L'aigle et le moineau Yoko
AUTOMNE 2012 212 vues
Un moineau était posé sur une branche
Sous un duvet de pailles et de langes
Il vit un aigle passer
Il ne put s’empêcher de l’appeler
Alors l’aigle suspendit son vol et se posa sur l’écorce
Et d’une voix douce et sans entorse
Il lui dit « Que me veux-tu petit oisillon ? »
— Mon père m’a appris les noms : je sais dire oui je sais dire non
Mais ce qu’il a oublié
C’est de m’apprendre à voler
Aussi suis-je assujetti
A cet arbre interdit
Dans les branches sacrées
De l’érudit pommier
Je voudrais le quitter un peu
M’épanouir autrement pour être heureux
Je voudrais m’envoler dans les airs
Et quitter vaillamment cette terre. L’aigle réfléchit
Et lui dit :
— Quelle est donc pour toi l’attraction de cet arbre ?
S’il t’aliène, pourquoi ton esprit ne l’arrache-t-il pas d’un coup de sabre ?
— Parce que j’ai peur que sans moi, cette substance
Perde sa si précieuse existence. L’aigle reprit
Les yeux pénétrants, la bouche pleine de vie :
— Parle-moi car ta parole est une ficelle
Qui te tiendra droit dans le ciel.
L’hiver, le printemps, l’été, l’automne passés
Ils continuaient de converser
Quand au bout de tant d’années, le moineau se tourna vers l’aigle
Riant d’un petit air espiègle
Il lui dit : « Pour de vrai, Pinocchio on m’appelle
Je n’ai jamais eu besoin de ficelles
Depuis le premier jour, un secret je t’ai caché
Et aujourd’hui, la farce est finie. J’ai toujours su voler !
Le moineau s’envola
Et l’aigle murmura
— Les mots parlent pour toi
Tu n’as trompé qui que se soit
Vois tout ce temps que tu as enduré
Pour montrer à l’autre que tu savais voler.