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 Fable Nature

Arrogance 

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Seigneur Coq n’était jamais tant heureux
Que lorsqu’il poussait loin son chant vigoureux.
Il se rengorgeait, gonflait ses belles plumes
Et juché fièrement sur le tas de paille,
Ou bien perché sur la vieille enclume
De sa voix de crécelle, faisait enrager la volaille.
Un jour, n’y tenant plus, le vieux chien
Épuisé par cette immense arrogance,
Obtint de seigneur Coq un entretien
Et vint se plaindre de si pénible nuisance.
L’oiseau mécontent
Dit d’un ton méprisant :
« Toi, le chien, poil terne et œil glauque, voix fatiguée,
Tu n’es que jaloux de si flagrante majesté
Comme ici toutes ces envieuses poulettes
Qui sans cesse et toute la journée caquettent. »
Et pour affirmer sa grande supériorité,
Il coquelina comme jamais.
Mais le fermier réveillé de trop bon matin,
Les yeux brillant d’un éclat assassin,
Excédé et armé poursuivit l’importun.
Seigneur Coq battit des ailes en vain.
Ses ergots englués dans un collant fumier
Le retenaient, l’empêchant de s’envoler.
Maître Fermier lui saisit le cou d’une main puissante,
Et proclama d’un ton bourru :
« Tu cesseras de t’égosiller, créature bruyante,
Paré de la robe de notre meilleur cru ! »
Cette année-là, dame la Dinde eut la vie épargnée,
Écartée du savoureux festin,
Remplacée sur la table de la nativité
Par un plantureux coq au vin.
L’orgueil des vaniteux souvent enfle tant
Qu’à leur perte il les mène, inexorablement.