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 Vers libres Art

Le rim'ailleurs 

Louyse Larie

Louyse Larie

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Il se dit grivois et rimailleur,
Mais la rime, sans aucun doute, est ailleurs !

Certes, il jongle avec les mots les plus rebelles,
Et le poème se décoiffe de phonème en diadème.
Il s’emploie à décomplexer le rythme trop fidèle,
Pendant que le haïku le plus mythique
Confiné dans la sobre masure
Se joue de l’enjambement suprême
Au diapason de la mesure,
À la coupe lyrique !

Il habite chez une demoiselle versifiée,
Chez qui ses consœurs les voyelles
Se drapent de chaudes sonorités !
Il fait chanter la gaie syllabe,
Naguère revendiquée monosyllabe,
Sous réserve cependant que l’assonance
Beaucoup plus prudente,
Ne s’écarte de l’effet du volume !

Il pratique le vers libre autant que le blanc,
Se dispense du mètre trop rigoureux, des signes
Encombrants et du maître le plus couru,
Bien que le verset un tantinet amorphe
Ne veuille plus verser une once de larme.
Il taquine sans répit le quatrain le plus pointu,
Mais seulement quand l’alexandrin ne rime plus à rien !

Il fréquente le modeste tercet au tiercé
Et parfois égratigne l’alternance du quintil,
Mais jouisseur, il crée la confusion
Entre la rime féminine et la plus masculine,
Pour ne courtiser en définitive
Que l’approximative croisée au boulevard
De l’originalité dérivative,
En admettant que la plus embrassée,
Sur ces entrefaites, inversée ne s’enchaîne !

En rime, cependant, il s’enrhume,
Mais en rhume, il n’empêche pas moins
Qu’il ensile, qu’il ensime !
À la cime, à la rime,
Il s’enivre du mime,
Parfois au prix de la fâcheuse dîme !

Il est vrai toutefois que le trouvère trime davantage
Que ce qu’il ne frime en la répétition,
Pour ne lier le langage poétique, non sans peine,
À l’irrégularité de la strophe,
Ou bien à la césure à la piètre allure.

On le surprend à glousser de plaisir,
À l’idée de l’accent oratoire,
Quand bien même la badine ballade
Rappellerait le refrain au sonnet,
Au cours d’une comparaison !

À trop frayer avec la rime,
Va-t-elle pouvoir s’affranchir
De la pauvre orpheline au jardin du triolet ?

Et si tant est que l’espiègle rimailleur
Ne s’exalte encore de la prose,
La musique des mots viendra-t-elle comme jadis
Lui conter le beau de l’aire, sans modération
Au pied de la métaphore ?