Temps de lecture
3
min

 Vers libres Nature

Les fils du Père 

Rakshalalouve

Rakshalalouve

691 lectures

13 voix


C’est l’histoire de John, le fils
Qui aime le rugby,
Amour d’homme, venu, de plein fouet,
Comme un choc amoureux,
Comme une fille merveilleuse qui dort blottie dans sa tête,
Qui le fait lever la nuit
Qui lui donne
À moitié endormi
Encore groggy de rêves,
Un baiser doux,
Plume douce
D’un baiser de métisse.
Sa passion est grosse comme un cigare de La Havane,
C’est une force qui l’a capturé
Fameuse, rude et immense,
Rêve de mâle
Au simple passé d’enfant fougueux et joyeux.
C’est bon de mettre au monde des enfants forts et sages
Comme des lions.
Courage et fraternité
Sont les emblèmes du rugby,
Jouer c’est combattre,
Aussi fort, aussi pur
Que Mel Gibson dans Braveheart.

John a trois frères,
Tim, perle rare, fils accompli du seigneur des éléphants,
Lointain présent d’un prince birman,
Discret, valeureux, indispensable,
On ne peut pas s’en passer,
Tim a le cœur gros
Comme le plus gros diamant du monde ;
Puis vient Bart le ténébreux,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie,
Que la vie serre, impressionne
Comme l’amoureux fait défaillir son amante,
Dans l’étreinte de ses mots d’amour,
Chargé de sa part caraïbe, suffoqué, étouffé d’amour, pétri,
Appétissant pain d’épice indien,
Bart est médium et croche alerte, ses sacrées certitudes,
Dans la faible masse mousse,
Qui suit bien forcée, le corps des adultes,
On appelle cela : la tête ;
Puis il y a Niels qui lui sert parfois de ballon de rugby,
Léger, souple, nerveux,
C’est la boule de nuages
Que Modigliani roulait entre ses doigts
Quand il peignait avec la certitude de l’inspiration, cette Algérienne
À la tête penchée qui ressemble à une femme créole,
Simplement venue pour les poser là, tous les quatre sur la Terre.

Il leur prend souvent à tous, des envies de danser
Comme des envies de jouer plus fort.
Qui les met sens dessus dessous, Niels Pierrot-le-Fou,
Grisé, enivré, laisse son corps fusillé et danse, danse,
Rattrapant le bout de ses doigts de ses jambes
Qui tambourinent l’air,
Ne sachant pas qu’il se mire dans le vague du corps
De Gérard Philippe qui, souple, tellement souple
Danse pour toujours dans les Orgueilleux ;
John aspire, d’un coup de danse du ventre,
Les coups de panache esquissés par son frère ;
Tim si timide s’éclaire brièvement,
Sourire d’étoile filante,
Et danse dans l’ombre de l’exubérance de ses deux frères,
Prêt à s’arrêter à la moindre apparition
Qui ne ressemble pas au monde des enfants,
Un de ces corps grotesques
D’adulte renfrogné qui se croit chez lui,
Alors qu’on ne l’a pas invité ;
Bart danse, intempestif,
Sensible, à être honoré des agapes festives de ses frères.
La danse se passe d’abord dans la partie féconde du corps,
Elle est pénétrante,
Dure, souple, bambou parleur des forêts tropicales,
Puis leur fait décrire avec leurs bras
Des histoires folles avec l’air ambiant
Qu’ils agrippent à grosses goulées ;
La danse les déguste,
Ils se laissent faire
Comme un corps de femme
Qui attend cette caresse,
Toniques, nerveux, bondissants.



On a beau leur dire,
Les adultes se croient tout permis,
Partout chez eux,
C’est ce qui fait souffrir
La plupart du temps, les enfants,
Ce sans-gêne,
Cette grossièreté,
Cette vulgarité,
Un enfant cela s’apprivoise,
Ce viol permanent,
Ces voiles qu’on soulève,
Ces vies qu’on force parce qu’elles vous échappent,
Vous glissent entre les doigts,
Savon de luxe au milieu duquel
Est simplement tapie leur âme,
Quoiqu’on puisse en dire,
Dans sa peau de parent,
En divaguer, définitivement agacé,
Mutilé, trivial, ridicule,
Dans sa tête de grand,
Le monde des enfants est terriblement secret.

Le corps des femmes n’est qu’un moule, coffre de l’amour,
Muse ô ma belle muse ;
Qui es-tu ma muse ?
Montre-toi ;
Je te tiens dans ma main
Fameuse,
Sans faim, affalée dans mes pensées ;
Je te tiens dans ma main ;
Vivante mais nonchalante,
Dans la chaleur de ma paresse,
Je t’attends, ma fidèle, nue.

Pilier, talonneur,
D’où vient l’étrange ballon
Que tu plaques contre ton cœur ?
D’où tient-il ses yeux verts et sa peau noire ?
De Dakar, ou d’Éthiopie,
Ou d’une femme claire de Leicester ?

Devenir mère, qu’est-ce que cela veut dire ?
Se voir en robe blanche, déliée par la nuit ;
Arrondie par mon fruit,
Peinte par le jour, rafraîchie par la pluie
Et pouvoir dire,
Qui m’a si bien aimée
Que lui.
Non, devenir mère ;
C’est si long.

Est-ce que par ce ballon,
Qui se tient droit,
Bousculant Colomb,
Ses idées fades de tueuses en balles de mousqueton,
Je parviens à vous dire :
« Fils du Père,
Lycaons d’Afrique ;
Frères d’ours blancs,
Porteurs de pierre
De la Grande Muraille de Chine
Par le ciel teint du soleil d’Alger,
Bleu de France mélangé au blanc de l’Antarctique,
Et le vert émeraude de vos racines
Fils et encore fils du fils prodigue, aux quatre couleurs,
Que Dieu me crie, sous ses formes multiples,
Qu’être mère, d’un joueur de rugby,
C’est seulement regarder,
Et ne jamais tenter, en jetant pourquoi
Entre le ballon et lui,
De lui prendre sa vie. »