaient sur les murs. Le même supplice qu’aucune prière ne pouvait stopper, pas même celles muettes d’un enfant de quatre ans, auquel Dieu ne répondait jamais. Plongé dans le froid et les ténèbres, le garçon pleurait silencieusement. Un seul mot, un seul bruit étaient prétexte à la violence. Alors, il s’enfermait dans son mutisme. Il se retenait d’hurler quand son père se déchaînait sur sa mère qu’il aimait tant, quand il lui arrachait les cheveux par poignées, quand il la violait devant ses si jeunes yeux. Mais jamais un son ne franchissait ses lèvres. Ses lèvres sur lesquelles son père collait les siennes, empestant l’alcool, quand sa mère s’absentait et qu’elle n’était pas là pour se mettre en travers de son chemin. Et même quand il le déshabillait, il restait silencieux. Quoi qu’il advienne. Et même s’il l’avait voulu, personne ne lui aurait répondu. Ses cris se seraient dispersés au gré du vent sans que personne ne réagisse. Il était seul, seul au monde, loin des rires, loin de l’enfance. Encore des mots dont il ne connaissait pas le sens, qu’il n’osait même pas prononcer. Sa maigreur et ses vêtements depuis bien longtemps trop étroits, déchirés aux genoux et aux coudes, à force de se faire frapper par les autres enfants, n’alertaient personne. Les gens l’évitaient comme s’il était un accident. Et Gabriel savait bien, qu’il n’était qu’une simple erreur. Il avait suffi d’une nuit de plus, d’un viol de plus.
Les larmes noyaient ses joues, sa mère continuait de hurler, encore et encore.
— Arrête ! Arrête ! Je suis enceinte ! Le bébé ! Je t’en prie...
— T’es enceinte ? Enceinte de qui ? Salope !
— Arrête !  Aux oreilles de Gabriel parvinrent les bruits d’un coup de pied. D’un corps jeté. D’un corps qui s’écrasait. D’un dernier sanglot, d’un dernier cri qui l’appelait. Il sortit de sa chambre. Et vit sa mère étalée au sol. Baignant dans une mare de sang. Ses doigts avaient laissé une longue traînée rouge le long du mur. Dans un hurlement, le premier depuis des années, l’enfant se jeta dans ses bras, en répétant sans cesse « Maman », en pleurant de désespoir, d’amour, de peur, d’horreur. Puis vit son père approcher, un masque cruel sur le visage. L’attraper par le col tandis que le petit garçon, si chétif en cet instant, tentait désespérément de s’agripper à sa mère décédée, mais dont les bras possédaient encore cette tendre chaleur maternelle qu’elle avait quand elle l’étreignait. La seule lueur d’espoir qu’il possédait encore venait de s’éteindre. Il sentait maintenant les doigts sales de son père sur son corps qu’il avait sans peine mis à nu. Mais pour la première fois, Gabriel se débattit. De toutes ses rares forces. Les coups pleuvaient, mais il résistait. Alors, dans un dernier geste de folie, d’ivresse, de

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violence, son père le jeta. L’enfant ferma les yeux, mais il sentait au fur et à mesure des millièmes de secondes le mur qui approchait. Il ressentit le choc au plus profond de son être, et retomba au sol, inconscient. Un dernier murmure. Un dernier « Maman ».

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