Francis

Francis

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La mort s’ennuyait fort en attendant la vie.
Comme un acteur sans texte, comme un cœur sans envie.
Agitant sa noir’queue tel un fouet impatient,
Inutile et maussade, la mort tuait le temps.

Une faible vibration, puis une pulsation,
S'organisèrent soudain en lente ondulation,
Improbable départ d’un périple hasardeux.
La mort lui asséna un grand coup de noir’queue.

Le calme originel retomba sur le monde.
Redoutant que l’ennui à nouveau la morfonde,
La mort désappointée, d’un geste délicat,
Remua vainement l’inerte reliquat.

Puis d’autres battements et de nouveaux essors
Captèrent son attention et connurent le même sort.
Caressant suavement le fil de sa noir’queue,
La mort tout doucement envisagea l’enjeu.

Par multiplications et par métamorphoses
Et le divin talent d’une jeune virtuose,
La vie échafauda de perpétuels défis,
Imposant à la mort des efforts inédits.

Que la vie en rampant, vint à sortir des eaux,
La mort la poursuivra, perpétuant le huis clos.
Qu’elle s’inventa des pattes et se mit à courir
La mort galopera pour la circonvenir.

Que la vie, malicieuse, se cacha sous le sol,
La mort y fondera une nouvelle nécropole
Et hantera tantôt cavernes et terriers,
Ajoutant ses ténèbres à leurs obscurités.

Que brave et résolue elle apprit à voler,
La traque se poursuivra, implacable, enragée :
Impitoyablement furent décrochés du ciel
Aigles noirs et vautours, colombes et hirondelles.

Mais quand apparut l’homme, cruel et destructeur,
Concevant des machines pour arracher les cœurs,
Réinventant la mort par tueries infernales,
La camarde s’émut mais garda bon moral...

Sa vaillante noir’queue pouvant lui faire défaut,
Dans l’arsenal de l’homme, elle déroba la faux.