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 Vers libres Passion amoureuse

La fille de Fécamp 

Thelbec

Thelbec

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Les soirs, presque tous les soirs...

Quand s’éloignent les marins
Tournant le dos à la lumière
Je sors affronter les embruns
Pour aller au café Corsaire

Je marche en longeant les remparts
Et en cherchant les tombolos
Aidé de la lumière du phare
Qui illumine Saint-Malo

Là-bas, on parle vraiment de tout
Des marées et du mauvais temps
Mais l’on entend parler surtout
De la fille qui vient de Fécamp

Celle qui chaque soir touche le fond
Avec ses yeux remplis d’écume
Celle qui fredonne des chansons
Le cœur aussi lourd qu’une enclume

Celle qui un jour a tout perdu
Quand elle a su là-bas au port
Que son marin pêcheur d’morues
Était victime d’un mauvais sort

Celle qui depuis attend son homme
Celui qu’on surnommait Malouin
Celle qui depuis se noie de Rhum
Inondée par des flots d’chagrins

Et puis un soir, un fameux soir...

Un soir, elle a ouvert le bal
Sous les p’tits lampions en papier
À l’heure où les marins étalent
À l’horizon leurs longs filets

Elle a transformé à elle seule
Mon café en une salle des fêtes
Elle sentait fort le chèvrefeuille
Son odeur m’explosait la tête

Elle tournoyait la coiffe au vent
À en effrayer les enfants
Qui ramassaient les p’tits bouchons
En usant tout leur pantalon

Dès qu’elle commençait à servir
Elle faisait rougir les aïeux
Qui plongeaient le nez et les yeux
Dans une grande bolée d’élixir

Et c’est alors qu’elle virevoltait
Sous les airs d’un accordéon
En acclamant fort qu’elle aimait
Un marin pêcheur d’esturgeons

C’est alors que j’me suis r’connu
Moi le corsaire tombant des nues
Elle m’a dit tu « t’appelles Ronan ?
Moi j’suis la fille de Fécamp »

Puis m’a dit « moi je n’aime pas l’caviar
Je sais, tu dois trouver ça con
C’qui m’plaît chez toi c’est ton regard
Et ta petite gueule de Breton »