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Le Mystère de la Dame Blanche Quentin Saint Roman

EN COMPET'
AUTOMNE 2012
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Beaucoup de gens connaissent cette étrange histoire. Certains la tiennent pour véridique, d'autres pensent plutôt à un mythe ou une légende. Pour nous ce fut la réalité de cette nuit du 14 Juillet 1966.
Tout commença sur une route de campagne, à trois jets de pierre d'un minable carrefour, à la sortie d'un village.
Ce soir-là, en compagnie de mon ami Marc, étudiant, avec qui je partageais ma chambre et mes cours à la faculté, nous avions décidé d'aller danser. Le village voisin organisait un grand bal populaire pour la Fête Nationale. A l'époque, les distractions et les moyens de rencontrer des personnes du sexe opposé étaient rares et il fallait savoir exploiter le moindre événement.
Nous voilà donc partis dans la 2cv du père de Marc, sur le coup de 21h30, bien décidés à profiter de cette chaude soirée estivale. Je dois préciser, avant d'aller plus loin dans le récit, que la nuit était claire, le ciel dégagé, sans lune ni nuage. Nous étions à jeun et parfaitement éveillés.
Nous arrivâmes donc à ce fameux carrefour et là, nous eûmes un choc... Une jeune femme, toute vêtue de blanc marchait sur le bord de la chaussée. D'un pas tranquille, elle cheminait, les bras ballants.
Marc fit un écart, ralentit, puis emballa le moteur de la voiture, freina brusquement pour finalement caler à la hauteur de la jeune femme. Entretemps, j'avais soulevé la demi-vitre de la portière et j'observais l'inconnue.
C'était une très belle silhouette, assez grande, vêtue d'une robe blanche qui arrivait à mi-mollet. Le haut, sans manche, laissait voir ses bras bronzés. Ses cheveux bruns, mi-longs, lui arrivaient jusqu'aux épaules.
Elle continuait à avancer sans nous accorder le moindre regard. Je décidai de descendre de voiture. Je m'approchai d'elle.
- Bonsoir Mademoiselle. Vous êtes perdue ?
Ce sont les premiers mots qui me vinrent à l'esprit. Elle tourna la tête, s'arrêta de marcher et me dit:
- Non ! Pas du tout. Pourquoi cette question ?
- C'est de vous voir comme ça, toute seule sur une route déserte.
- Oh, mais je n'ai pas peur, répondit-elle.
- Vous allez loin, demandai-je pour changer de sujet.
- Non.
- Avec mon ami, nous allons à Coursins le Vieux, pour le bal.
Elle me regarda d'une étrange façon. Ses yeux bleus me fixèrent avec intensité.
- Moi aussi !
- Comme c'est drôle! dis-je en souriant. Et vous y allez à pied ?
- Mais oui... ce n'est pas loin.
- Pas loin... il y a quand même un sacré bout de chemin !
- J'ai tout mon temps, ajouta-t-elle. Je ne suis pas pressée.
Marc avait réussi à redémarrer la voiture et à nous rattraper. Il roulait au pas et me faisait de grands gestes. Je me penchai à la portière et en quelques mots je lui racontai ce que je venais d'apprendre. Son regard oscillait entre la jeune femme et moi.
- Demande-lui si elle veut venir avec nous, me dit-il, en me faisant un clin d’œil. Elle est terrible !
Je répétai la question à l'inconnue et elle accepta après un court moment d'hésitation. Marc sortit aussitôt de la voiture, en fit le tour et se retrouva au bord

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de la chaussée, la main tendue.
- Bonsoir, Mademoiselle. Je m'appelle Marc.
- Bonsoir Marc, moi c'est Michèle.
- Enchanté... Alors, on vous emmène, dit-il en souriant.
- Oui, merci... J'espère que vous ne conduisez pas trop vite !
- Rassurez-vous, avec la 2cv, on se fait doubler par des vélos... Alors la vitesse !
Dans un mouvement qui se voulait galant, je lui ouvris la portière avant, lui cédant ainsi ma place à côté du conducteur. Je m'installai derrière, prêt à subir les soubresauts qui caractérisaient un tel véhicule.
Marc démarra sans emballer le moteur et nous voilà partis tous les trois. En chemin Marc et Michèle discutèrent ensemble. Le bruit du moteur couvrant leur conversation, je préférais rester silencieux. Les phares ronds de la voiture, de faible puissance, n'éclairaient qu'une petite portion de la route et Marc redoubla de prudence.
C'est en arrivant dans un virage court et très serré, face à une falaise, que le jeune femme poussa un petit cri. Elle posa sa main sur l'avant-bras de Marc et je vis ses doigts le serrer avec force. Celui-ci eut un mouvement de recul et une légère grimace se figea au coin de sa bouche.
- Tout va bien ? demanda-t-il.
Michèle ne répondit pas. Elle s'était complètement tassée sur elle-même. Je me soulevai pour pouvoir regarder entre les deux sièges avant. Elle était terrorisée. Il me semblait que je voyais ses mains jointes trembler sous le coup d'une émotion violente.
- Tout va bien, Michèle? demandai-je à mon tour.

Elle sortit de sa torpeur , me regarda, et se redressa sur son siège.
- Oui, oui, dit-elle d'une voix à peine perceptible.
- Vous voulez qu'on s'arrête, demanda Marc. Vous êtes malade ?
- Non, juste un malaise passager... Tout va bien à présent. Excusez-moi.
Le ronronnement du moteur reprit le dessus et nous restâmes ,tous les trois, étrangement silencieux le reste du trajet.
Bientôt le village apparut et les lampions jaunâtres nous guidèrent vers le lieu de la fête. Il y avait foule, mais Marc réussit à trouver un endroit pas trop éloigné pour garer la voiture. Je fus le premier à descendre et j'ouvris la portière à Michèle. Elle sortit à son tour et je remarquai aussitôt qu'elle frissonnait dans sa robe légère. La soirée était plutôt chaude et je m'étonnai de cette réaction. J'en fis part à Marc et celui-ci sortit aussitôt du coffre de la 2cv, une longue écharpe blanche.
- Prenez! dit-il en la tendant à la jeune femme. Elle est à ma sœur et elle n'en aura pas besoin ce soir.
Michèle prit l'écharpe et la posa sur ses épaules.
- Ça va mieux ? Demandai-je.
- Oui, merci beaucoup.
- Allons danser, ajouta Marc, cela nous réchauffera.
Nous nous dirigeâmes vers la place du village. Devant l'église, la municipalité avait fait installer une estrade sur laquelle quatre musiciens s'efforçaient de réveiller une foule disparate, mais peu encline à valser au son de l'accordéon. Sur la gauche, le propriétaire de l'unique café-restaurant du village, avait disposé des tables sous les grands platanes. Nous réussîmes à nous faufiler et à en atteindre une disponible.

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Michèle semblait distraite, ailleurs, silencieuse, les yeux dans le vague. Un serveur vint prendre notre commande. Lorsqu'il réapparut quelques minutes plus tard, un plateau en équilibre sur une main, la jeune femme sembla sortir de sa mélancolie. Elle reprit son attitude souriante et son bavardage avec Marc. Sur un clin d’œil de celui-ci, je compris qu'il voulait que je le laisse seul.
Je me levai discrètement de ma chaise et je me dirigeai vers l'entrée du bar où j'apercevai quelques amis. Le cafetier avait installé une sorte de comptoir démontable et avait agrémenté sa terrasse d'une girandole multicolore. Un groupe d'assoiffés, qui commençait à être un peu éméchés, chantait en cœur avec l'orchestre. Je restai avec mes amis la plus grande partie de la soirée. Quelques filles du village vinrent se joindre à nous et j'en profitai pour les inviter à danser.
En tournant sur la piste, aux sons de l'accordéon, je passais quelquefois devant la table de Michèle et de Marc. Ils discutaient en souriant et semblaient très heureux. Une seule fois je les vis se lever et nous rejoindre. J'avais une belle fille dans les bras, mon ami aussi... c'était la belle vie.
A un vendeur ambulant qui passait de table en table, j'achetai une rose rouge pour offrir à ma partenaire. Je vis que Marc en avait fait tout autant. La soirée continua ainsi. La foule était à présent plus remuante et répondait ainsi aux sons de l'orchestre. Des gamins endimanchés faisaient exploser des pétards au grand dam des vieux qui auraient sûrement préféré être dans leur lit.
Puis il y eut le feu d'artifice. Bien modeste, il est vrai, mais le spectacle déclenchait tout de même de grands cris de joie parmi les personnes présentes. Pendant ce temps, un photographe passait au milieu des gens et prenait des clichés de couples d'amoureux, de famille entière, et même des groupes d'amis en train de lever leurs verres. Beaucoup le laissaient faire et son flash illuminait les abords de la piste. Je le vis se diriger vers Michèle et Marc. A son approche, ceux-ci se serrèrent, tête contre tête en souriant.
Après le bouquet final, les parents commencèrent à rassembler leurs progénitures et à déserter la place du village. Je continuais de danser un long moment encore sur la piste quasi vide, jusqu'à ce que mes jambes refusent de bouger.
L'orchestre aussi donnait des signes de lassitude et ne jouait plus autant de morceaux de musique endiablée. Le moment de partir était arrivé et je me mis à la recherche de Marc. Je m'adressai à mes amis, mais personne ne semblait l'avoir vu. Je patientai.
Je le vis soudain apparaître au détour d'une rue. Il paraissait affolé et me cherchait du regard. Je lui fis un grand signe et il arriva aussitôt , complètement essoufflé. Je le laissai reprendre son souffle.
- C'est Michèle, dit-il entre deux respirations.
- Quoi Michèle, demandai-je ?
- Elle a disparu ! Envolée !
- Comment ça disparue... Elle n'était pas avec toi?
- Si, bien sûr ! Après le feu d'artifice, j'ai rencontré des amis, elle était là, à mes côtés. Le temps de discuter quelques minutes et là... plus rien.
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- C'est incroyable. Partir comme ça, sans un mot, vous vous êtes disputés ?
- Non, au contraire. Elle semblait heureuse... Viens avec moi, à deux on aura plus de chance de la retrouver.
- Bien sûr ! Allons-y !
Nous partîmes dans les rues du village, chacun cherchant de son côté dans les zones d'ombres ou les ruelles sombres.
- Je suis déjà passé par là, me disait Marc, de temps en temps.
Je lui posai des questions sur la soirée. Il m'assura qu'il n'y avait aucun problème. Michèle était une fille charmante et le courant passait bien entre eux.
- Et la voiture ! dis-je soudain. Elle est peut-être à côté de la voiture à nous attendre.

  • Tu as raison ! Allons voir !
    Mais il n'y avait personne. Nos recherches restaient vaines. Michèle avait disparu. Nous décidâmes, à regret, de repartir vers la place du village afin d'interroger les personnes présentes. Une belle fille comme elle ne pouvait pas passer inaperçue.
    Il ne restait que les musiciens qui rangeaient leurs instruments de musique, et le cafetier qui empilait les chaises de la terrasse. Mais aucun d'entre eux n'avait aperçu Michèle. Marc était complètement perdu. J'essayai de le rassurer, de lui expliquer qu'il n'était pas responsable. Il faisait la sourde oreille, et je ne sais pas pourquoi il réagissait comme ça, mais une chose était sûre ; il voulait la retrouver !
    Le jour se levait déjà que nous étions toujours à la recherche de Michèle. Nous avions fouillé partout où cela était possible, sans résultat. Je m'efforçais, encore une fois, de raisonner Marc, de cesser les recherches, éventuellement de prévenir la gendarmerie et de rentrer chez nous. Je voulais le convaincre qu'elle avait peut-être rencontré un ami, ou un voisin et qu'elle était déjà chez elle en train de dormir.
    Enfin, las, à bout de fatigue, il accepta de partir. La mort dans l'âme, nous retournâmes à la voiture et nous reprîmes la route.
    J'observais Marc du coin de l’œil et je voyais à son comportement qu'il fixait avec attention les côtés de la chaussée.
  • Ne te fais pas de souci, lui dis-je, tu la reverras.
  • D'accord, mais elle aurait pu au moins me prévenir. Et puis elle est partie avec l'écharpe de ma sœur. Je vais me faire passer un savon.
  • Ce n'est pas grave !
    Le lendemain, en début d'après-midi, Marc revint me voir. La mine grise, les yeux cernés, les cheveux en bataille, je compris qu'il n'avait pas dû dormir beaucoup. Il insista pour que je l'accompagne. Il voulait reprendre les recherches.
    Le long du trajet, il m'expliqua ce qu'il savait sur Michèle, leurs discussions de la veille au soir, le nom de son village. Arrivés au carrefour où nous avions rencontré la belle inconnue, Marc me montra le panneau du village tout proche.
  • C'est là qu'elle habite... Dans ce bled !
  • Alors pourquoi ne pas y aller, lui demandai-je.
  • Je veux retourner d'abord sur la place du bal. Peut-être que quelqu'un se rappellera ou aura une idée.
  • Ok, comme tu veux. De toute façon on pourra retourner au village après.
  • Oui, si on revient bredouilles !

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Beaucoup de villageois étaient partis en ce jour de Fête Nationale et les quelques personnes présentes ne se souvenaient de rien.
Nous revînmes à la voiture et Marc décida de continuer les recherches dans le chemin qui cernait le village. Mais après avoir tourné une heure, en vain, il était dépité, découragé...

  • Tu avais raison, me dit-il, il faut retourner là-bas et on la trouvera.

  • C'est si important que ça ? lui dis-je.
  • Tu ne peux pas comprendre , me répondit-il d'un air mystérieux.
    Je le crus aisément.
    Que s'était-il donc passé au cours de cette soirée entre Marc et Michèle ? Peut-être que mon ami me l'expliquera un peu plus tard.
    Le village où Michèle prétendait habiter était étalé le long d'une seule rue montante bordée de vieilles maisons de différents niveaux.
    Certaines bien entretenues présentaient de belles façades en pierre, d'autres aux murs décrépis et aux volets défraîchis laissaient supposer que les propriétaires étaient partis à la ville. Pas un chat, pas une âme. Je mis cela sur le compte de la chaleur. Les habitants préféraient certainement rester à
    l'intérieur où la température était plus fraîche.
    Après avoir garé la voiture à l'ombre, nous avançâmes à la recherche d'une personne susceptible de nous renseigner.
    Je remarquai alors une vieille femme assise sur un fauteuil pliant, à l'abri d'une treille, qui nous regardait. Je donnai un coup de coude à Marc pour l'avertir. Il tourna la tête et aussitôt se dirigea vers la maison que je venais de lui signaler.
  • Bonjour Madame, dit-il en s'approchant.
    La femme souleva son chapeau de paille.
  • Bonjour, répondit-elle.
  • Je suis à la recherche d'une amie et peut-être pourriez-vous me renseigner.
  • Quelle amie ? dit-elle d'une voix soupçonneuse.
    A première vue, on n'aimait pas trop les étrangers ni les questions dans le coin...
  • Je recherche une jeune fille d'une vingtaine d'années, assez grande, très brune.
  • Vois pas ! Dans le village il y a plus que des vieux.
  • Elle s'appelle Michèle, ajouta Marc, cela vous dit quelque chose ?
  • Il y avait une Michèle, mais c'était il y a bien longtemps!
  • Pourtant je l'ai vue hier soir!
  • C'est votre amie, et vous ne savez pas où elle habite !
  • Oui, bien sûr ! Enfin si... mais c'est un peu plus compliqué que çà !
  • Avec les gens de la ville, c'est toujours compliqué, rétorqua la vieille femme.
  • Je l'ai rencontrée hier soir pour le bal du 14 juillet, à Coursins le Vieux...
  • Et elle vous a dit qu'elle habitait ici ?
  • Mais oui, dans ce village!
  • Elle s'est peut-être moquée de vous ?
    J'intervins à ce moment-là :
  • C'est peut-être une vacancière, ou elle séjourne dans une famille.
  • 5

    La vieille femme réfléchit quelques instants et ajouta :
    - Vous comprenez, dans un village comme le nôtre, tout se sait... Alors !
    - Bon, merci quand même, répondit Marc. Nous allons chercher encore.
    Plus loin, dans la rue, nous croisâmes un homme assez âgé qui partait vraisemblablement vers son jardin. D'une main il tenait une bêche en équilibre sur une épaule, et un panier d'osier dans l'autre main.
    Marc s'en alla à sa rencontre et lui posa les mêmes questions qu'à la vieille femme.
    - Non ! Je ne vois pas, dit-il après s'être gratté le crâne. Il y avait bien une
    Michèle dans le temps... mais là je ne vois pas.
    - Vraiment longtemps ?
    - Oh oui ! Plus de dix ans. Je ne me souviens pas bien , mais j'ai peut-être une idée. Vous allez continuer par là, dit-il en montrant la rue, et vous arriverez à une maison basse, avec les volets peints en vert foncé...
    - Celle qu'on voit là bas ? dit Marc en montrant une vieille bâtisse.
    - Tout juste ! Je pense que vous aurez votre réponse, reprit-il d'un air entendu.
    Nous reprîmes la route pleins d'espoir. Enfin nous tenions un indice et peut-être une piste.
    Marc frappa à la porte vitrée. Après quelques instants, un rideau de dentelle se souleva. Le visage brun et émacié d'une femme d'un certain âge apparût. Puis après un examen attentif, le rideau retomba et la porte s'ouvrit.
    Celle qui se présenta à nous était une femme entre deux âges. Son visage était marqué, mais son corps paraissait beaucoup plus jeune. Elle était habillée de noir de la tête aux pieds, et nous observait de ses yeux bleu-gris.
    - Oui ? Dit-elle en nous regardant de haut en bas.
    - Bonjour Madame, dit mon ami, excusez-nous de vous déranger, mais nous cherchons un renseignement.
    - Qui vous envoie ?
    - Un homme d'un certain âge nous a dit que vous pourriez nous aider.
    - Qui vous a dit ça ?
    - Là-bas... un peu en descendant dans la rue... un homme grand aux cheveux gris... il partait à son jardin.
    - Ce doit être Victor. Celui-là alors ! Toujours curieux ! dit-elle sur un ton beaucoup plus ferme.
    - Nous cherchons une jeune fille que nous avons rencontrée hier soir.
    - Où ça ?
    - Au village voisin. Il y avait un bal.
    - Coursins le Vieux?
    - Oui, très juste. Elle nous a dit qu'elle habitait ici. - Vous connaissez son nom ?
    - Non, uniquement son prénom. Michèle.
    La femme marqua le coup et se reprit vite.
    - Il n'y a pas de Michèle dans le coin. Enfin... il n'y en a plus !
    - Ah bon ?
    - J'avais une fille qui s'appelait ainsi.
    - Qui s 'appelait?... pourquoi... reprit Marc.
    - Oui, elle est décédée il y a un peu plus de dix ans.
    - Ah ! désolé... mais comment est-elle...
    - Dans un accident de voiture. Justement sur la route de Coursins le vieux.
    - Dans un virage ?
    - Oui, répondit la mère tristement. Au pied de la falaise. La voiture roulait trop vite et a fait plusieurs tonneaux.
    Je vis Marc blêmir. Il me regarda d'un drôle d'air puis me montra quelque chose à l’intérieur de la maison. Je vis alors, juste derrière la femme, une grande photo en

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    noir et blanc posée sur un immense buffet.
    - Votre fille ? Réussit à articuler Marc, blanc comme un linge.
    - Oui, c'est elle. Vous voulez voir la photo ?
    - Oui, répondit mon ami dans un souffle.
    - Rentrez.
    Nous entrâmes dans une grande pièce qui servait à la fois de cuisine et de salle à manger. Les volets étaient mi-clos et ne laissaient passer qu'une faible clarté. Mais cela suffisait pour reconnaître la personne qui était sur le cliché. Sans aucun doute possible. C'était bien Michèle.
    Mais Marc me jetait des regards éperdus. Je compris que je devais me taire.
    - Elle était très belle, dit-il en attrapant le cadre doré.
    - Oui, très belle, répondit la mère. Elle avait de magnifiques cheveux noirs comme son père.
    - Je sais répondit Marc sans réfléchir.
    - Vous savez ? Vous savez quoi ? demanda la femme.
    Marc s'embrouilla dans sa réponse.
    - Non, enfin, il me semble, d'après la photo...
    - Vous la connaissiez ?
    - Pas du tout. Ce n'est pas la personne que nous recherchons.
    J'appuyai son affirmation.
    - Non, vraiment pas la même personne.
    La situation devenait pesante et nous ne savions pas comment y mettre fin. Il fallait éviter les questions trop précises pour ne pas nous trahir. Nous ne pouvions pas avouer l'impensable à cette mère. Nous serions passés pour des fous.
    Nous sortîmes à reculons dans la rue ensoleillée, bredouillant des excuses, et pressés de partir. Dans une dernière confidence la femme nous dit :
    - Michèle est enterrée dans le cimetière du village. J'y vais le plus souvent possible.
    - Je comprends, répondit Marc.
    Nous prîmes congé ainsi, pas fiers d'avoir réveillé de mauvais souvenirs dans la solitude de cette femme. Une fois seuls, je regardai Marc. Il marchait à pas lents, la tête baissée, les bras le long du corps.
    - Ce n'est pas possible, dit-il soudain. Tu te rends compte ! C'est la même fille et elle est morte depuis plus de dix ans. Il y a de quoi devenir cinglé...
    - Inconcevable ! C'est incroyable, je l'admets, mais il n'y a pas d'erreur possible... C'était bien elle !
    - Sûr !
    Nous descendîmes la rue principale en parlant fort, réveillant au passage quelques chiens endormis.
    Une idée me traversa l'esprit :
    - Et si on allait au cimetière... pour voir...comme ça ?
    - J'étais en train d'y penser. Il ne doit pas être trop éloigné du village. Allons chercher la voiture.
    Quelques minutes plus tard, nous aperçûmes de longs cyprès et quelques croix de granit grises, cachées derrière un haut mur de pierres. Marc arrêta la voiture et nous entrâmes dans le petit cimetière. Nous nous séparâmes. J'avançais dans l'allée centrale. Quelques tombes étaient fleuries, mais la plupart tombaient en ruines. Les marbres étaient cassés et sur le sol, les racines des vieux cyprès soulevaient la terre par endroits.
    Au bout d'un moment Marc m'appela. Il était arrêté devant une tombe. Lorsque je le rejoignis, je remarquai aussitôt la pâleur de son visage. Il étendit le bras devant lui. Je suivis le mouvement du regard et ce que je vis restera gravé dans ma mémoire à
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    tout jamais.
    Sur la pierre tombale, il y avait l'écharpe blanche lovée en spirale et au centre de celle-ci il y avait une rose rouge. Sur la croix de granit, au milieu des deux branches, il y avait un petit médaillon dans lequel on reconnaissait, de façon certaine, un portait de Michèle.
    La stupeur nous paralysa de longues minutes.
    - Comment est-ce possible, réussit à articuler mon ami Marc.
    - Je ne sais pas !

    F I N

    O U T R E F I N

    Je revis Marc quelques jours après. Nous n'avions parlé à personne de notre aventure. D'ailleurs qui nous croirait ? Même vous , lecteurs, vous ne croyez pas un mot de cette histoire. Pourtant !!!
    Mon ami m'avait donné rendez-vous à la terrasse d'un café, dans un village voisin. Il était déjà attablé, pensif, les coudes sur la table, et les mains soutenant son menton. Me voyant arriver, il sortit une enveloppe de la poche de sa veste et me la tendit. Il m'expliqua qu'il venait de passer chez le photographe, récupérer le cliché en noir et blanc, pris le soir du bal.
    Je sortis celui-ci et le regardai avec stupeur. Il n'y avait que Marc. A sa droite la chaise était vide !

    Vous me croyez maintenant !!!

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