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Le pardon malgré tout 

Mélanie Lemaire

Mélanie Lemaire

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Severus sentit des fourmis courir dans ses doigts serrés sur le t-shirt du jeune homme. Le froid l’envahissait petit à petit, mais il se refusait à quitter les yeux verts qui le fixaient pour la toute première fois sans haine, sans mépris. Petit à petit, le visage de Harry Potter disparut alors que son champ de vision rétrécissait et il ne resta plus que ses yeux qui lui rappelaient la seule et unique personne qu’il avait aimée dans sa triste et misérable vie...
Puis, tout fut terminé.
Sa dernière mission était remplie.
L’obscurité l’enveloppa et il ne ressentit plus aucune douleur.

* * *

Severus ouvrit les yeux... Il ne savait pas où il se trouvait mais tout était blanc...
Il se releva sans aucune difficulté... Il mit sa main à sa gorge... Il ne sentait pas les blessures infligées par Nagini... Il se rendit compte qu’il était nu... Alors, sitôt qu’il eut cette pensée, des vêtements apparurent près de lui et il les enfila, mais il avait l’impression de ne rien porter tant ils étaient légers.
Il regarda autour de lui... Tout était blanc... Il n’y avait rien d’autre que du blanc... Deux papillons noirs volaient près de lui. Il leva la main vers l’un d’eux qui vint frôler ses doigts... Puis les papillons s’en allèrent...
Etait-ce à cela que ressemblait ce que les Moldus appelaient l’Enfer ? Un monde blanc, vide de toute chose ?
Il continua de regarder autour de lui, tournant lentement sur lui-même, avançant de quelques pas dans une direction, puis dans une autre pour essayer de distinguer quelque chose. Tout ce blanc semblait être une espèce de brume, couvrant aussi bien le sol que l’air autour de lui. Il remarqua soudain la forme d’une silhouette dans la brume. La silhouette s’approchait lentement et il ne pouvait pas deviner de qui il s’agissait.
Instinctivement, il chercha sa baguette, mais ne la trouva pas. Cette fois, sa pensée ne se matérialisa pas. Il resta sur ses gardes, observant la silhouette qui devenait plus nette, petit à petit. Il vit d’abord la longue chevelure rousse aller de droite à gauche pendant que la jeune femme s’avançait vers lui. Puis, la brume la dévoila toute entière et Severus sentit ses jambes flageoler.
Lily s’avançait vers lui, un doux sourire sur les lèvres, son regard vert rivé au sien. Elle était là... Une seule idée lui occupait l’esprit : courir vers elle et la serrer dans ses bras pour s’assurer qu’il ne rêvait pas. Mais il était incapable de faire le moindre mouvement, de dire le moindre mot.
Il devait pourtant dire quelque chose. Que pouvait-il dire ? Que devait-il dire ? Que voulait-il dire ? Tant de choses se bousculaient dans son esprit et bientôt, elle fut tout près de lui, toujours souriante, aussi belle que dans ses souvenirs. Il se maudit d’être ainsi paralysé, comme il l’avait toujours été au moment le plus crucial...
— Bonjour, Sev, dit la voix douce de Lily.
Alors, ses jambes l’abandonnèrent et il tomba à genoux. Les larmes coulèrent abondamment sur ses joues et il s’accrocha au bas de la robe de la jeune femme.
— Lily... parvint-il à murmurer entre deux sanglots.
La jeune femme s’agenouilla face à lui et il sentit ses doigts fins glisser dans ses cheveux. Il n’osa pas relever le visage pour la regarder alors qu’il pleurait toutes les larmes de son corps, incapable de savoir si c’était parce qu’il était heureux de la revoir, même si elle n’était peut-être qu’une illusion, ou parce qu’il s’en voulait de ne pas avoir réussi à la sauver et de tout le mal qu’il lui avait causé.
— Pardon, Lily... Je te demande pardon pour tout... Si tu savais comme je m’en veux... Je m’en veux... terriblement... Pardon... Je ne voulais pas que tout cela arrive... Je te le jure... Pardon... Pardon...
Sa voix tremblait comme jamais elle n’avait tremblé. Et il ne pouvait toujours pas s’arrêter de pleurer.
— Je suis tellement désolé... Je t’aime, Lily... Je ne voulais pas... Je t’aime tant... Si tu savais à quel point...
— Je sais, Severus, dit-elle doucement.
Les mains de Lily se posèrent sur ses joues humides et elle releva doucement son visage vers elle afin que leurs regards se croisent.
— Je sais que tu n’as jamais eu l’intention de me faire du mal, Severus. Et je ne t’en veux pas. Je t’ai pardonné en moi-même il y a bien longtemps, mais je n’ai jamais eu l’occasion de te le dire.
— Lily...
Cette fois, il n’hésita pas. Il serra la jeune femme sans ses bras et ferma les yeux, ses larmes continuant de couler alors que Lily le serrait délicatement contre elle, une main glissant dans ses cheveux, les caressant dans un geste de tendre amitié.
— Tu n’as jamais été amoureuse de moi, n’est-ce pas ? osa-t-il demander alors qu’il la tenait toujours contre lui.
— Non, Severus.
— Est-ce que... Est-ce que ça aurait pu être différent ?
— Je ne sais pas. Je t’ai toujours vu comme un ami précieux, comme un frère. Je ne sais pas si j’aurais pu t’aimer autrement... Si nos chemins avaient été différents, peut-être, mais tout s’est passé comme cela devait se produire sur les chemins que nous avons empruntés.
Severus ne dit rien de plus. Il avait toujours su que son amour était à sens unique. Et même s’il était triste d’entendre la confirmation de Lily, il ne ressentait pas la douleur à laquelle il s’était attendu. S’il avait fait des choix différents, peut-être que Lily l’aurait aimé, ou peut-être que cela n’aurait rien changé. Il ne le saurait jamais.
Ils se séparèrent enfin, mais Severus garda les mains de Lily dans les siennes. Il craignait que s’il la lâchait, elle disparaitrait à jamais.
— Je suis tellement désolé, Lily. Pour tout ce que j’ai fait. C’est à cause de moi qu’il t’a tuée. Si je n’avais pas...
— Si tu n’avais pas rapporté cette prophétie à Voldemort, quelqu’un d’autre l’aurait peut-être fait. Quelqu’un du Ministère de la Magie de l’époque, l’un de ses autres espions. Alors, Dumbledore n’aurait peut-être pas su que Voldemort avait eu connaissance de cette prophétie. Il n’aurait peut-être pas tenté de nous protéger. Il n’aurait peut-être pas agi avec Harry comme il l’a fait. Si tu n’avais pas rapporté la prophétie à Voldemort, peut-être ne te serais-tu pas retourné contre lui assez tôt. Les choses auraient pu être bien pires que ce qu’elles ont été.
— Mais tous les efforts que nous avons fournis ont été vains. Harry doit mourir pour le vaincre.
— Et tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir pour le rendre assez fort pour affronter sa destinée. Tu lui as donné les dernières clés capables de l’aider à prendre la bonne décision. Tout n’est pas encore fini, Severus. Sèche tes larmes, mon ami.
Severus se força à respirer plus calmement. Il vit le sol à ses pieds changer d’aspect et se teinter d’un vert clair.
— Où sommes-nous ?
— A toi de me le dire, Severus. C’est toi qui nous as amené ici. Où sommes-nous ?
Severus regarda autour de lui alors que la brume disparaissait petit à petit, découvrant l’herbe fraiche d’un jardin d’enfant, puis une balançoire et un ciel bleu... Des arbres et des buissons vinrent s’ajouter au paysage.
— C’est là que nous nous sommes rencontrés... comprit-il.
— Nos destins se sont liés ici, confirma Lily. Nous avons été liés l’un à l’autre depuis notre rencontre, même si nous nous sommes perdus. Et c’est pour cela que tu as protégé Harry malgré les ressentiments que tu avais. Et pour cela, Severus, tu mérites mon pardon.
Lily se leva et Severus serra plus fort ses mains.
— Ne m’abandonne pas ! s’exclama-t-il malgré lui.
— Ce n’est pas mon intention. Viens, il est temps.
— Temps ? répéta-t-il sans vraiment comprendre.
— D’autres personnes souhaitent te voir.
Severus se leva sans lâcher les mains de Lily et il la suivit sur quelques mètres. Petit à petit, d’autres personnes apparurent. James Potter fut le premier. Il rejoignit Lily et pour la première fois, Severus ne sentit aucune colère l’envahir. James lui tendit la main.
— Merci d’avoir veillé sur mon fils, Severus. Ta dette est largement remboursée.
Severus serra la main de James et acquiesça silencieusement. Puis, Lupin et Black apparurent à leur tour, souriant. Lupin lui serra la main à son tour et Black lui donna une grande claque dans le dos, comme l’aurait fait un ami un peu bourru. Severus ne put retenir un léger sourire.
— J’aurais payé très cher pour voir cela de mon vivant, dit alors une autre voix derrière eux.
Severus se retourna pour voir Dumbledore s’approcher. Le vieux sorcier posa une main sur son épaule.
— Ne vous l’avais-je pas dit, Severus ? Vous aussi, vous méritiez le pardon.
— Il fallait d’abord que j’arrive à me pardonner à moi-même, Albus. Merci pour tout.
— Merci à vous d’avoir pris soin de mes élèves autant que vous le pouviez dans votre position délicate.
— J’aurais voulu faire plus...
— Vous avez déjà fait bien plus que ce que certains auraient fait à votre place, mon ami. Il est temps désormais d’aller ailleurs.
— Où cela ?
— Je ne le sais pas encore, Severus. Mais vous ne serez pas seul. Beaucoup d’autres sont là également.
— Lily, est-ce que je...
— Ne t’inquiète pas, Severus. Je reviendrai vite. James, Sirius, Remus et moi avons encore quelque chose à faire. Harry a encore besoin de nous. Mais bientôt, tout sera terminé.
La jeune femme serra Severus dans ses bras et déposa un baiser sur son front. Puis, elle disparut avec son époux et leurs deux amis.
— Etes-vous prêt, Severus ? demanda Dumbledore.
— Je crois.
— Alors, je vous laisse en compagnie de Tonks et de nos autres amis. Je vous rejoindrai également dans un instant.
Severus acquiesça et se dirigea vers les personnes qui s’étaient dressées contre Voldemort, tout comme lui. Ensemble, ils avancèrent vers l’horizon blanc qui s’étendait devant eux...

* * *

Extrait du discours fait par Harry Potter suite à la mort de Voldemort :

« Pour répondre à la question qui m’a été posée il y a quelques temps, au sujet de Severus Rogue, je répondrai ceci. Personne. Aucun, ni aucune d’entre vous ne peut imaginer les risques que cet homme a pris au cours de sa vie pour combattre Voldemort. Il fut l’homme le plus brave qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer. Malgré l’apparence froide qui le caractérisait, il ne s’est jamais départi de l’amour qu’il avait pour ma mère. Et c’est ce sentiment qui l’a poussé à combattre Voldemort, dès le moment où ma mère a été menacée. Je n’ai pas su voir cela assez tôt, et je le regrette. Mais je comprends désormais pourquoi Dumbledore avait tant confiance en lui et l’a accepté à Poudlard. Voldemort n’a jamais compris les sentiments d’amour et Severus Rogue s’est servi de son ignorance dans ce domaine pour l’espionner, à la demande de Dumbledore, et ce, avant même que sa chute n’ait été réellement prévisible. C’est pourquoi je vous demande, professeur McGonagall, de faire accrocher le portrait de Severus Rogue dans le bureau des directeurs, aux côtés de celui de Dumbledore, car je ne connais pas un homme qui ait, plus que lui, mérité cette place dans le panthéon des directeurs de Poudlard.
Si Severus Rogue était encore là, si jamais il m’entend de là où il est, voici les mots que je souhaiterais lui dire : je vous remercie, professeur, de m’avoir protégé. »