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Augustine Dame Barbe

EN COMPET'
PRINTEMPS 2012
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Les paillettes de savon étaient introuvables. Le nettoyage des sols ne se ferait pas aujourd’hui. Augustine sautait de joie. Elle détestait les travaux ménagers ! De toutes façons, Monsieur ne le remarquerait même pas ! Il est si distrait. Il oublie même l’heure des repas. Ça, ça fait rager Augustine car elle n’aime pas cuisiner pour engraisser les cochons !

Elle s’est toujours demandé à quoi Monsieur passait ses journées, enfermé dans une petite pièce aménagée dans la cave. Il y descendait chaque matin, n’en remontait qu’à midi quand il daignait faire honneur à sa cuisine, et le soir pour se coucher. Quel drôle de bonhomme, pensait-elle en rangeant la table du petit déjeuner. Pas de femme, pas de chien, juste une servante qui se doit d’être invisible. A l’âge de quitter sa famille, son père lui avait juste dit qu’elle allait être placée chez un docteur. Mais pas un docteur pour soigner les malades, un docteur qui manipulait d’étranges flacons, qui faisait des expériences. Ce mot « expérience » lui avait fait peur car il lui était inconnu. Ce qu’elle savait aujourd’hui, c’est que les expériences ça sent parfois mauvais, ça fait parfois du bruit, ça rend parfois Monsieur furieux car elle l’entend jurer. Elle aimerait quand même en savoir plus… Ce sera difficile car quand Monsieur l’a engagée, il lui a précisé que sa place à elle était dans la cuisine et que, lui, il travaillait dans son laboratoire et qu’elle n’avait rien à y faire.

Elle fut tout à coup tirée de ses rêveries car elle entendit crier son prénom. « Augustine, descendez ! »

Elle ouvrit la porte de la cave et entra dans le repaire de Monsieur. Monsieur était debout face à une table couverte de flacons étiquetés, mais qui semblaient tous contenir le même liquide.

« Vous allez m’aider ! », lui dit-il en lui tendant un pot qu’elle reconnut immédiatement. Ses paillettes de savon ! Que faisaient-elles là ? Et le pot était pratiquement vide ! Qu’est-ce que Monsieur en avait fait ? Pas du nettoyage car même si la pièce était sombre, Augustine voyait bien que le sol était sale.

Elle remarqua alors une étrange construction en bois placée à côté de la table. Une planche en bois verni, inclinée, posée sur deux pierres. Sur la partie la plus élevée de la planche était posée une briquette en bois verni également.

Monsieur lui demanda d’ajouter une pincée de paillettes de savon à l’eau du petit flacon étiqueté « 1 », de bien mélanger, puis d’en enduire la planche. Elle n’en revenait pas. Ce n’était pas un travail de servante. Elle avait à faire dans sa cuisine ! C’était ça une expérience ? Puis, Monsieur poussa un peu la briquette de bois qui se mit à glisser sur la planche.

« Augustine, essuyez la planche et la briquette, je vais recommencer. Cette fois, vous devrez prendre 2 pincées de savon et le flacon numéro 2. »

Les heures s’écoulèrent. Le nombre de pincées de savon augmentait à chaque essai et Augustine était de plus en plus inquiète. Après ce qui fut le dernier essai de ce jour-là, Monsieur parut satisfait et déclara d’un trait à Augustine que les frottements ralentissaient le déplacement de la briquette et que, grâce au savon noir, il avait pu les supprimer. Augustine le regarda éberluée et remonta en courant dans sa cuisine.

1

Elle savait maintenant ce qu’étaient les expériences.

Et elle avait compris ! Frotter le sol de la cuisine, il ne fallait plus le faire car cela l’empêcherait de se déplacer pour travailler…

2
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