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Vengeance !

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Laureline

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La cloche sonne, je mets mon sac sur le dos, je resserre mes lacets et je m’élance. Du collège à chez moi, il y a 1,6 km. Mille six cents mètres, c’est peu mais parfois ça peut paraître beaucoup plus long. Et aujourd’hui, je voudrais que ça passe vite parce que j’ai un rendez-vous. Avec elle. Si elle est là. Mais la journée est parfaite, toutes les conditions sont réunies pour qu’elle le soit, je ne suis pas vraiment inquiet.
Premier obstacle, le boulevard et ses deux passages cloutés. Le trafic est dense à cette heure-ci, je ne peux compter que sur les feux verts. De loin, j’aperçois le bonhomme rouge mais certaines voitures commencent à freiner. Si j’allonge ma foulée, je peux arriver au moment opportun. Traverser sans même ralentir. Hop, hop, hop ! Pardon les gens, laissez passer l’éclair ! Timing parfait ! Me voilà de l’autre côté sans encombre. Finger in the noze !
Difficulté suivante, la boulangerie de Claude. Dilemme : soit je perds quelque précieuses minutes mais je me régale d’une savoureuse chocolatine, soit je file comme le vent en acceptant d’avoir faim jusqu’au dîner vu que Maman me dira en rentrant qu’il est trop tard pour goûter.
Le problème est réglé quand Claude, qui est en train de balayer le pas de sa porte, m’interpelle pour me signaler la sortie du four imminente de cake aux myrtilles.
En même temps, est-il raisonnable pour un enfant en pleine croissance de parcourir une telle distance le ventre vide ? La question mérite d’être posée.
Le gâteau m’a revigoré mais du coup, je ne peux plus perdre une minute. Je dois donc impérativement passer sous le pont de la voie ferrée, avec les risques que ça comporte. L’endroit en lui-même n’a rien de dangereux, non, c’est juste qu’il est fréquenté par des garçons que je préfère éviter. Je croise les doigts pour qu’ils ne soient pas là. La météo est mauvaise, ils sont peut-être restés chez eux.
En m’approchant du tunnel, le rire de Chabord, le chef de la bande, qui se répercute sur la pierre anéantit tous mes espoirs. Christophe Chabord, trois ans et dix kilos de plus que moi, est l’archétype de la brute épaisse mais, comme dit mon père, il n’a pas la lumière à tous les étages, ce qui signifie qu’on le berne facilement.
Je m’ébouriffe les cheveux, défais un peu mes affaires et ouvre mon sac pour avoir l’air débraillé. Je me précipite dans le tunnel, à bout de souffle. En les apercevant, j’écarquille les yeux, apeuré (souvenir ému de mes cours de théâtre avec M. Duflot), ils n’en attendent pas moins de moi.
— Ben dis voir là, ce serait-y pas notre p’tit lapin ?
Chabord m’appelle comme ça parce que je rentre souvent en courant du collège. Je ne crois pas qu’il comprenne que me nommer ainsi ne m’effraie pas vraiment.
— Qu’est-ce qu’y t’arrive, lapinou ? T’as rencontré un chasseur ?
Chabord et ses deux comparses éclatent d’un rire bruyant, un peu forcé. J’attends qu’ils se calment avant de répondre, d’une voix pleine de sanglots (M. Duflot serait fier de moi) :
— C’est la bande à Guisson, ils m’embêtent...
Il n’en faut pas plus pour que Christophe sorte de ses gonds.
— Quoi ?! Quand ? Où ?
— Là, juste au coin de la rue, ils ont essayé...
Je n’ai pas le temps de terminer ma phrase que la voie est libre. Ils ont décampé comme... des lapins ! Je vais sûrement payer ce mensonge tôt ou tard mais aujourd’hui, je n’ai pas d’autre solution.
Coup d’œil à ma montre, il me reste cinq minutes. Je suis presque à ma rue. Si je ne croise pas un de mes voisins en train de promener son chien, je serai à l’heure. Plus qu’une centaine de mètres mais les pavés sont glissants, je ralentis un peu.
Annette sort de sa maison avec Pamplemousse en laisse. Elle est rigolote Annette. J’aime bien discuter avec elle. Elle répète toujours les mêmes histoires mais comme elles sont amusantes, ça ne me dérange pas. Le petit bichon aboie à mon passage mais Annette, toujours occupée à trouver sa serrure, ne me voit pas. Je passe derrière les voitures garées et me fais la promesse d’emmener la vieille dame au parc dimanche.

Enfin, je la vois. Elle est si ponctuelle, si prévisible. Comme tous les jours à la même heure, elle va à la boulangerie chercher une baguette (pas trop cuite surtout sinon le boulanger en prendra pour son grade et la vendeuse et les clients aussi). Je suis certain qu’elle va faire quelques remarques désobligeantes à Annette, qui heureusement n’en entendra pas la moitié. Et elle répandra ainsi sa méchanceté tout au long de son chemin.
Mais pas aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, elle et moi avons un rendez-vous. Aujourd’hui, je vais venger Annette, le boulanger et tous les habitants du quartier qui subissent constamment sa malveillance. Aujourd’hui, il a plu toute la journée et, comme je m’y attendais, entre la rue de la Paix et la rue des Pommiers, s’est formée une flaque gigantesque.
Elle avance sur le trottoir, elle y sera bientôt et ô joie, elle n’a pas son parapluie. Je pose mon sac et ce faisant, je vois mes chaussures. Mince ! Mes nouvelles baskets, j’avais complètement oublié ! Je n’ai vraiment pas le temps d’aller mettre mes bottes. Tant pis. Quand Maman saura pour quelle noble cause j’ai sacrifié mes tennis, elle ne se mettra pas en colère (ou alors si, mais les héros ne peuvent pas toujours être en train de se demander si leur mère approuverait leurs actions, sinon ils ne feraient rien).
Je me mets en position, prêt pour le top départ. J’attends qu’elle soit juste à côté de l’endroit où l’étendue d’eau croupie est la plus profonde et je démarre comme une fusée. Je cours comme je n’ai jamais couru de ma vie. Je prends mon élan et je m’élève vraiment haut. Alors que je suis en l’air, je capte son regard qui va de la flaque à moi et vice versa. Et la tête qu’elle fait, quand elle réalise enfin ce qu’il va arriver, vaut largement une engueulade de Maman et une paire de baskets neuves.

791 VOIX

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Maour · il y a
On n'est pas à une bêtise près... Je me souviens du collège que je rejoignais à pied moi aussi. J'aimais beaucoup m'y rendre malgré les 2 km de trotte, à tel point que j'y suis allé un dimanche une fois ^^
Merci pour cette petite madeleine de Proust!
Je vous renvoie vers une histoire où le héros est également sur la route ;)
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-veritable-histoire-du-petit-poucet

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Manita · il y a
Un vrai moment de fraîcheur. Je vote et m'abonne. Je vous invite à lire ma nouvelle...
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Adonis · il y a
J'aime beaucoup !
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Laureline · il y a
Merci Adonis
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Suzanne Buck · il y a
J"ai eu envie de chausser mes baskets et de courira
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Laureline · il y a
merci Sarah!
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Eynia · il y a
superbe !!!
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Laureline · il y a
merci Eynia
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Sylvain Charlier · il y a
Tout y est ! Le style, l'histoire, le personnage.
j'aurai aimé être ce genre de héro; à maintenant 50 ans c'est ma femme qui me gronderait, voire mes enfants.

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Laureline · il y a
merci, c'est très gentil Sylvain!
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Evinrude · il y a
Hihihi ! Texte plein d'humour sous une belle plume ! Sélection bien méritée !
Je vous invite, si vous avez un peu de temps, pour soutenir ou soutenir à nouveau mon TCC http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-marteau-et-les-etoiles
Belle journée !

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Laureline · il y a
merci Evinrude
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Alice Didier · il y a
Et pas seulement drôle très bien écrit, dans l'air du temps bravo !
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Laureline · il y a
merci pour ce gentil commentaire, Alice Didier!
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Mirgar · il y a
Bravo pour le prix!
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Laureline · il y a
Merci Mirgar
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Demens · il y a
Très drôle ! Prix mérité. Bravo.
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Laureline · il y a
merci beaucoup Demens
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