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Au bar de l'opéra Théophile

EN COMPET'
AUTOMNE 2011
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Au bar de l’opéra,
Une brune écrase sa blonde.
Soudain, le hall s’inonde ;
La salle se vide déjà.
Elle boit un Martini Dry,
Grille une autre cigarette,
Grignote une cacahuète
Mais ça n’est qu’un détail.
Elle se remet du rouge,
Remonte ses bracelets ;
Dans le miroir, son reflet,
Autour d’elle rien ne bouge.

Au bar de l’opéra,
Le piano joue en Do.
Un homme est à son dos.
Il ne le quitte pas des doigts.
Il joue là tous les soirs
Du Chopin, du Brubeck.
Le décor fait avec
Ce grand et beau type noir.
Ce soir il a le blues.
Alors il joue avec les mots
De Brel, de Nougaro ;
De Bruxelles, de Toulouse.

Au bar de l’opéra,
On pose un Bloody Mary
Pour la brune qui s’ennuie
Sur le comptoir en bois.
Elle vient là tous les soirs
Pour Chopin, pour Brubeck.
Elle écoute ce mec
Qui lui redonne de l’espoir.
Et même s’il déprime
Et si ses mots sont rudes,
Elle en a l’habitude
Du blues dans la rime.

Au bar de l’opéra,
Le pianiste est amoureux
D’une fille de banlieue
Qui fait du cinéma.
Elle accroche ses bas
Aux tabourets du bar,
A peu près tous les soirs.
Puis elle fume. Puis elle boit.
Alors il ralentit
Le rythme de ses doigts
Et le grave de sa voix
La console à demi.

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Au bar de l’opéra,
La brune paye l’addition,
Enfile son blouson
De cuir chocolat.
Juste avant l’au revoir,
Elle jette un dernier regard
Sur ce grand et beau type noir
Qui lui joue « Les Yeux noirs ».
Puis elle marche dans la rue
Comme à peu près tous les soirs
En pensant, par hasard,
Qu’il l’a reconnue.

Au bar de l’opéra,
Le pianiste prend son chèque
Pour Chopin, pour Brubeck,
Puis s’en va dans le froid.
Bien sûr il la connait
Cette actrice, ce mannequin
Qui balance ses reins
Pour mieux l’apprivoiser.
Demain il lui jouera,
S’il a le blues, s’il a la joie,
Un « Ne me quitte pas »,
Ou un « Je m’voyais déjà ».

Au bar de l’opéra,
Le décor a changé :
Un homme balaie le parquet
En fredonnant Sinatra.
Sur le comptoir en bois,
Demain, il y aura
Une actrice de cinéma
Qui boit des Gin Vodka.
Et un noir lui chantera,
Agrippé au piano,
Des mots, toujours des mots
Au bar de l’opéra.

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