Temps de lecture
12
min

 Société Suspense

La Corde Raide 

Hhl

Hhl

1205 lectures

84 voix


Cette silhouette qui court sur le chemin de l’Horloge, pas de doute, il l’a déjà vue quelque part. Il se souvient très bien d’avoir eu cette pensée, pendant au moins dix secondes, avant d’être parfumé au gaz lacrymogène etassommé d’un coup sec.
C’est qu’en ce moment même, il ne se trouve plus sur un chemin à tuer le temps tranquillement. Non, il est juste attaché à une chaise, bâillonné, pieds et poings liés, dans une pièce assez mal éclairée, se demandant ce qu’il fait ici.
Il vient à peine de se réveiller, avec un mal de crâne intenable. La silhouette, quant à elle, ne court plus. Elle est debout contre le mur juste en face de sa victime et fume une cigarette.
— Tu te réveilles enfin, mon cher Jacques ! Tu m’en vois ravi. J’espère que je n’ai pas eu la main trop lourde. Pour tes yeux, ne t’en fais pas, le produit dont je t’ai aspergé est inoffensif. Les effets se dissiperont dans quelques heures.
Où suis-je ? Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que je fais ici ?
Tout en essayant d’effacer le brouillard devant ses yeux, il aimerait bien poser toutes ces questions, mais le chatterton scotché à ses lèvres lui permet juste de tenter un « mmm » plaintif.
— Tu n’imagines pas le mal que j’ai eu à te retrouver. Mais où es-tu allé chercher une planque pareille ? Ça n’est pas de toi, de choisir un endroit sans position de repli. Tu n’as même pas bougé quand je t’ai attaqué. Tu m’as beaucoup déçu, Jacques. Note, dans un endroit pareil, nous serons plus à l’aise pour discuter tranquillement, tu ne penses pas ?
Péniblement, il tente de comprendre ce qui lui arrive. Il est certain de connaître cette voix, cette silhouette, comme un souvenir lointain qui ressurgit, mais la douleur dans sa tête est trop forte. Rien ne vient. Pour l’heure, il se demande seulement ce qu’on peut bien vouloir à un pauvre type comme lui, sans histoire, qui mène la vie la plus banale qui soit.
— Au fait, je manque à tous mes devoirs. Tu as peut-être soif. Trois heures dans le coffre d’une voiture, ça doit faire long. As-tu soif ?
Il fait timidement « oui » de la tête.
— Bon, mettons-nous d’accord. Si je te donne à boire, tu promets d’être bien sage et de ne pas crier ?
Les yeux remplis de terreur, il bouge de nouveau la tête.
La silhouette s’avance, elle ne porte même pas de masque. Son visage lui aussi lui semble familier, sans qu’il puisse l’identifier. Délicatement, elle ôte le bâillon de sa victime et lui donne de l’eau.
— Voilà, ça va mieux, maintenant ?
La morsure du chatterton sur sa peau s’estompe peu à peu. Il se dit qu’il va pouvoir trouver une explication à ce malheureux malentendu, que tout cela n’a pas lieu d’être. Bien sûr, qu’il doit rester calme, mais la peur est trop grande. Il s’énerve en gigotant sur sa chaise et se met à pleurer :
— Mais bon Dieu, qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous me voulez ? Je ne m’appelle même pas Jacques. Je m’appelle Julien, Julien, vous m’entendez ? Je suis comptable. Vous confondez avec quelqu’un d’autre, monsieur !
En face, la silhouette reste imperturbable, presque amusée de la situation.
— C’est donc ça, ta nouvelle couverture ! Comptable ! Pas mal, on y croirait presque.
— Couverture ? Mais… de quoi parlez-vous ? Quelle couverture ?
En faisant craquer ses doigts entre ses poings, la silhouette s’avance vers lui, très lentement, puis lui passe les mains sur les épaules, comme à un vieil ami avec qui on a partagé une partie de son passé. Commence alors l’explication.
— Comme tu es taquin, Jacques. Je ne t’en veux pas, c’est de bonne guerre. Tu sais que je t’aime bien et qu’il n’y a rien de personnel. Mais bon, après tout, puisque ta mémoire semble s’être évaporée, je vais te la rafraîchir un peu, tu veux bien ? Pour ta gouverne, tu t’appelles Jacques Mengin, tu résides au 22, rue de Flore, à Paris, et tu travailles pour les services secrets français depuis bientôt dix ans, dans une division spéciale qui s’appelle les Flèches. Ton nom de code est Zeus. Ta dernière mission s’est déroulée à Berlin, où tu devais trouver et éliminer une personne, un certain Georges. Il se trouve que je suis moi-même agent secret et que mon nom de code est Georges. Jusqu’ici, tu me suis ?
— Mais, comment, je…
— Non, ne dis rien. Tu dois certainement te demander – et c’est bien légitime, mon ami – pourquoi je ne suis pas mort. En fait, tu as presque réussi ta mission. Presque. J’étais pour ainsi dire agonisant quand tu m’as laissé tomber dans le canal, mais malheureusement pour toi, tu n’as pas vérifié. J’aurais fait pareil à ta place. L’eau est certes très froide au mois de janvier, je te l’accorde. Mais j’ai réussi à rejoindre l’autre rive. Frigorifié, avec deux balles dans le buffet, mais vivant. Tout ce que je peux te dire, c’est que la médecine allemande n’est pas reconnue à sa juste valeur. Et me voilà, aujourd’hui, avec toi, mon ami, à parler de choses et d’autres. Dois-je continuer, Jacques ?

À cet instant, le temps s’arrête. Il n’a toujours pas la moindre idée de ce qui est en train de se passer autour de lui. Il espère juste faire un mauvais rêve, mais ses liens et son mal de tête le ramènent à la raison. Des larmes coulent abondamment jusque sur ses vêtements et mille et une idées lui trottent dans la tête, dont une en particulier : si la personne a fait tout ce chemin depuis l’Allemagne, ce n’est certainement pas par politesse. Elle est là pour le tuer.
— S’il vous plaît, monsieur, écoutez-moi. Prenez, dans la poche de ma veste, vous trouverez tous mes papiers. Je ne suis pas celui que vous croyez. Je… je m’appelle Julien, je suis comptable, un comptable minable, dans une boîte minable, je suis ici en vacances. Je ne sais même pas qui vous êtes. Je veux juste rentrer chez moi, s’il vous plaît, pitié ! Ne me tuez pas !
En face, la silhouette reste impassible.
— Tu sais que tu ne me facilites pas les choses, Jacques. Évidemment, tu vas mourir, je m’étonne même que tu aies un doute à ce sujet, mais là n’est pas le motif premier de ma visite dans ton pays de bouseux. Il se trouve que mon employeur, que tu connais bien – et qui, par ailleurs, te respecte –, est très affecté par la disparition de documents que tu lui as, comment dirais-je, empruntés. Il te saurait gré de les lui rendre dans les plus brefs délais.
— Mais vous êtes fou ! Quels documents ? Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler ! Vous êtes fou, je vous dis ! Au secours ! À moi ! Pitié !
Soudain, l’homme agrippe le visage de sa victime, sa voix n’a plus rien d’amical. La mâchoire serrée, il se met à lui parler méthodiquement, à quelques centimètres à peine de son visage.
— Chut. Ne nous énervons pas. Je crois que tu n’as pas bien saisi la situation mais je vais mieux t’expliquer, Jacques, ou Julien, si ça peut te faire plaisir. Tu vas m’écouter attentivement, d’accord ? Deux options s’offrent à toi. Un, tu m’indiques où se trouve ce que je cherche et je te promets, tu as ma parole, que tu ne souffriras pas. Deux, tu persistes à nier et je te jure que tu regretteras d’être né. Que je t’explique plus précisément. Dans moins de deux heures devrait arriver une de mes connaissances, le docteur Cho Tsu. Je t’assure que c’est un expert renommé en déliage de langue, si tu vois ce que je veux dire. Je t’aime bien, mon ami, et je ne veux pas que tu subisses un tel châtiment. Personne ne mérite de finir ainsi, alors, parle ! Parle, bon Dieu !
Les yeux de la victime sont embués de larmes et scrutent le vide. Ses lèvres tremblent lorsqu’elle répète à mi-voix, à bout de nerfs, sans s’adresser à personne :
— Mais je ne sais rien, je ne vois pas du tout de quoi vous parlez. Oh ! pitié, pitié !
— Tant pis pour toi, Jacques. Je t’ai connu plus pragmatique, mon vieux. Mais bon, tu fais comme tu veux. Je te laisse aux bonnes grâces de Cho Tsu. Moi, j’ai un avion à prendre. Je ne te dis pas à bientôt.

Sur ces mots, la porte se referme, ne laissant que l’écho de la clé dans la serrure. Julien n’en revient pas. Attaché et condamné à court terme sans comprendre pourquoi. Il lui reste moins de deux heures à vivre et il n’y peut rien. Son esprit est embrumé. Depuis combien de temps est-il ici ? Tout ce dont il se souvient, c’est de cette silhouette qui lui a foncé dessus, vêtue d’un pardessus gris, les cheveux longs. Puis, le vide complet jusqu’au réveil, attaché. L’allure et le visage de son bourreau lui apparaissent plus familiers de minute en minute. Il connaît la personne qui était dans la même pièce que lui, mais d’où ? Plus la moindre idée. Il est résigné, imaginant sans peine tout ce que ce Cho Tsu va lui faire subir d’ici à quelques heures. Ses larmes ne s’arrêtent plus de couler.
Reprends tes esprits, lui dit soudain une voix en écho. Tu ne vas pas te laisser faire. (Ce n’est pas la voix de sa conscience. Elle semble presque s’adresser à lui au travers des murs.) Tes liens, essaie de détacher tes liens.
C’est alors que Julien se souvient d’avoir laissé un petit couteau suisse au fond de la poche arrière gauche de son pantalon, quand il s’est fait frapper. Il y est peut-être encore. Il bouge ses doigts pour les dégourdir puis tente d’atteindre sa poche. Bénis soient les objets miniatures, celui-ci apparemment est passé inaperçu. Il parvient à sortir l’objet et commence à couper ses liens. La lame est minuscule et râpe lentement mais sûrement le nœud des cordes.
Ses liens défaits, il tente péniblement de se lever. Ses jambes sont lourdes, sa tête lui fait atrocement mal. Reste le problème de la porte. Si son geôlier l’a laissé ainsi seul, c’est que quelqu’un d’autre doit surveiller l’entrée de la pièce. Un indescriptible instinct de survie se met alors en marche.
Je vais appeler, faire croire à un malaise. Il faut que ça ait l’air le plus vraisemblable possible. Là, si une seule personne entre, j’ai une chance. S’ils sont deux, foutu pour foutu j’aurais tenté le coup, se dit-il.
La voix continue de lui parler :
Bien, reprends des forces. Tu maîtrises la situation.
Il se met donc à hurler à la mort, pendant plusieurs minutes, puis s’arrête tout net en poussant un râle d’agonie. Presque aussitôt, la porte s’ouvre. Un seul garde entre et il est armé. Voyant le prisonnier gisant sur sa chaise, la bouche et les yeux ouverts, il panique et va vers lui pour vérifier son état. Dans un éclair, il reçoit un coup de poing si terrible qu’il ne peut riposter et s’effondre.
— Je le crois pas, je l’ai assommé, ma parole. Ça a marché, ça a marché !
Il sort de la pièce, après avoir ligoté le garde, récupéré les clés et son arme. Celui-ci est en train de se réveiller et marmonne dans le vide :
— Ça devait pas se passer comme ça, c’était pas prévu. Putain, ça fait mal.

Chacun son tour. De prisonnier, il passe à fugitif. L’adrénaline commence à monter au cerveau. Il a honte de se l’avouer, mais cette poussée lui procure un sentiment incroyable de bonheur. Il n’a jamais ne serait-ce que giflé quelqu’un, mais tout à coup, il se sent capable d’affronter une armée entière. Pour l’instant, en tout cas, la seule issue possible est un long couloir apparemment interminable. Il imagine se trouver au fond d’une prison désaffectée ou Dieu sait quoi. Il titube, l’arme au poing, espérant presque qu’un obstacle viendra se mettre entre lui et la sortie.
Et toujours cette voix lancinante, comme un écho dans sa tête :
Bien, tout droit, la sortie est proche, tu as presque gagné. Tout le monde est très fier de toi.
Fier de moi ? Mais je deviens fou. C’est quoi cette voix, merde ? Il ne faut pas que j’écoute, il faut rester concentré. On a dû m’inoculer quelque chose, quand j’étais ligoté, c’est pas possible.
Arrivé à la moitié du parcours, il entend au loin comme un bruit de clé dans une serrure. Deux hommes, dont un est sûrement Cho Tsu, se retrouvent à l’autre bout du couloir et ils sont manifestement très en avance. Immédiatement, ils se mettent à courir vers lui, l’air menaçant. Dans un sursaut, sans réfléchir, il saisit son arme, puis commence à tirer. Il appuie et appuie encore sur la gâchette. Aucune balle n’atteint sa cible. Il se dit alors que, ma foi, espion, c’est un métier qui s’apprend. Il n’en est qu’aux prémices.
À gauche ou à droite, lui chuchote la voix.
À ses pieds, sur chaque côté, il découvre effectivement deux trappes. Les deux hommes se rapprochent à vive allure. Gauche, droite ? Droite, gauche ? Il plonge à gauche dans le noir le plus complet et se met à glisser à toute vitesse sur une sorte de toboggan géant, sans savoir où il mène. Tout ce qu’il peut faire, c’est crier, et encore crier, en voyant défiler devant ses yeux, à toute vitesse, tout le film de sa vie.
Mais qu’est-ce que c’est ce truc de malade, ça ne s’arrête donc jamais ?!
Peu à peu, il voit arriver comme un faisceau lumineux devant lui. Il se fait plus proche, et… La chute est brutale, sur un sol froid. Il est arrivé. Il se retrouve seul, dans un endroit où l’unique lumière provient d’une sorte de spot braqué sur lui, comme sur une scène. Pas un bruit ne vient troubler le battement frénétique de son cœur.
Ça y est, je suis mort. Là, c’est sûr.
La voix lui parle, mais il sent sa présence plus forte qu’auparavant.
— Julien Bertach, m’entendez-vous ? Julien Bertach ?!
— Oui ? répond-il timidement, étant subitement descendu de son nuage de frénésie, mais surtout effrayé à l’idée de l’endroit où il se trouve peut-être.
Le spot s’éteint et l’instant d’après, c’est un déluge de lumière qui s’abat, de tous côtés, pour laisser place à une pièce immense, toute blanche, dont les quatre murs semblent être l’obscurité. Il prend peur, a un bref mouvement de recul, puis s’aperçoit qu’il n’est pas seul. Une personne en costume avec un micro s’avance vers lui. Nulle part où aller. Si c’est la mort, autant l’affronter en face. Qu’elle vienne le prendre et qu’on n’en parle plus. Le micro aux lèvres, la personne se met à parler, d’une voix très calme et solennelle.
— Bonjour, Julien, comment allez-vous ?
— Mais…mais c’est votre voix que j’entends depuis tout à l’heure. Qui, qui vous êtes ?
— Julien, je suis Carl Artus, l’animateur. Avez-vous une idée de l’endroit où nous sommes ?
Ne comprenant plus rien à ce qui se passe, des larmes dans la voix, il se met à prononcer des sons inintelligibles, commence à délirer, mais dans ses larmes, on peut comprendre vaguement :
— … est le paradis, ici ?
— Le paradis ? Non, c’est mieux que ça. Mais regardez donc en face de vous.
L’homme l’aide à se relever puis lui montre du doigt l’obscurité.

Soudain, tout s’accélère. L’obscurité se transforme en un clin d’œil en lumière dense et le silence en une pluie d’ovations et de bravos. Des centaines de personnes dans des fauteuils sont en train d’applaudir à tout va, comme sorties de nulle part. L’homme au micro reprend la parole, mais cette fois-ci, il est comme galvanisé.
— Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. C’est un grand moment que nous sommes en train de vivre. Du jamais vu sur le petit écran. Vous êtes toujours sur Canal 1 et vous regardez toujours la première de La Corde Raide. Petit rappel des faits. Ils étaient dix au départ de cette formidable aventure. Capturés, enlevés, parfois légèrement torturés, sous vos yeux, ils ont vécu l’enfer ! Sans pour autant jamais se douter un instant qu’ils étaient les héros d’une incroyable aventure et que VOUS les regardiez, assis dans ces confortables sièges ou derrière votre téléviseur. Ils n’étaient au courant de rien, mais avaient tous, sans exception, fait le vœu de vivre une expérience hors du commun, de dépasser leurs limites, d’échapper à la banalité de leur vie. Leur vœu a été exaucé, par nos soins, grâce à toute l’équipe de La Corde Raide. Mais, mais, mais… Malheureusement, tous ont échoué, les uns après les autres ! Certains ont perdu la raison rapidement et ont dû être hospitalisés. La pauvre Marie, souvenez-vous… Marie, secrétaire, nous arrivant du Var, a fait une allergie au Penthotal et a péri dans d’atroces souffrances, sous vos yeux. Nous attendons sa famille d’un instant à l’autre pour un témoignage à chaud. D’autres n’ont pas survécu à la trappe de droite, comme Bernard que nous avons pu voir en duplex simultané et qui s’est bien battu. Bravo, Bernard, nous n’oublierons pas ton courage. Bref, tous ont été éliminés, sauf un. Je vous demande d’applaudir bien fort Julien, le grand gagnant de La Corde Raide.
À cet instant, Julien ne comprend toujours pas ce qui lui arrive. Il est sonné, comme après un K.-O. sur un ring de boxe.
— Alors, Julien, quelles sont vos impressions ? Dites-nous tout. Le public veut savoir. Écoutez tous ces bravos, ces cris. Vous êtes leur star, ce soir !
Hébété, Julien peine à prononcer le moindre mot.
— Mais,c’est pas possible. C’était un jeu ? Et Georges ? Et Cho Tsu ? La lacrymo ? C’était un jeu ? Mon Dieu, un jeu.
— Ah, deux rôles formidables. Criants de vérité. Je tiens, et merci de m’y faire penser, mon cher Julien, à saluer le travail remarquable qu’ont effectué Jacques Martinot et Chong Se, deux immenses acteurs, que vous avez sûrement déjà pu apprécier dans la série très populaire Sous le ciel bleu. Le public ne s’y est pas trompé. Je salue par la même occasion les maquilleuses, grâce à qui Jacques avait vraiment l’air d’un assassin. Bravo encore. Mais tournons-nous de nouveau vers le héros de cette soirée, notre star. Alors Julien, heureux ? Vous venez de gagner une semaine aux Bahamas pour deux, ainsi que la somme de dix mille euros ! Vous les avez bien méritées, après cette leçon de sang-froid que vous avez donnée à tous nos téléspectateurs. Vous savez que vous m’avez bluffé ? Dites-moi, où avez-vous donc appris à dénouer des liens avec autant d’adresse ? Le public a le droit de savoir.

Julien reste muet. Tétanisé par le bruit et l’agitation autour de lui, il ne sait que répondre et s’écroule sur le sol. Le présentateur essaie bien de le faire réagir, mais rien n’y fait. Quand bien même, il continue tout seul, pendant que les secours tentent de réanimer le vainqueur.
— Eh bien, chers amis, je crois que Julien a eu son lot d’émotions pour aujourd’hui. Nous vous montrerons les images des coulisses demain et il sera sur pied, n’en doutez pas. Mais on m’indique dans l’oreillette que l’émission touche déjà à sa fin. Eh oui, déjà ! J’espère que nous vous avons donné des émotions fortes, ce soir. Surtout, n’oubliez pas : si vous voulez participer à La Corde Raide, rien de plus simple. Vous n’avez RIEN à faire. C’est nous qui vous choisissons. Nos psychologues et spécialistes épluchent chaque jour des milliers de questionnaires piochés sur Internet pour trouver les personnes, qui, sans le savoir, sans se l’avouer, veulent participer à notre grand jeu et désirent, comme Julien, vivre des situations hors du commun. Alors, faites très attention cette nuit, demain et les autres jours. Le prochain ce sera peut-être VOUS. Il ne me reste qu’à vous souhaiter une bonne fin de soirée sur Canal 1, et à dans un mois pour un nouveau numéro de La Corde Raide, la seule émission qui vous emmène là où vous n’auriez jamais osé aller tout seul. Au revoir…et bonne fin de soirée !