Coming out Mirantin

Participant
Grand Prix Printemps 2013

Un jour, ma grand-mère me dit, un brin énigmatique en train de tricoter une paire de chaussettes : « le "p" salit tout ce qu'il touche ! ». J’avais 5 ans et je n’avais pas compris le sens de cette phrase. "Quand on est vieux, on déconne " pensai-je.
J’eus l’occasion de vérifier la justesse de ses propos bien des années plus tard lorsque, adolescent passionné d’histoire, je fis une découverte étonnante dans les archives départementales de la Vienne.
Un obscur historien du 16e siècle avait changé le sens premier de utain (une femme au joli port de tête), le transformant en femme de mauvaise vie ! Une tragédie qui prit racine dans les soubresauts de la bataille d'Azincourt, et de la bouche d'un français en train de mourir, une flèche anglaise dans la gorge. Une image traversa son esprit, celle de sa bien-aimée, la belle et douce Pétronnille. "Ma utain, ma utain, adieu" hurlait-il dans les boues d'Azincourt, les yeux hagards tournés vers le ciel, "ma si charmante utain, c'est fini..."
Le sinistre Adelphe Cabrera (c’est lui l’obscur historien du 16e siècle), contemporain du peintre Joos van Winghe, a donc changé, involontairement il est vrai, le sens de utain, sans doute perturbé par l'extraordinaire "Samson and Delilah", un tableau du maître. Emu par la utain du français d'Azincourt, prostré devant le tableau de Van Winghe, terriblement bouleversé, un ami l'entendu dire : "Utain, Pétronnille... Pétronnille, utain... Putain! Que c'est cruel..."
Ainsi, la femme au joli port de tête devint femme de mauvaise vie, à cause d’une flèche anglaise et de l’atroce imagination de Cabrera.
Ute connut le même et triste sort, meurtrissant l’âme du fougueux Tréflé Urtreger, un officier allemand de la Première Guerre mondiale, amoureux de la culture française et fin connaisseur des travaux d’Adelphe Cabrera. Ute était un prénom féminin et désignait, en argot bavarois, un gousset.
Tréflé était amoureux d’une belle ute, originaire des environs de Freising, en Bavière. Malheureusement, la calligraphie n’était pas le fort de cette fille de paysan, le "u" prenant des formes étonnantes sous sa plume primaire, enlacé par ce bien vilain "p". Ainsi, la dernière lettre envoyée à son cher officier, à Verdun, se terminait en ces termes : "Je me joins à tes amis pour t'envoyer plein de baisers... UPute, hein, ta petite UPute, hein, qui t'aime tant... »
Le sang teuton de Tréflé ne fit qu'un tour, aussi fin lettré qu’il fut : "amis, baisers, Ute, hein... Comme Pétronnille! Ma Ute... une gouge, une putain, elle a donné sa coquille à tous mes amis... C’est la prophétie de Cabrera qui se réalise» gémit-il, avant de se retirer d’ici-bas d’une balle dans la tête.
De cette terrible méprise naquit le mot pute. Bonjour tristesse !
Ma grand-mère avait raison.
Emporté par l’élan de ma jeunesse, je décidai de réduire mon alhabet à 25 lettres. As une de lus ! Cette décision aussi brutale que soudaine mit fin à ma carrière universitaire... Utain, qu’on est con quand on est jeune !

Le prix est terminé mais vous pouvez continuer à aimer.
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