2040 lectures

122 voix


Disponible en :

John ouvre le réfrigérateur et en sort une bière assortie à l’amertume de sa journée. Il n’aurait pas dû signer ce contrat. « Ding ! » Bien qu’il connaisse d’avance son contenu, il ouvre le SMS qu’il vient de recevoir.
« Votre cotisation d’assurance santé vient d’augmenter d’un centime par mois. Cette nouvelle tarification sera appliquée dès votre prochaine échéance. »
Non, il n’aurait pas dû signer ce contrat d’auto-ajustement personnalisé proposé par son assureur. La cotisation initiale était vraiment très basse et on lui avait dit que ça accompagnerait ses comportements positifs pour sa santé : un procédé incitatif calculé au plus juste qui ne facture que les risques réels. Il avait donc accepté l’implantation du nanorobot GPS « compagnon » et l’installation des périphériques de surveillance.
Et pas la peine de remettre la bière au frigo ! Ils partent du principe qu’on pourrait tricher, en la rangeant vide.

L’estomac de John gargouille. Il a faim. Il a surtout envie de la pizza au frais qui flirte avec la péremption. Mais il a explosé son forfait d’assurance. Il résiste. Il craque. C’est la rébellion du ventre. « Ding ! »
— Et merde !
« Votre cotisation d’assurance santé vient d’augmenter d’un centime par mois. Cette nouvelle tarification sera appliquée dès votre prochaine échéance. »

En dégustant sa nourriture coupable, John se sent comme un adolescent exhibant sa révolte. Dans cette bouffée d’euphorie, les limites s’effacent et le désir d’une cigarette s’installe en fanfare. Il doit bien en rester une ou deux dans le paquet dormant dans le tiroir. Une ! La dernière. Et, par chance, un briquet en état de fonctionnement. John sort dans la rue pour ne pas polluer son domicile. Il s’adosse au mur de l’immeuble et allume sa cigarette. « Ding ! » John lève les yeux au ciel.
« Votre cotisation d’assurance santé vient d’augmenter de deux centimes par mois. Cette nouvelle tarification sera appliquée dès votre prochaine échéance. Nous vous rappelons que fumer tue. »
— Fumer ruine, plutôt. Deux centimes ! Ils ne se font pas chier.
« Ding ! »
— Quoi, encore ?
« Fumer dans un lieu public est illégal. Votre infraction, localisée dans la rue, a été communiquée aux autorités compétentes. »
— Bordel ! J’avais oublié ça. Une amende, en prime. Et vlan !

John, fulminant, décide de marcher un peu pour se changer les idées, mais elles restent bloquées sur les centimes qui s’ajoutent aux centimes et finissent par affluer dans une cotisation-fleuve. Pour gagner un peu, il a accepté un contrat avec engagement sur vingt-quatre mois qu’il ne peut pas résilier, hormis en payant une indemnité astronomique. De plus, chaque malus accroît la durée de l’engagement. Bref, il doit rapidement trouver de l’argent avant de tomber en faillite personnelle. Le désespoir fond sur lui mais, au moins, cette sensation ne provoque pas de réajustement.

Soudain, il aperçoit une femme, assise sur un banc et dont le sac à main gît négligemment à côté d’elle. John s’arrête, ses pensées aussi. C’est mécaniquement qu’il se remet à marcher. Il s’approche du banc. La femme ne le remarque pas. D’un geste vif, il attrape le sac puis il se met à courir.
— Au voleur !
John ne sait pas si la femme s’est levée ni si son appel a trouvé écho. Il court, il court. Cinq minutes. Dix minutes. Il ignore combien de temps. Il s’arrête quand il n’en peut plus. Il se retourne. Personne ne s’intéresse à lui. Aucun poursuivant. « Ding ! »
— Quoi, encore ?
« Félicitations ! Dans le cadre de l’accompagnement cardiovasculaire, votre cotisation d’assurance santé vient de baisser d’un centime par mois. Cette nouvelle tarification sera appliquée dès votre prochaine échéance. »