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Un âne, brave et travailleur,
Tournait la meule d'un moulin
Avec ardeur. Obéissant dès le matin
Puis zélé envers l'employeur,
Il n'était pas du caractère de ses pairs
Qu'on prétend réfractaires
Mais plutôt un bon compagnon.
De fait, on l'appréciait au point d'en être fier ;
C'était l'enfant de la maison.
Il vieillit cependant et peu à peu faiblit
Jusqu'à cesser d'aimer son travail infini.
Le meunier, à regret, le mit à la retraite
Et lui rendit sa liberté.
L'âne alla donc flâner
Sur des prairies gourmandes, grasses et coquettes,
Loin de son atelier.
À lui le bon cresson, à lui les herbes tendres
Et le gazon épais où l'on aime s'étendre
Sous le ciel étoilé !
Il savourait enfin le doux miel de la vie.
Puis, insensiblement, il sombra dans l'ennui.
D'abord il se lassa du goût des pâquerettes
Et de cette eau clairette
Du petit ru joli.
Plus tard il se languit de l'odeur de l'étable,
Plus que celle des fleurs la trouvant agréable !
Il voulut voir le chien, les moutons qui vont paître
À côté du moulin...
Enfin, un beau matin, il vint dire à son maître :
« Je crois que je vais mieux et peux encor servir.
Qu'on me donne un harnais, sinon je vais mourir. »

Force gens sont ainsi esclaves du labeur
Qui est leur joie et leur malheur.
J'y vois la preuve que l'activité nourrit
Certes d'abord le ventre, mais aussi l'esprit.