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Cécilia

Cécilia

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J'me rappelle pas vraiment comment on s'est connus, mais je peux dire maintenant que je n'ai pas été déçue.
T'avais les cheveux blonds, un nez un peu trop long. Tu te foutais de l’avis des gens, moi je te trouvais intéressant. T’avais jamais besoin de rien, tu rêvais d'être magicien.
T’étais pas vraiment beau dans ta peau blanche et fine parsemée de tatouages passés, faits à l'encre de chine. Mais tu me plaisais, ça suffisait. J'avais presque vingt ans, et toi déjà deux enfants.
Tu m'as dis un jour que tu allais bientôt déménager, que tu partais, que tu t'éloignais.
Et c’est ce moment que tu as choisi pour m’embrasser une première fois, je m’en souviens il faisait froid.
Je t'ai laissé faire parce que j’en avais envie, sans me douter de la place que tu prendrais. Pourquoi se rencontrer quand tu vas me quitter ?
Mais c'est pour ça qu'on s'est aimés, c'était urgent d'en profiter alors tout s'est décuplé.
Croiser ton regard ou toucher ta main avait l'intensité de l'interdit, car, à ta femme, tu n’as jamais rien dit.
Vous déménagiez pour prendre un nouveau départ, on s'est rencontrés un peu trop tard, quand t’es parti ça m'a foutu l'cafard.
Mais tu revenais parfois, il me plaisait de croire, juste pour moi. On prenait ta voiture qui n'avait pas vraiment fière allure. Tu n'avais qu'une nuit à m'accorder, une après-midi, une matinée.
Tu m'emmenais où tu voulais, moi je pouvais tout accepter.
Même ton hygiène douteuse n’avait pas d’importance, j’avais malgré tout pour toi une affreuse attirance. Je me parfumais à l’odeur de ta sueur intensifiée par nos ébats effrénés. Je me nourrissais de tes mots, de tes bras me faisais des manteaux.
Je t’ai offert un pull un peu trop cher pour que tu penses à moi, je l’ai choisi bleu clair, il t’allait bien, ma foi.
On baisait, on discutait, on rigolait, on s’en foutait puis on recommençait tant qu’on pouvait.
Tu laissais des compilations de chansons me dire je t'aime à ta place et je les écoutais quand tu repartais comme une dédicace.
Parfois tu me parlais de tes enfants, tu les aimais, tu ne les aurais jamais quittés, plutôt te sacrifier ! Et il faut croire que c'est ce que tu as fais.
Tu ponctuais tes messages d'un « ne réponds pas » quand ta femme était près de toi.
Et moi j'acceptais ça parce que je n'avais rien de mieux à te proposer. Je te voulais juste à l'essai même si j'ai appris à t'aimer. Je voulais qu'on prenne le temps d'être innocents, qu'on ne parle pas de faire des enfants. Mais ce n’était pas le bon moment, je ne le comprends que maintenant.
Et puis un jour on a espacé les nouvelles jusqu'à plus vraiment avoir envie d'en donner.
Pourtant putain tu m'as manqué !
Et c'est comme ça qu'on s'est quittés, on a fini par s'oublier.
On a laissé s’évaporer l’espoir contenu dans cette histoire, cessé d’attendre de se revoir et rangé les souvenirs dans un tiroir.
Je me souviendrai de ce que je ressentais quand je croyais que ça ne finirait jamais et que personne ne comprendrait.
Je me ferai un shoot de nostalgie quand j'en aurais envie. C'est tout ce qui va rester, je l'ai l'accepté.
Maintenant je peux commencer ma vie, apprécier l'ennui, prendre le pli.
La sensation de ne pas être passée à coté de ma part me rassure et ça me suffit tant que ça dure.
J'ai aimé comme ça et pleuré proportionnellement, j'ai dit et pensé toutes ces conneries qui font sincèrement se sentir en vie.
Juste pour ça merci, ça me suffit.