Temps de lecture
12
min

 Drame Instant de vie

Coup de blues 

Michel Dréan

Michel Dréan

2216 lectures

190 voix


When the night has come
And the land is dark
And the moon is the only light we’ll see
No, I won't be afraid
Oh, I won't be afraid
Just as long as you stand
Stand by me
So darling, darling
Stand by me
Oh, stand by me
Oh stand, stand by me, stand by me*

Quand la nuit arrive
Et que le sol est sombre
Et que la lune est la seule lumière que nous voyons
Non, je n'aurai pas peur
Oh, je n'aurai pas peur
Tant que tu restes
Tu restes contre moi
Reste contre moi
Alors chérie, chérie
Reste contre moi
Oh, reste contre moi
Oh, reste, reste contre moi, reste contre moi

Melvin chantait. Il chantait et caressait les cordes de sa guitare en même temps. Dans ces moments-là, tout le monde se taisait, même si ce genre de musique faisait, pour nous, partie de la Préhistoire. Dans ces moments-là, tout le monde écoutait et oubliait que Melvin n'était pas comme nous. Dans ces moments-là, on n'entendait que sa voix qui épluchait nos âmes, on ne voyait que ses doigts de magicien courir le long du manche. Dans ces moments-là, on ne voyait plus sa gigantesque carcasse, sa tête ridicule. Dans ces moments-là, on oubliait qu'il était ce que l'on appelle communément un demeuré. Le reste du temps, Melvin, on le tolérait parmi nous, peut-être parce qu'il nous ramenait tout le temps à cette vérité essentielle, c'est-à-dire à la chance que l'on avait d'être jeunes, en bonne santé et américains.
Même si l’on habitait dans la cambrousse, à l'ouest de Lexington, État du Nebraska. Même si les distractions étaient rares par ici. Alors, sur le bord de la rivière Platte, à part les garçons qui pratiquaient le football américain ou le base-ball et qui s'adonnaient, comme leurs pères et les pères de leurs pères encore avant eux, à la pêche au saumon, il n'y avait pas grand-chose à faire que de s'asseoir dans l'herbe et d'écouter la voix brûlante de Melvin qui déchirait le ciel infini.
On n'avait que ça à faire, ça et apprendre à devenir des hommes et des femmes. Dans la bande, tout le monde l'avait déjà fait. Du moins, tout le monde prétendait l'avoir déjà fait. À part Melvin, bien sûr. Melvin, tout le monde savait qu'il était encore puceau et qu'il le resterait sans doute un bon moment et peut-être même toute sa vie. On ne pouvait pas dire qu'il ne s'intéressait pas aux filles, non, mais avec son corps immense, sa tête de fouine, ses oreilles écartées, sa tignasse indomptable et ses manières emportées, il nous faisait un peu peur à nous, les filles.
Melvin me faisait penser au Lennie du roman de Steinbeck, un colosse aux mains dangereuses, et, personnellement, je ne me serais jamais aventurée à vérifier s'il trimballait des souris mortes dans ses poches.
Il n'y avait que Laureen qui semblait ne pas le craindre. Melvin était amoureux d'elle, ça c'était sûr. Laureen jouait avec son désir ; pour elle, Melvin n'était qu'un grizzly débile qu'elle se vantait tout le temps de pouvoir facilement dompter. D'ailleurs Laureen jouait avec tout le monde, elle régnait sur nos vies comme la reine sur une ruche. Ses caprices étaient des ordres ; la bande, une cour à son service. Laureen l'avait fait, c'était une certitude, pas mal de garçons des environs pouvaient en témoigner. Et Melvin en rêvait aussi dans sa cervelle minuscule. Et Melvin chantait. Il chantait pour Laureen qui était au milieu de nous et qui ne le regardait même pas. Melvin qui parlait comme un enfant de cinq ans, en plus de jouer de la guitare, chantait divinement bien. Un don tombé du ciel, il avait bien fallu que le bon Dieu, dans sa grande miséricorde, lui ait attribué quelque chose.

If the sky that we look upon
Should tumble and fall
Or the mountains should crumble to the sea
I won't cry, I won't cry
No, I won't shed a tear
Just as long as you stand
Stand by me

Si le ciel que nous regardons d'en bas
Pouvait dégringoler et tomber
Ou si les montagnes pouvaient s'écrouler dans la mer
Non, je ne verserai pas une larme
Je ne pleurerai pas, je ne pleurerai pas
Tant que tu restes
Tu restes contre moi

Alden a déplié sa veste sur l'herbe. Je me suis allongée contre lui, j'ai posé la tête sur son torse, j'entendais les battements de son cœur qui cognait juste pour moi, qui battait la cadence pour accompagner la voix de Melvin et ce frisson de bonheur qui me parcourait l'échine. Nous le ferions bientôt, je le lui avais promis, le jour de mon anniversaire. Il m'a embrassée, sa bouche avait comme un goût de cerise aigrelette et j'aimais ça. Oui, c'était avec Alden que je deviendrais femme. Et c'était avec Alden que plus tard, dans notre petite église baptiste, je deviendrais épouse. C'était plus qu'un vœu, un souhait, une espérance, c'était une certitude, tout simplement.

Stand by me
So darling, darling
Stand by me
Oh, stand by me
Oh stand, stand by me, stand by me

Reste contre moi
Alors chérie, chérie
Reste contre moi
Oh, reste contre moi
Oh, reste, reste contre moi, reste contre moi

La voix de Melvin s'est faite chaude comme une braise sortie du feu et lente comme un train qui entre en gare. J'ai fermé les yeux, je ne pensais plus qu'à ce jour prochain où ma vie basculerait, je voulais juste qu'Alden me demande de rester contre lui, jusqu'à ce que l'obscurité tombe sur la plaine et que le monde s'écroule tout autour.

Whenever you're in trouble
Won't you stand by me, oh stand by me

À chaque fois que tu es malheureuse
Pourquoi ne resterais-tu pas contre moi, oh reste contre moi

Melvin a posé sa guitare. Le silence trop brusque n'a fait qu'accentuer les contours vides de nos existences. Je crois que c'est Karl qui a sifflé le premier. Les autres garçons ont suivi. Avec les filles, je me suis mise à applaudir. Melvin est devenu tout rouge, il profitait encore de ce moment béni, attendant que l'une ou l'un d'entre nous lui demande de chanter autre chose. Mais Karl s'est débarrassé de son tee-shirt et de son short et s'est jeté en maillot dans le lit de la rivière en poussant un grand cri, donnant le signal de la baignade. J'ai vu le sourire se flétrir sur le visage de Melvin, il redevenait ce qu'il n'avait jamais cessé d'être, l'attardé de service, la jauge rassurante de notre propre normalité.
À mon tour je me suis retrouvée dans l'eau fraîche, je me suis fondue dans le courant. J'ai plongé la tête sous l'eau, fait plusieurs longueurs avant d'émerger. Mes yeux se sont perdus dans le ciel, dans les hordes de nuages qui galopaient là-haut, tristes fantômes des bisons qui régnaient jadis sur ces terres.
Les yeux me piquaient encore quand j’ai vu Laureen qui aguichait Karl. Et puis Karl s’est penché à son oreille, il lui a susurré quelque chose, ils se sont mis à rire. Et Laureen a crié tout fort à Melvin que s’il se foutait à poil, elle le laisserait l’embrasser. Les autres ont hurlé son prénom, en cadence, comme s’il avait franchi la ligne de but avec le ballon ovale. Melvin est remonté sur la rive, nous a tous regardés et il a enlevé son caleçon. Un sourire béat barrait sa face d’ahuri. Tout le monde s’est marré à la vue de son sexe minuscule. Pas moi. Moi, j’étais triste pour lui, triste de voir que le pois chiche qu’il avait dans la tête l’empêchait de comprendre la cruauté de Laureen. Mais lui riait, il riait aux éclats, ravi d’être de nouveau le centre d’intérêt.
Quand il est allé chercher son trophée, j’étais déjà sortie de l’eau et rhabillée. Je ne l’ai pas vu embrasser Laureen, j’ai juste entendu les hurlements des autres et ça m’a suffi.

Jimmy faisait les meilleurs hamburgers de la ville. En même temps la concurrence n’était pas légion. N’empêche, son restaurant ne désemplissait pas et la plupart des jeunes du coin se retrouvaient chez lui le week-end. Le décor n'avait pas changé depuis des années, on avait l'impression de se trouver dans un snack des années soixante avec le sol aux gros carreaux, les tables en Formica et le comptoir interminable. Jimmy officiait derrière comme un capitaine sur son navire. On entendait la viande grésiller, les œufs frire, ça sentait l'huile de friture jusque sur le trottoir et l’on aimait ça.
C'est Abigail qui faisait le service. Abigail était là depuis toujours, ce qui représentait une éternité dans nos mémoires d'ados. Il se murmurait qu'elle et Jimmy fricotaient ensemble, qu'elle n'était pas qu'une simple employée, mais en fait personne n'en avait la preuve concrète, personne n'avait jamais surpris un geste tendre entre ces deux-là, ce n'était que des on-dit qui avaient la couenne plus dure que la plupart des habitants de ce village. Abigail était une petite femme ronde aux cheveux frisés avec un sourire tel qu'il pouvait illuminer le monde alentour jusqu'au Missouri.
Abigail est venue débarrasser notre table, nous avons commandé des milk-shakes en dessert. Alden a mis son bras autour de mes épaules, je me suis laissée aller contre lui, il sentait bon. Parker et Charlene se chamaillaient à propos de je ne sais plus quelle broutille, Terence et Charles discutaient Super Bowl et Hannah rêvassait sur la banquette quand on a aperçu Karl sur le trottoir d'en face. Il avançait en se tenant les côtes, son nez pissait le sang et il se tapait un bon cocard à l'œil gauche. Nous sommes tous sortis pour l'intercepter en criant à Abigail qu'on allait revenir tout de suite.
Quand on est arrivés à sa hauteur, Karl nous a dit de le laisser tranquille, qu'il n'avait pas besoin de nous et que ce salopard de Melvin ne perdait rien pour attendre. Les autres ont voulu en savoir plus, mais Karl n'a rien ajouté, il aspirait juste à ce qu'on lui foute la paix une bonne fois pour toutes.
Je ne croyais pas à son histoire, Melvin était sans doute d'une force peu commune mais, malgré la crainte qu'il pouvait nous inspirer, jamais il n'avait fait de mal à quelqu'un. Jamais il ne s'était montré violent, ça ne lui ressemblait pas. J'ai laissé les autres, je savais où le trouver.

Quand je suis arrivée à la rivière, Melvin était là, sous son chêne, à jouer sur sa guitare une chanson de Johnny Cash, Ring of Fire, je crois – il la chantait souvent. Et chaque fois, c'était lui que l'anneau de feu brûlait, brûlait, brûlait. Melvin était vêtu d’une chemise rouge à carreaux, d’un jean sale et déchiré aux genoux, sa tignasse était en bataille et ses yeux dérapaient dans l’azur.
Je me suis dit en le voyant là que s’il avait grandi ailleurs que dans ce trou à rat, entouré d’un peu plus d’amour et d’attention, Melvin aurait peut-être pu faire quelque chose de sa vie. Peut-être qu’il aurait pu prendre quelques cours et transformer cette grâce qu’il avait en pinçant les cordes en quelque chose d’unique et de précieux. Peut-être qu'il aurait eu sa chance dans ce monde bancal où seuls les plus forts survivaient. Mais ici, au beau milieu de ce nulle part qui votait républicain depuis que les élections existaient et qui écoutait sagement tous les dimanches le prêche du pasteur, sa seule perspective était de jouer les seconds rôles dans le groupe de country local et de finir comme commis de ferme, les mains usées par les travaux des champs, les doigts peu à peu de plus en plus raides, bouffés par l’arthrose et le gel.
Je me suis approchée et assise tout près de lui sur l’immense racine qui allait s’abreuver dans l’eau et qui lui servait de siège. Il a tourné la tête vers moi doucement, comme si je n’étais pas là. Seule une balafre de sourire indiquait que, dans sa cervelle d'idiot, il avait pris conscience de ma présence.
Je suis restée un moment sans rien dire, attendant qu’il ait fini son morceau.
— Melvin, pourquoi t’as fait ça ?
Il n’a pas répondu, se contentant d’attaquer un autre air, une vieille ballade de Dolly Parton.
— Melvin, pourquoi tu as frappé Karl ?
Il a arrêté de jouer et s’est mis à rire bêtement en se balançant d’avant en arrière.
— Laureen a demandé.
— Laureen t’a demandé de taper sur Karl ?
— Oui, Laureen a demandé. Laureen a promis montrer ses seins si je tapais Karl.
Il a arrêté de se balancer. Il a pincé ses lèvres comme s’il faisait un effort intense de réflexion. Un léger filet de bave coulait sur son menton. Ses mains ont couru de nouveau sur les cordes. La musique s’est envolée dans la brise légère, niant les frontières de cet état perdu. Le soleil mordait l’horizon de ce territoire de bouseux dont je faisais partie.
J’ai frissonné, j’avais soudain froid.

J’ai croisé Laureen le lendemain dans les couloirs du lycée. Elle était habillée comme une traînée, maquillée jusqu'au bout des os. Entourée comme à son habitude d'une horde de courtisanes et de quelques jeunes coqs pubères aux hormones agitées.
Je me suis plantée devant elle et je lui ai demandé une explication. Elle m'a toisée comme si je n'étais qu'une chiure de mouche. Puis elle a ricané et m’a dit qu’elle n’aimait pas que l’on se foute de sa gueule, que c’était elle qui larguait les mecs et pas l’inverse, que Karl l'avait bien cherché et qu'il n'avait eu que ce qu'il méritait. Et elle a ajouté que Melvin réglerait son compte à tous ceux qui la feraient chier. Parce qu’elle pouvait manipuler ce taré comme elle voulait. Je lui ai dit que c’était elle qui était folle. Elle a eu un rictus qui m'a mise mal à l'aise et a tourné les talons en me traitant de connasse.

Le jour est arrivé. Celui que j’attendais avec impatience et aussi une légère appréhension. Mon père était parti à Lexington comme une fois par mois, mes frères étaient à l’entraînement de base-ball. Maman, elle, cela faisait déjà quatre ans qu’elle n’était plus là, mais la dernière fois que j’étais allée la voir dans le petit cimetière du village, elle m’avait donné l’autorisation, je l’avais senti au plus profond de mon cœur et de ma chair. Aujourd’hui, j’allais avoir un an de plus ; aujourd’hui j’allais être femme, pour de bon, pour de vrai. Je l’avais décidé, j’étais prête. Aujourd’hui, c'était un jour pas comme les autres.
J’avais rangé ma chambre, refait le lit, mis des draps propres. Je m’étais maquillée comme si j’allais au bal de fin d’année, j'avais enfilé des sous-vêtements neufs achetés par correspondance. J’avais passé ma robe blanche, celle en coton avec un liséré d’or. Et j’attendais, j’attendais Alden, celui que j’aimais, celui avec qui je franchirais cette étape, celui avec qui je voulais passer ma vie entière.
Et les minutes sont passées, fébriles puis douloureuses. Je suis sortie dans la cour. Mes yeux se sont perdus sur les champs de maïs qui dessinaient une mer verte et frissonnante aux alentours. J’ai guetté Alden sur la route qui menait à notre ferme. J’ai répété son prénom, plusieurs fois, comme une incantation, espérant que cela suffirait à faire apparaître sa silhouette au bout de l'horizon. Seul le vide m’a répondu, ainsi que cette fleur noire et amère qui germait dans mon ventre. J’ai fini par rentrer.
Je me suis changée, la gorge serrée pour arrêter une crue de sanglots qui attendait juste que je relâche ma garde pour jaillir. Un vieux jean, mon tee-shirt de Van Halen. J’ai pris mon vélo, j’ai pédalé comme une folle jusqu’à chez lui.
Jane, sa mère, m’a dit qu’elle ne savait pas où il était, qu’elle croyait qu’il était avec moi. J’ai balbutié je ne sais quoi, je suis repartie. Le ciel s'est soudain obscurci, comme en écho à ce que je ressentais. Mes cheveux giflaient mon visage et ma peine.
Je les ai aperçus qui sortaient de chez Jimmy. J’ai failli tomber de mon vélo. Ils se sont arrêtés sur le trottoir pour s’embrasser comme s’ils étaient seuls au monde. J’étais à peu près sûre que Laureen m’avait vue et qu’elle le faisait exprès. Elle m’a regardée approcher, un sourire de victoire agrippé à sa petite gueule de salope. Alden, lui, fuyait mon regard.
— Alden, qu’est-ce que tu fous avec cette pute ?
Il n’a pas répondu, Laureen s’en est chargée.
— Il est avec moi parce que contrairement à toi, je sais ce qu’il faut faire pour lui donner du plaisir.
Quand je me suis retournée pour cacher mes larmes et m’en aller, elle a rajouté qu’il baisait comme un dieu.

Les jours sont passés, sombres, épais comme un hiver neigeux. J’avais mal au ventre, à ce ventre qui ne servait à rien. J’avais perdu l’appétit, je ne sortais plus beaucoup, juste pour aller au lycée où mes notes étaient catastrophiques. Je ne fréquentais plus la bande. De toute façon, tout le monde m'évitait.
Je les croisais parfois ensemble et Laureen en faisait alors des tonnes pour appuyer ma défaite, se collant à Alden, lui mordillant le lobe de l’oreille ou lui collant sa putain de langue dans la bouche.
Et puis un jour, le bruit a circulé comme une traînée de poudre. Les gens se sont précipités près de la rivière. Moi aussi, j’y suis allée. Le shérif et ses hommes avaient déjà installé un cordon de sécurité. Les gyrophares ciselaient le jour mourant de lueurs orangées. J’ai vu le corps sous une bâche, j’ai écouté les commentaires autour de moi. Certains voulaient faire la peau à Melvin, parlaient de le lyncher comme au bon vieux temps. Une corde de chanvre accrochée à l'une des branches de son chêne, c'était tout ce qu'il méritait. Ici, on était pour le port d'armes ; ici, on était pour la loi du talion ; ici, personne ne remettrait jamais en cause le deuxième amendement ; ici, on croyait à la vengeance divine ; ici ; on votait républicain depuis toujours et pour encore un bon moment.
J'ai vu Melvin, menotté à l'arrière de l'une des voitures. Il souriait encore de son sourire de débile. Je suis restée jusqu'à ce que l'on emporte le corps inerte de Laureen.
À jamais immobile dans sa housse de plastique noire.
Étranglée.
Moi aussi, j'ai souri.

La vérité n’est pas une chose évidente, un truc qui se voit comme le nez au milieu de la figure. Elle se cache parfois dans des endroits inattendus, tel un tas de poussière cradingue planqué sous un tapis par une femme de ménage indélicate.
Laureen n’aurait jamais dû me piquer Alden, elle n’avait pas le droit de faire ça, Alden était à moi, rien qu'à moi. Oui mais voilà, une fois de plus elle avait voulu montrer que c’était elle qui décidait de tout, que nous n’avions qu’à nous plier à ses désirs et à se contenter des miettes. Si au moins elle n’avait pas couché avec ce salaud d'Alden, si elle s’était contentée de l’aguicher, juste pour me faire bisquer un peu, juste pour nous prouver que son pouvoir était immense mais qu’elle n’en abuserait pas avec nous, peut-être alors que j’aurais pu lui pardonner.
J’étais allée voir Melvin près de la rivière, je lui avais murmuré quelques mots à l’oreille. Il m’avait regardée de ses grands yeux pleins de vide, il avait laissé échapper un gloussement qui m’avait fait froid dans le dos. Et j’étais partie.
Une chose est sûre, c’est que là où il est désormais, dans cet hôpital psychiatrique duquel il ne sortira plus, je n’aurai jamais besoin de tenir ma promesse.

--

* Ben E. King, Stand by me