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théatre de rue

Gérard Aigle

Gérard Aigle

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4 voix

2007...ou autre temps.

Octobre : le décor est planté et chacun est bien dans son rôle. La pièce à l’affiche peut commencer. On joue la tragédie des Acquis Perdus.

Le Roi paraît, le Roi invoque l’intérêt supérieur du pays. Le Roi est le seul à percevoir la nécessité inexplicable des choses : il fait le sale boulot, lui, mais le boulot nécessaire, la Réforme. La réforme, c’est dur , de plus en plus dur par les temps qui courent , car voici le chœur du Peuple qui entre en scène. Il sait bien, le Peuple, depuis longtemps, ce qui se cache sous le vocable, il sait que celui qui réforme le dépouille.
Le Peuple aujourd’hui —mise en scène d’actualité— ce sont des cheminots et des fonctionnaires : ce peuple est égoïste et s’arc-boute sur ses privilèges! Le Peuple est ingrat et ne veut pas sacrifier son opulence, le Peuple est mesquin , lui qui pourrait, si docilement, contribuer à augmenter l’aisance des plus aisés!

Novembre : l’intrigue est nouée, le Peuple tient tête et semble parfois faire trembler le pouvoir, l’ordre établi, l’ordre des choses, l’ordre libéral. Il fait grève, le Peuple, et menace de l’Aventin. La cité titube et vacille. La raison s’égare dans les gares affolées et les micros serviles recueillent alors la parole de l’Usager.
L'Usager, personnage protéiforme , porte le masque des imbéciles haineux. C’est un peu sa fête, à l’Usager. Mais l’intérêt qu’on lui porte est éphémère et trouble, d’ailleurs demain on ne parlera plus de lui.
Le Peuple, lui , est fort, il est puissant ce peuple qui défile. C’est l’affrontement cosmique et l’issue semble même un instant incertaine .

Et puis, et puis alors entre en scène le personnage du Traître, la marionnette bavarde et barbue que les médias poussent du commentaire au devant de la scène. Tout le monde l’attendait, on savait bien que son heure était arrivée. Il était devenu nécessaire dans ce microcosme en crise  : le Roi l’espère et s’exerce aux ficelles, le Peuple le montre du doigt et le redoute , l’Usager voit en lui le Sauveur.
Gros plan sur son visage, mais le couteau est dans la manche. C’est qu’il connaît son rôle : il l’a joué tant de fois! Il parle et reparle encore , il vend amis , collègues , peut-être pére et mère, il monnaye sa trahison, brise le rêve et l’on ne sait même plus dire si la défaite du Peuple sera due à l’inflexibilité du Prince ou aux trahisons ordinaires.
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Voila. Le rideau tombe. Tout est joué. Tragique. Encore une fois, hélas et pour combien de temps? Les trains roulent, l’Usager a retrouvé son regard sans passion et le calme est revenu sur ce « monde qui sommeille par manque d’imprudence ».

4 VOIX

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Mamounette
Mamounette · il y a
A-t-il encore son mot à dire le peuple???? Tout se joue à nouveau à la cour du roi : courtisans, bouffons, traîtres, serviteurs , soldats...Que de bons acteurs qui connaissent leur rôle par coeur. Le peuple lui ne sait pas jouer , il applaudit où il lance des oeufs pourris.
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Gérard Aigle
Gérard Aigle · il y a
Je sens dans vos propos comme une touche d'amertume... Merci d'avoir lu mon texte et osé un commentaire. Bonne journée à vous et continuez à écrire sur ce site , je suis un de vos lecteurs.
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Mamounette
Mamounette · il y a
Je vous en remercie... Amertume ? Juste un peu désenchantée, désabusée, écoeurée aussi parfois... Petit coup de fatigue printanière sans doute...
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Cajocle
Cajocle · il y a
Pénélope tissa tant et tant qu'à la fin.... ou au début... la comédia del arte s'en trouva fort aise
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