348 lectures

23 votes

Ma muse s'égara par un beau soir d'été
Dans la forêt touffue où chaque arbre est un songe,
Où chaque ombre ternit les plus belles gaietés,
Où chaque bruit furtif, d'inquiétude, vous ronge.

Cherchant avant la nuit lieu plus rassurant,
Elle se dirigea vers la pâle lumière
Qui perçait faiblement le feuillage troublant
Et semblait indiquer une proche clairière.

Cette histoire, commencée comme un conte de fée,
Ne peut continuer sans un château étrange,
Il se dressait là-bas, à l'orée des futaies,
Éclairant l'horizon d'une lueur orange.

Empressée de quitter ces endroits incertains,
Muse prit à grands pas le chemin tortueux,
Se détermina vite en nul autre destin
Que de trouver abri au fort majestueux.

Nul garde ne barrait le pont-levis baissé,
Les barbacanes vides n'étaient plus que décor,
Sur le haut des remparts, pas de lance levée,
Aucune vie n'armait les mâchicoulis morts.

Quelques flambeaux brûlaient dans la cour intérieure,
Leurs flammes vacillantes montraient un escalier
Que ma muse emprunta malgré la grande peur
Qui étreignait son être et bloquait ses pensées.

Chaque marche gravie avec prudence extrême,
Elle aboutit là-haut dans une grande chambre,
Éclairée par les seuls rayons de lune blême;
Muse passa l'entrée, tremblant de tous ses membres.

Elle apaisa sa peur alors qu'elle aperçut
Une blonde beauté d'une rare finesse,
Sur un grand lit tout blanc qui dormait étendue,
N'en fallait pas douter, c'était une princesse.

Les voiles accrochés aux fenêtres ouvertes
Ondulaient lentement sous la brise légère,
Tout encore chargée des mille senteurs vertes,
Humeurs indéfinies, mi-douces, mi-amères.

Une grâce divine habillait notre belle,
Figée sur le grand lit en figure de danse,
Tout son corps palpitait au milieu des dentelles
Et offrait à la nuit la plus tendre innocence.

Qu'un être aussi faible puisse à ce point montrer
Autant d'insouciance aux périls de la nuit,
Troublait profondément ma Muse qui était,
De sinistres pensées, de nouveau, envahie.

Forçats, voleurs, malfrats en quête de larcins,
Tueurs impénitents qu'aucun acte n'arrête,
Guerriers syphilitiques en manque de putains,
Sorcières échevelées, mais quels dangers la guettent !

Comme par ces visions terribles appelé,
Au bas de l'escalier, un pas sourd résonna.
Dans un angle cachée Muse alla se terrer,
Le pas se rapprocha et Dracula entra.

Grand, racé, tout aussi élégamment vêtu,
Muse l'avait toujours imaginé superbe,
Beau visage émacié aux canines pointues,
Mais celui que l'on vit n'était pas de cette herbe.

Il était rabougri, petit et bedonnant,
Ses canines émoussées portaient quelques caries,
Un homme qui, de sa vie, n'a bu que mauvais sang
Et paraissait avoir précocement vieilli.

Il espérait faire une cure de jouvence,
S'abreuver au sang frais de notre demoiselle
Et ses yeux pétillaient déjà d'impatience,
Morbide avidité dilatait ses prunelles.

Muse aurait bien voulu que n'arrive le pire,
S'opposer fermement au macabre festin,
Mais une Muse n'a pas plus d'arme qu'un rire,
Ni de force plus grande que le chant d'un serin.

Dracula s'approcha de la belle endormie,
Cherchant sur son long cou trace bleutée des veines,
Il en vint à poser un genou sur le lit,
Sa bouche, il effleura, sentant sa chaude haleine.

Au moment de planter ses canines jaunies,
De souiller à jamais l'être si délicat,
De commettre sans gêne aussi triste infamie,
Se courbant un peu plus, son pantalon craqua !

Usé jusqu'à la fibre, au niveau du fessier,
Le pantalon n'avait pas supporté l'effort,
Sur une grande hauteur, il s'était déchiré
Et laissait entrevoir la part charnue du corps.

Jamais Muse n'avait vu scène plus cocasse ;
Elle laissa partir un long éclat de rire,
Monstre montrant ses fesses à en perdre la face,
A t'on jamais vu pire en déclin de vampire?

L'éclat moqueur frappa Dracula en plein cœur,
Une main cherchant à masquer le bas du dos,
L'autre portée au front, empourpré de stupeur,
Le maître honteux s'enfuit et se jeta à l'eau.