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Avenir et désir du cœur. 

Laura Tpns

Laura Tpns

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"Je ne montre pas ton visage mais de ton coeur le désir."
Malefoy fronça les sourcils, intrigué. Qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir dire ? Il observa pendant quelques secondes le miroir. Il était très haut, avec un cadre en or - poussiéreux, jugea Malefoy. C'était sur la vitre défraîchie qu'il avait lu ces mots mystérieux, écrits à l'envers ; il avait eu le bon sens d'aller chercher un autre miroir dans l'immense salle qu'était la Salle sur Demande pour pouvoir déchiffrer l'inscription. Il se félicita intérieurement. Qu'est-ce qu'il était intelligent ! Néanmoins méfiant, il s'approcha lentement de la glace. Son reflet lui renvoya une image de lui fatiguée : des larges cernes sombres, violacés, s'étaient installés sous ses yeux, et son teint blafard avait perdu le peu de couleur qu'il avait d'habitude. Malefoy se détourna, amer. Il se détestait.
Cette année n'était pas une année comme les autres. Il avait une mission. Confiée par le Seigneur des Ténèbres en personne. C'était un grand honneur, et Malefoy faisait tout pour ne pas le décevoir. Il avait trop peur des répercussions. Sa mère avait déjà été menacée par Voldemort, et Malefoy ne comptait plus le nombre d'hématomes que son père ramenait chaque jour. Il avait pu le constater pendant l'été, et il se doutait que la situation n'avait pas changé au manoir - elle avait peut-être empirée.
Il fallait qu'il se dépêche ; il s'apprêtait à revenir sur ses pas pour retourner devant l'Armoire à Disparaître, cette foutue armoire cassée qu'on lui avait demandé de réparer, à lui, lui qui n'avait aucun talent particulier pour les objets magiques endommagés. Il regrettait terriblement les cours de potions avec Rogue, ou le Quidditch. Des souvenirs qui semblaient provenir d'une autre époque, d'une autre vie. D'une vie où lui, Drago Malefoy, s'amusait à se moquer allègrement de Potter et de ses deux acolytes.
En se détournant, cependant, quelque chose attira son attention. Là, dans le miroir : quelque chose avait bougé. Malefoy se retourna brusquement : son reflet lui souriait.
Malefoy écarquilla les yeux de surprise. Celui du miroir semblait fier de son effet, et parti d'un grand rire silencieux. Puis il se calma et regarda quelque chose, derrière le vrai Malefoy, qui lui était tétanisé par la surprise. Le reflet fit un signe à quelqu'un que lui seul voyait, ses yeux pétillaient. Le vrai Malefoy remarqua qu'il n'avait pas de cernes. En réalité, le Malefoy du miroir semblait en pleine forme, peut-être même avec quelques années en plus, à en juger par les quelques rides d'expressions lorsqu'il souriait.
Quelqu'un rejoignit alors le Malefoy du miroir, surgissant de nulle part, à l'image des personnages de tableaux qui se rendaient visite quotidiennement. La personne était de dos, c'était une femme grande, élancée, avec de longs cheveux légèrement crépus et épais. Le Malefoy du miroir lui sourit tendrement. La femme se retourna et le vrai Malefoy en resta bouche-bée : c'était Hermione Granger ! Granger, la Miss-je-sais-tout, Granger la Sang-de-Bourbe, Granger, cette fille que son père détestait tant. Cette fille que lui aussi détestait. Depuis l'année dernière, certes, depuis qu'elle avait arranger ses horribles dents et commencer à discipliner ses cheveux, il l'avait trouvé à plusieurs reprises jolie. Certes. Mais était-ce donc cela, le désir de son cœur ? Se marier avec Granger ? Non, impossible... Son père la détestait, il n'accepterait jamais...
Le Malefoy du miroir ne semblait pas la détester du tout, lui. Il entoura un bras autour de sa taille, et l'embrassa sur la joue. Granger gloussa ; elle aussi avait quelques années de plus, son visage était plus mature, faisait plus femme. Quelque chose brilla à sa main : une alliance. Le Malefoy du miroir avait la même.
Le vrai Malefoy recula lentement, puis se détourna, bouleversé. Il apercevait le haut de l'Armoire à Disparaître et se dirigea rapidement vers elle. Sur le chemin, il se retourna une dernière fois : son reflet était en train de lui sourire, un sourire bienveillant, avec un petit rictus amusé sur le bord des lèvres. La Hermione du miroir le regardait elle aussi et, lorsqu'il croisa son regard, elle lui sourit également, les joues d'un rouge soutenu.
Après une heure, Malefoy se rendit compte qu'il n'avait plus la tête à travailler sur l'Armoire. En réalité, il n'avait plus la tête à rien. Il retourna en courant dans la salle commune des Serpentard, marmonn à Pansy Parkinson qu'il était fatigué et se précipita dans son dortoir, où il s'effondra sur son lit. Il y avait longtemps que Malefoy ne s'était plus allongé réellement, et il s'endormit presque aussitôt. Ses rêves furent peuplés d'alliances et de cheveux crépus.

***
Hermione essaya vainement d'enlever de son visage cette expression choquée. C'était du grand n'importe quoi, voilà tout. Une faille, un défaut, n'importe quoi aurait pu faire apparaître ce qu'elle avait vu. Elle jeta un regard presque assassin au Retourneur de Temps, posé sur le lavabo. McGonagall lui avait proposé de le reprendre après son abandon de l'Étude des Moldus et de la Divination en troisième année, mais il avait fallu qu'elle fasse sa tête de mule et qu'elle le garde, sûrement pour satisfaire ce désir pervers de pouvoir modifier l'espace-temps à son aise.
Récemment, elle avait découvert que le Retourneur de Temps pouvait non seulement la faire voyager dans le passé, mais également dans l'avenir. Alors elle avait essayé. Oh, bien sûr, elle en avait mit du temps à se convaincre que ce n'était que pour une minute, que c'était uniquement pour jeter un coup d'œil. Qu'allait-elle faire plus tard ? Telle était la question qui la taraudait depuis qu'elle avait découvert l'option "avenir" du Retourneur de Temps. Travaillerait-elle pour le Ministère ? Oui, sans aucun doute, mais quoi ? Serait-elle Auror ? Langue-de-plomb, peut-être ? Ou Ministre de la Magie ? Elle avait rougie à cette pensée. Son rêve.
« À mon avis, je pense que onze ou douze tours devraient suffire. » s'était-elle dit, les doigts tremblants. Et elle l'avait fait. Elle avait même fait quinze tours, juste pour être sûre.
L'univers autour d'elle avait soudain disparu, et elle avait eu l'impression de voler en avant à une vitesse vertigineuse, un tourbillon de couleur et de forme devant ses yeux. Puis, soudain, elle avait senti le sol sous ses pieds, et tout était redevenu normal. Elle avait alors transplané avec une seule idée en tête : « À la maison. » Elle était réapparu dans une charmante bourgade dont elle ignorait l'adresse, se trouvait en face d'une grande maison aux murs d'un blanc laiteux. L'architecture lui avait plu instantanément, et elle avait su que c'était là. Son chez elle dans le futur.
À ce moment précis, une femme avait ouvert la porte d'entrée. Vite, Hermione s'était réfugié derrière le haut muret qui encadrait le grand portail sombre. De sa cachette, elle parvenait à avoir une vue d'ensemble sur la façade de la maison, et à tout entendre, jusqu'aux clés que la femme faisait danser dans ses mains. La femme qui était sortie semblait s'adressait à quelqu'un dans la maison, et, lorsqu'elle se retourna, rejetant ses cheveux crépus en arrière, Hermione avait sentit son cœur faire un bond : c'était elle. Avec une quinzaine d'année en plus. Elle n'avait pas beaucoup changé, si ce n'est que son visage paraissait plus mature et, sous certains aspects, plus heureux, plus épanouis.
- Allez, s'il-te plaît, dépêche toi ! avait crié la Hermione du futur, du même ton exaspéré que Hermione utilisait quelque fois quand elle s'adressait à Ron. Tu vas me mettre en retard !
- J'arrive, j'arrive ! Par Merlin, tes cris effraient le chat !
Hermione avait froncé les sourcils, intriguée. Elle ne reconnaissait pas cette voix, masculine et traînante. Elle s'était déplacé rapidement derrière une voiture noire, à quelques pas de là. Elle y voyait mieux.
- Je te préviens, Hermione..., avait continué la voix.
- Tu as promis ! s'était exclamé la Hermione du futur. Alors, ne recommence pas ! C'est la voiture ou rien du tout !
- Je déteste ces trucs de Moldus, ça me rend malade... Si je vomis, ce sera de ta faute !
La Hermione du futur avait éclaté de rire. Enfin, l'homme qui lui parlait était sortit. Hermione était resté sous le choc : il était grand, avait le nez en pointe, un teint pâle, des cheveux blond. C'était Malefoy !
La Hermione du futur lui avait sourit en lui tendant les clés. Il verrouilla la maison, puis ils étaient repartis ensemble, main dans la main, vers la voiture... qui, manifestement, était celle derrière laquelle Hermione s'était cachée. Paniquée, la jeune fille s'était saisit du Retourneur de Temps, brisant la chaîne d'un simple geste. « Vite, vite, vite... » avait-elle marmonné, la pression lui ayant rendu les mains tremblante. Elle avait maladroitement tourné quinze fois en arrière l'engin, et la dernière chose qu'elle avait vu avant de disparaître était le regard amoureux de la Hermione du futur sur Malefoy, et un étrange scintillement au doigt de celui-ci.
- C'est faux ! s'exclama-t-elle en se regardant dans le miroir. Complètement faux !
Mais... enfin, bien sûr, Malefoy avait changé depuis la première année, il avait mûri, s'était modifié physiquement, avait d'autres choses en tête désormais que des histoires futiles. Et il lui avait semblé plusieurs fois avoir senti le regard de Malefoy sur elle, ce dont elle avait reconnu être flattée. Mais elle ne s'était jamais fait de fausses illusions : Malefoy la traitait continuellement de Sang-de-Bourbe, et elle-même s'amusait à l'appelait "la fouine", surnom attribué lors de sa quatrième année - merci au professeur Slughorn. Mais alors, comment avaient-ils pu finir ensemble, eux qui avaient tant de différences ? Ils ne vivaient pas dans le même monde, n'avaient rien en commun. Et pourtant, dans le futur, ils avaient l'air si complice...
Malefoy avait-il des qualités jusqu'alors inconnues ? Hermione se permit d'en douter. Elle jeta un œil à l'horloge de son dortoir. Bientôt l'heure d'aller dîner. Elle se passa distraitement la main dans ses cheveux, ailleurs.

***
Malefoy se réveilla en sursaut. Zabini lui avait envoyé un coussin sur la tête. Il se redressa légèrement en marmonnant, puis compris qu'il était l'heure d'aller dîner. Il se leva complètement, s'étira, bâilla, arrangea ses vêtements froissés et suivit d'un pas incertain le moult des garçons qui se précipitaient hors du dortoir, pressés d'aller manger.
Hermione descendit du dortoir et sortit de la salle commune la tête haute, refusant d'adresser un regard à Harry et Ron, tous deux assis dans des fauteuils, en train de feuilleter le livre de ce fameux Prince de Sang-Mêlé. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi Harry s'entêtait à vouloir le garder, alors qu'il aurait pu être dangereux. Et Ron qui l'encourageait...
Malefoy marchait lentement, et arriva devant les portes de la Grande Salle bien après tout le monde. Pourtant, il ne voulait pas encore entrer, il se savait plus pâle que d'ordinaire, et n'avait pas envie de répondre aux questions. Cette histoire avec Granger l'avait vraiment retourné, au point de presque lui couper l'appétit. Il tourna le dos à l'entrée, et s'escrima à se détendre. Il était agité, énervé, bêtement nerveux, et son ventre le faisait grandement souffrir, comme si on y avait fait des noeuds.
Hermione marchait si lentement que le couloir qui menait à la Grande Salle était complètement désert. Elle n'avait vraiment pas faim, mais elle savait qu'il fallait absolument qu'elle voit Ginny, Neville et les autres, pour se reconnecter avec la vraie vie. Cette histoire avec Malefoy l'avait vraiment perturbée, elle avait un mal de crâne pas possible, et elle songea à passer à l'infirmerie après le repas. Et si Malefoy était en train de manger, là, maintenant ? Hermione stoppa net. Oh non, elle ne pourra plus jamais le regarder dans les yeux ! Bon, de toute façon, elle ne le faisait jamais. Oui, c'était ce qu'il fallait faire : l'ignorer complètement ! Elle reprit sa route, accélérant le pas.
Et si Granger était en train de manger, là, dans la salle ? Malefoy se décida : il allait l'ignorer, comme il faisait d'habitude, et comme elle faisait d'habitude. Il prit une profonde inspiration.
Hermione tourna à une intersection et s'avança vers l'entrée de la Grande Salle ; elle avait l'impression que sa tête allait exploser. Il y avait quelqu'un devant. Qui était-ce ? Et pourquoi n'entrait-il pas ?
Malefoy se retourna et fit face à l'entrée. Quelqu'un arrivait à sa gauche. Il tourna instinctivement la tête... et se figea.
Hermione ouvrit de grands yeux en reconnaissant Malefoy, et s'arrêta net.
Tous deux se regardèrent, gênés. Le mal de ventre de Malefoy disparut. Les maux de tête d'Hermione également, mais aucun d'eux ne semblèrent rien remarquer.
« Il sait, pensa Hermione. »
« Elle sait, pensa Malefoy. »
« Évidemment qu'il le sait, pourquoi me suis-je arrêtée ? Par Merlin, j'ai l'air complètement cruche ! »
« Évidemment qu'elle sait, je le vois dans ses yeux. Mais comment ? Comment ? Et par Merlin, pourquoi ne suis-je pas tout simplement rentré ? »
Les deux ne bougeaient pas, chacun espérant disparaître.
Puis Hermione cligna des yeux.
- Comment est-ce que tu le sais ? marmonna-t-elle sans oser le regarder.
- Euh... je l'ai vu dans un miroir. Et toi ? demanda-t-il.
- Je l'ai vu dans le futur, grâce au Retourneur de Temps.
- Il me semblait que McGonagall t'avais repris le Retourneur de Temps.
- Elle devait, mais je l'ai gardé.
- Et tu l'as utilisé pour autre chose que pour les cours ? Toi, Granger ? demanda Malefoy, intrigué.
- Oui, répondit Hermione en rougissant. Mais.. je... ce n'était que pour une fois... et... bon, oui, c'est vrai, je n'aurais pas dû, mais...
- Toi, Granger, tu as désobéi à un prof ?
Hermione rougit de nouveau, incapable de se contrôler. Allait-il se moquer d'elle ? Ou pire, allait-il aller en parler au professeur McGonagall ? Elle regrettait d'avoir parlé, à présent. Mais rien de tout ça. Il sourit, dévoilant ses dents blanches, et poussa un sifflement admiratif.
- Franchement, Granger, tu m'impressionnes. Tu t'améliores de jour en jour.
Hermione rit, d'un petit rire nerveux. Un son adorable, innocent. Malefoy avait l'impression de tout redécouvrir, avec elle.
Ils se sourirent, la tension dans l'air se relâcha. Tout allait rouler, ils en étaient certains. Ils leur fallait maintenant apprendre à se connaître.