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« Je me demande ce que je possède vraiment. Je me demande ce qui subsistera de moi après ma mort. Notre vie est brève comme un incendie. Flammes que le passant oublie, cendres que le vent disperse : un homme a vécu. »
Robaiyat, Omar Khayyám – théologien et poète persan (1048 -1131).

***

Qui cherche à se saisir du vent,
Ou bien des cendres qu’il transporte ?
Tout se fait souffle,
Fugacité,
Car chaque cendre suit la cendre,
Une rose après chaque rose,
Visage après chaque visage,
En souvenirs entremêlés.

Pour avoir cendre il faut le feu,
La chaleur forte d’un brasier.
Tout se fait flamme,
Fugacité,
Car chaque bois devient tison,
Amer brûlis des amours mortes,
Visage après chaque visage,
En souvenirs entremêlés.

Mais qui dit feu dit l’étincelle,
Dit le désir au cœur de fièvre.
Tout se fait âme,
Fugacité,
Car le désir consume aussi
Pour ne laisser que son regret,
Visage après chaque visage,
En souvenirs entremêlés.

Pas d’étincelle sans esprit,
Sans le besoin de poésie,
Tout se fait page,
Fugacité,
Car chaque page est incendie
Pour raviver en nos mémoires,
Visage après chaque visage,
Nos souvenirs entremêlés.