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Dans cette plaine immense où presque rien ne bouge,
On ne craint plus le froid, ni même le soleil,
Et sous le grand ciel sombre où la pierre va rouge,
Fière la terre attend, s’effleure sans abeilles...

Le gris seul illumine un temps qui semble mort,
Là, brillant dans les cœurs son silence de feu,
- Miroir où peuvent seuls croire les gens du nord -,
Le ciel qui les maudit les garde courageux.

La tristesse roucoule au pourpre de leurs tuiles,
Et leurs frêles maisons vont collées et de briques,
Mais, leurs vagues rêvant au bleu d’une autre d’huile,
Leur mer n’a pas besoin de calanque ou de criques.

Les pigeons réfugiés en haut des colombiers,
Osent un peu de vent d’une aile bien peu blanche,
Et malgré la couleur et le bruit des ramiers,
La nature est ici bien moins terne que franche.

Du lit de vieux canaux aux faîtes des beffrois,
Semant la bonne humeur dedans les jardinières,
Comme la peine est digne et bavarde la joie,
Le pays sans sommet parle mille rivières.

Là, dans les watergangs, lacis de promenades,
Voyant glisser parfois quelque ancienne bacove,
L’eau, délabyrinthée, au milieu des salades,
Sent le fil qui poursuit l’anguille qui se sauve...

Sous des grands peupliers dorment de grandes fermes,
Doux, le vin qu’on y boit mousse et sent le houblon,
La treille est une perche et dans l’espoir qui germe,
Les légumes parfois rappellent les saisons.

Pas d’été, point d’hiver, des choux-fleurs, des endives,
Peut-être un jour moins morne, un rayon de plus beau,
Une chance que sèche un peu mieux la lessive,
En tout cas rien de grave, et aujourd’hui point d’eau.

Dans ce pays retors et de chaleur moins grande,
On n’envisage pas vivre sous d’autres cieux,
Le linge seul connaît l’odeur de la lavande,
Et l’exil est hasard, jamais le but des yeux.

Sous l’aile des moulins maintenant disparue,
Craignant bizarrement ne plus trembler plus bas,
Les nuages d’ici toujours n’avançant plus,
La terre d’où l’on vient est celle où l’on s’en va...