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N’en déplaise à l’aurore, nue, chantant l’amour,
Vous fûtes délicieuse, rieuse, entière,
Et quand à l'aube vint le bleu d’un demi-jour,
Vous devîntes rose, jolie fleur sans manière.
Tandis qu’à cent lieues, l’ost s’équipait à Nemours,
Un vieux duc malade se mourait à Ferrières.

Le vieux duc malade se mourait à Ferrières,
N’en déplaise à Charlotte, vingt ans son amour,
Tandis qu’à cent lieues, l’ost sombre assiégeait Nemours.
Elle fut délicieuse, rieuse, entière,
Et devint alors, rude et âpre, sans manière,
Lorsqu’enfin vous vîntes, en ce bleu demi-jour.

Lorsqu’enfin vous vîntes, en ce bleu demi-jour,
Moi, le vieux duc aigri se mourant à Ferrières,
Je pus chasser Charlotte et ses viles manières,
N’en déplaise à l’aurore nue, sans plus d’amour,
Vous fûtes servante, délicieuse, entière,
Tandis qu’à mille lieues, l'ost affamait Nemours.

Si bien qu’à cent lieues, un intendant de Nemours
Vous chargea de porter dans le bleu demi-jour,
Son arroi. Afin de nourrir la ville entière.
Moi, le vieux duc aigri qui revit à Ferrières,
Je demandai à Charlotte : — Cher, tendre Amour,
Surtout restez ici, Ma rose... — Sans manière !

Non, Duc, je vais céans rejoindre sans manière,
Un jeune homme. Il tente de libérer Nemours,
N’en déplaise à l’aurore qui chantait l'amour,
Dont je revois le bleu du premier demi-jour.
Je vous laisse donc aux potions de Ferrières,
Que vous devrez avaler une année entière !

Vous fûtes délicieuse, rieuse, entière
Quand vous devîntes toute rose, sans manières !
Je ne suis qu’un vieux duc et j’aime tant Ferrières !
Ma servante, laissons-la rejoindre à Nemours,
Un intendant blessé qui l’attend au grand jour,
Consacrons du temps aux ancillaires amours !