Temps de lecture
9
min

L'ombre de la Bataille Finale 

Edrouet

Edrouet

179 lectures

113 voix

Le château était sombre et froid. La tension était palpable à l’extérieur et les élèves de Poudlard s’étaient réunis dans la Grande Salle pour l’évacuation. Opal Quinn contenait sa peur. Elle descendait les marches menant aux cachots, en direction de la salle des potions. Alors qu’elle s’enfonçait dans les profondeurs du château, la température continuait de baisser et la lumière du jour disparut finalement, remplacée par celle des bougies qui frémissaient autour d’elle. Derrière elle, son fidèle petit chat noir, Murphy, la suivait nerveusement, bien conscient de l’état émotionnel de sa maîtresse.
Quand Opal avait vu Harry Potter sortir des rangs de Griffondor, s’opposant à Severus Rogue, elle avait été l’une des seules de sa maison à sourire. Non, elle n’aimait pas son arrogance et sa fausse modestie, ni ses cheveux en bataille et ses petites lunettes rondes. Mais qu’elle le veuille ou non, dorénavant il était le seul à pouvoir vaincre le seigneur des ténèbres. Pendant des mois, elle s’était rangée du côté des gagnants, ceux qui avaient accueilli Voldemort à bras ouverts. Aujourd’hui, elle allait prouver que la ruse des Serpentards pouvait aussi servir la bonne cause. Si elle aidait à gagner cette guerre, elle le sauvera sûrement lui aussi, son ami de toujours, celui pour lequel elle avait déjà tant sacrifié. Avalant sa salive, elle franchit les dernières marches et s’élança vers la porte de la salle des potions. D’abord, elle fut frappée par les odeurs nauséabondes qui s’échappaient des murs, des étagères et des bocaux disposés dans toute la pièce. Cela faisait des semaines que personne d’autre qu’elle n’était venu ici. De vieilles potions pourrissaient déjà, si bien que les yeux d’Opal lui piquaient. Sur la table centrale, une potion fumait toujours, d’une couleur rosée séduisante. Elle avait mis des semaines à préparer la base de cette potion, et elle s’apprêtait aujourd’hui à la finir. Sans perdre de temps, la jeune femme s’approcha des étagères fixées aux murs, bousculant les bocaux dont elle n’avait pas besoin et attrapant soigneusement ceux qui lui seraient nécessaires. Derrière elle, Murphy sauta sur la table, reniflant tout sur son passage. Il recula soudainement quand Opal revint déposer de multiples ingrédients à côté du chaudron fumant.
Durant ses sept années à Poudlard, elle avait toujours excellé en potions. Dès sa première année, elle était entrée dans le club de potion de Poudlard, et le professeur Rogue lui-même lui donnait des conseils ou des cours particuliers, afin de parfaire son art. Les chaudrons fumants, les effets indésirables, ou encore la précision des dosages, tout lui plaisait dans cette science subtile. Aujourd’hui, elle avait le pouvoir et les compétences pour aider Harry Potter à vaincre le seigneur des ténèbres. C’est avec cette pensée à l’esprit qu’elle s’écarta du chaudron pour peser le reste de ses ingrédients et les introduire soigneusement dans la concoction. La couleur changea rapidement et prit une teinte noire encre.
- Plus qu’un ingrédient… se chuchota-t-elle à elle-même, comme pour se donner du courage.
Elle prit une petite pincée de poudre d’ongle de griffon. Autour d’elle, elle n’entendait plus rien, ni les bulles qui s’échappaient en un petit « plop », ni les miaulements de Murphy. Seule la potion importait. Alors, elle laissa couler les deux dernières gouttes d’un liquide vert, puis recula et attendit. Après quelques secondes, un éclair blanc apparut dans le chaudron, faisant crépiter la potion tel un ciel orageux. Opal poussa un cri de joie et prit une petite fiole derrière elle. Délicatement, elle versa le contenu du chaudron dans la fiole, et la ferma d’un bouchon en liège. Satisfaite, elle se hâta de glisser la potion dans son sac. Quand soudain, une voix s’invita dans son esprit. Les murs semblaient se refermer sur elle, tandis que sa peur lui faisait tourner la tête. Cette voix, glaçante, aigue, elle savait exactement à qui elle appartenait.
- Voldemort…
Prise de vertige, elle s’agrippa à la table à côté d’elle, renversant par la même occasion plusieurs vieux flacons, qui se brisèrent sur le sol. Une vapeur s’échappa du verre, inondant la pièce d’une odeur âcre et désagréable. Murphy, prit de panique, se mit à miauler et se réfugia en dessous d’un meuble bas. Opal, elle, tomba à genoux en toussant. Sa vision se brouilla, tandis que des nausées lui secouaient l’estomac. C’était comme si tous ses membres lui étaient arrachés en même temps. La voix du seigneur des ténèbres résonnait toujours, à travers les murs, à travers le sol et le plafond, mais elle n’écoutait plus. Paniquée, elle tenta de trouver la nature de la potion renversée, mais il était trop tard. Elle s’écroula par terre et laissa les ténèbres l’engloutir…

Doucement, elle reprit connaissance. Au-dessus d’elle, une plateforme marron foncée, toute faite de bois, l’empêchait de se relever complètement. Le silence était revenu sur le château, et la vapeur avait complètement disparue. Opal commença à ramper vers la lumière, là où la plateforme prenait fin. Soudain, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Tout autour d’elle paraissait démesuré, comme si la pièce avait soudainement grandi. À moins que… Devant elle, son corps était là, écroulé sur le sol. Gigantesque. Opal mis quelques secondes à comprendre. Elle posa son regard sur ses pieds, où plutôt ses pattes, à présent. Son corps, lui, était couvert d’un pelage noir. Elle voulut crier, mais à la place, un miaulement craintif sorti de sa bouche. Elle resta un moment immobile, comprenant doucement qu’elle avait pris possession du corps de Murphy, le seul autre être vivant présent dans la pièce. Son esprit, plus faible que celui d’un humain, avait dû se réfugier dans les fin-fonds de son petit corps de chat. Elle poussa un nouveau miaulement. Elle n’avait aucune idée de comment redevenir elle-même.
Une explosion retentit. Le bruit était si fort qu’il semblait avoir résonné juste à côté d’elle. Par instinct, elle retourna se cacher sous le meuble bas dont elle venait de sortir. Plusieurs explosions suivirent la première, la faisant sursauter à chaque fois un peu plus. Mais, très vite, elle comprit qu’elle n’était pas plus en sécurité ici que dehors. Bravant son instinct animal, elle sortit de sa cachette. Son premier réflexe fut de se diriger vers la porte, mais une pensée lui traversa l’esprit. Elle ne pourrait, de toute façon, pas reprendre forme humaine avant la fin de cette guerre. Si elle parvenait à transmettre la potion à Harry Potter, alors elle aurait une chance de l’aider à mettre fin à la bataille de Poudlard. Lorsqu’une nouvelle explosion éclata, elle se recroquevilla, observant les alentours nerveusement. Puis, elle lança un regard vers son sac. Elle s’avança prudemment et tenta tant bien que mal de plonger la tête à l’intérieur pour y trouver la potion, qu’elle prit le plus délicatement entre ses dents. Sans attendre une seconde de plus, elle se mit à courir en direction des escaliers, qu’elle gravit à une telle vitesse qu’elle eut du mal à y croire. Son corps était souple, rapide, vif, à un tel point qu’elle eut presque l’impression de voler. Très vite, elle atteint les couloirs des étages supérieurs. À une intersection, elle faillit se faire écraser par un troupeau d’humains qui courrait en directions de la Grande Porte. Opal reconnue le professeur Chourave, ainsi que les créatures qu’elle et ses élèves transportaient. « Des mandragores ! ». Quelle idée avaient-ils eu qui impliquait l’utilisation de mandragores ? Elle n’avait pas le temps de s’y attarder. Resserrant un peu sa prise sur la fiole, elle suivit le petit groupe, cherchant aveuglément Harry Potter.
Bientôt, elle l’aperçu. Un des élèves – un Griffondor de dernière année dont elle ne se souvenait pas du nom – l’aborda, en lui expliquant ce qu’ils allaient faire de leurs plantes hurlantes. Sans hésiter, Opal s’élança vers sa cible, mais ce dernier se mit à courir. Elle se mit à sa poursuite, quand soudain, une terrible explosion survint, projetant un vase gigantesque dans sa direction. Terrorisée, la jeune sorcière alla se réfugier derrière un piédestal vide. En quelques secondes à peine, Harry Potter avait disparu…
Une autre explosion s’éleva au-dessus de sa tête, et de la poussière s’échappa du plafond. C’est alors qu’une vieille femme au chapeau troué apparue dans un coin. Apercevant le petit chat noir du coin de l’œil, elle ralentit et s’accroupit aux côtés d’Opal.
- Mais que fais-tu donc là, mon cher ? Tu t’es perdu ?
Opal miaula, essayant de faire comprendre ses intentions à la vielle dame devant elle, sans succès.
- Tiens, qu’est-ce que tu tiens dans ta gueule ?
Alors qu’elle tendait sa grande main vers la tête de chat d’Opal, cette dernière esquiva d’un bond pour se remettre à courir. Elle ne voulait pas perdre la potion. Le chat s’échappant, la vieille dame continua sa course dans la direction opposée.

Cela faisait presque une heure qu’Opal cherchait Harry Potter, quand enfin, elle le retrouva. Il sortait d’une salle apparue soudainement dans le mur et dont la porte avait disparue aussitôt. « Parfait ! ». Elle s’avança discrètement. Au sol, elle reconnut Drago Malefoy. Son cœur fit un bond en le voyant. Que faisait-il ici ? Il semblait souffrir et peinaient à respirer. Dans les couloirs, d’autres sorciers, poursuivit par des Mangemorts, apparurent. Opal détourna son regard de Drago. C’est seulement quelques secondes plus tard qu’une explosion, plus puissante que jamais, se fit entendre. Certains murs s’écroulèrent, tandis que le sol se souleva et qu’un souffle redoutable projeta Harry Potter en arrière. Sans hésiter, Opal s’élança vers le sorcier à terre. Elle devait réfléchir vite. La potion devait pénétrer le cœur de la baguette d’Harry, ou elle serait inutile. La jeune sorcière profita qu’il soit à terre pour grimper sur les décombres, assez haut pour pouvoir briser la fiole grâce à la gravité. À présent juste au-dessus du sorcier, elle relâcha sa prise. Les secondes lui parurent des heures, mais la fiole se brisa enfin. Le liquide noir pénétra doucement la baguette d’Harry, qui se mit à crépiter pendant quelques secondes. Le sorcier ne remarqua rien du tout, et se releva lentement.
Elle avait réussi ! Malgré tous les obstacles qui s’étaient mis sur son chemin, elle avait utilisé sa potion avec succès. Soudain, un cri de désespoir s’éleva, brisant la joie d’Opal.
- Fred, non !
Elle devait partir d’ici. Ce n’était qu’une question de temps avant que de nouveaux ennemis arrivent. Comme pour confirmer sa pensée, une nouvelle série de sortilège traversa la brèche dans le mur. Par chance, elle était petite et rapide. Quand une énorme araignée apparue devant elle, elle passa à travers ses pattes et s’échappa dans l’obscurité des étages inférieurs.

Opal était assise sur des débris et observait la nuit noire à travers la Grande Porte de Poudlard. Cela faisait presque une heure que le seigneur des ténèbres avait demandé à ses troupes de se retirer. Le combat n’allait pas tarder à reprendre, à moins qu’Harry Potter ne décide de se rendre. Derrière elle, les pleurs avaient envahis la Grande Salle. Certains de ses amis, qui avaient décidé de rester combattre, étaient à présent allongés sur le sol, sans vie. Les autres étaient à leurs côtés, le visage fermé et le corps soulevé de sanglots silencieux. Si elle avait pu pleurer, elle aurait crié, hurlé, prié qu’on lui rende ses amis. Mais elle ne pouvait pas. Elle n’était qu’une sorcière, piégée dans le corps d’un chat. Désespérée, elle poussa un petit miaulement à peine audible. Puis, elle se retourna et pénétra dans la grande salle. Elle n’eut aucun mal à retrouver son ami. Elle s’approcha doucement de lui et s’assit à ses côtés. Il était avachi sur un banc, la tête baissée, ses cheveux blonds devant les yeux. Des larmes perlaient à ses paupières, menaçant de s’échapper à tout moment. Opal miaula de nouveau. Quand il plongea son regard dans le sien, elle aurait pu jurer qu’il l’avait reconnue.
- C’est impossible, dit-il.
Puis, sa vision se brouilla et les ténèbres l’envahir une nouvelle fois.

Elle poussa un cri quand elle reprit connaissance. Elle était de retour dans la salle des potions. Elle était de retour dans son corps. Un mal de tête fulgurant la transperça, tandis qu’elle tentait de se relever. Qu’était-il arrivé à Muphy ? Avait-il repris possession de son corps, lui aussi ? Sans attendre, elle emprunta de nouveau les escaliers menant au rez-de-chaussée. Son corps paraissait si lourd et si raide qu’elle eut du mal à avancer. Ses membres lui faisaient toujours mal, et elle avait l’impression que sa cravate vert foncé lui coupait la respiration. Déterminée, elle se dirigea vers la Grande Salle. La guerre avait repris et le chaos avait envahi les lieux. Confuse, Opal se mis en tête de le chercher, lui. Celui pour lequel elle avait tout fait, celui qu’elle voulait sauver à tout prix. Dans les couloirs, elle crut l’apercevoir disparaitre dans une intersection. Elle s’élança à sa suite. C’est alors qu’elle le vit, se battre contre un Mangemort redoutable. Elle s’arrêta d’un coup, trébuchant sur des débris et se rattrapant de justesse à un mur. Surpris, le Mangemort changea de cible.
- Sectumsempra ! lanca-t-il.
Elle n’eut pas le temps de parer. Opal tomba à la renverse. Des dizaines de petites coupures lui couvrir le corps, laissant son sang s’échapper doucement.
- Non ! cria son ami.
Il s’approcha d’elle en courant et la tira à l’abri des sorts ennemis.
- Opal, non…
Secouée de tremblement, la jeune femme lui sourit.
- J’ai réussi. Ma potion, elle a fonctionnée.
Il secoua la tête.
- C’est pour ça que tu ne t’es pas échappée ? Pour une stupide potion ?
Délicatement, elle caressa la joue de son ami.
- Je voulais être meilleure… Pour nous deux…
Désespéré, il tenta d’arrêter l’hémorragie, sans succès. Des larmes apparurent de nouveau dans ses yeux. Opal tourna la tête. Au loin, elle pouvait voir Harry Potter et Voldemort s’affronter. De petites étincelles s’échappaient de la baguette d’Harry, lui tirant un sourire.
- La potion qui augmente la puissance d’une baguette… chuchota-t-elle. Ma plus grande réussite.
Puis, son bras retomba violemment par terre, inanimé. Drago se retrouva seul, serrant fort le corps de son amie, comme pour l’empêcher de s’en aller.

Le soleil se levait enfin sur le château. Une vive lumière entrait par les fenêtres, les rayons apportant un peu de chaleur à la Grande Salle. Drago Malefoy était assis sur un banc, dans un coin, aux côtés de ses parents. Personne ne faisait attention à eux, et c’était tant mieux. Il observa, silencieux, les sourires et les pleurs de ses camarades. Certains s’amusaient à lancer de la nourriture dans la bouche d’un géant, qui regardait à travers une fenêtre défoncée. Mais Drago n’avait aucune envie de rire. Harry Potter passa non loin de lui. Drago leva la tête, et le regarda longuement, pensif.
- Si seulement tu savais, Potter…
Dans l’ambiance de nouveau paisible de la Grande Salle, Drago Malefoy versa une dernière larme.