Image de Ardèle

Ardèle

1187 lectures

193 voix

Ça s’est passé hier matin, vers 10 heures. Kevin dormait encore. Il est pas du matin, mon Kevin. Moi j’étais debout parce qu’il fallait sortir le chien. J’avais dit que je voulais pas de chien ! J’étais en train d’enfiler mes Nike quand j’ai entendu tambouriner à la porte.
— Ça va, ça va, j’arrive !
J’ai ouvert. Ils étaient quatre. Alignés du plus petit au plus grand, comme les Dalton. Sauf que c’était pas eux, au contraire : ils m’ont fichu leur mandat sous le nez.
— Perquisition ! a dit le chauve trapu et court sur pattes.
J’ai crié :
— Kevin ! C’est pour toi !
Et puis, j’ai attrapé mon blouson pour sortir Jack. Le chien. C’est un Jack Russel, alors Kevin l’a appelé Jack.
— On va pas se prendre la tête avec le nom d’un chien !
Kevin est comme ça : pas compliqué. Le chat s’appelle Minet, le poisson rouge Némo, et le canari Titi. On n’a pas d’enfant. Bref, finalement, je préférais aller balader le chien plutôt que d’être mêlée aux affaires de Kevin. Moins j’en sais sur ses trafics, mieux je me porte.
— Vous restez ici, vous ! a aboyé le petit nerveux coiffé en brosse, façon roquet agressif.
Ça m’embêtait parce que Jack devait avoir sacrément envie de pisser, ça faisait déjà une heure qu’il était excité comme une puce. Il avait tourné autour du lit avant de monter carrément dessus en aboyant. Bon. J’ai suivi le roquet dans le salon. Les poulets sont vraiment sans gêne ! Le grand sec avait ses chaussures toutes crottées. Chez nous, c’est de la moquette. La terre allait s’incruster dans les poils. Enfin, dans les fibres, je veux dire. Ça commençait bien ! Les flics avaient tiré Kevin du lit, du coup, il était d’une humeur de chien. Ils nous ont fait asseoir tous les deux sur le canapé. J’ai dit à Jack de se coucher à nos pieds. Ce qu’il n’a pas fait. C’est normal, il voulait sortir pisser, pas se coucher. Il a commencé à japper et à vouloir me monter dessus. J’ai demandé à Kevin de s’occuper de son chien. C’est son chien, c’est pas le mien.
— S’il te plaît, mon canard, occupe-toi de lui, il me fatigue !
Alors Kevin a ordonné d’une voix forte :
— Couché, Jack !
Jack s’est couché aux pieds de Kevin. Bien sûr, un chien, ça obéit à son maître. Moi, je voulais pas de chien, je lui donne juste à bouffer et je l’emmène pisser. Mais Jack a recommencé à s’agiter en moins de deux, et il a grogné sur les flics. Kevin s’est marré.
— C’est instinctif chez lui, il aime pas les flics, alors il montre les dents, qu’il a dit.
Il y avait une fliquette aussi, une brune à petites oreilles qui avait attaché ses cheveux en queue de cheval. Elle a fait :
— Tenez votre chien, sinon je vous passe les bracelets !
— Il a envie de pisser, faut que je le sorte, a répondu Kevin en retenant Jack par le collier.
— Certainement pas. Vous restez ici. Et Madame aussi.
Le grand sec aux yeux de cocker a suggéré de l’enfermer dans la salle de bain puisqu’elle avait été déjà fouillée. J’ai râlé :
— Ouais, comme ça il pourra se soulager sur le tapis de bain !
— Vas-y, Bibiche, m’a demandé Kevin. Moi, l’enfermer, je peux pas. La prison, c’est contre ma nature.
Parce que c’est la mienne, peut-être ? La biche est un animal sauvage autant que le canard, pfff ! Bref, j’ai enfermé Jack et je suis revenue m’asseoir. Et là, j’ai assisté au saccage de l’appartement. Y’a pas d’autre mot. Les peaux de vaches ont tout vidé, tout fouillé, tout inspecté. Les placards, les tiroirs, les armoires. Ils ont retourné entièrement l’appartement. Six ans qu’on habite ici, Kevin et moi. Je sais pas pourquoi je garde toutes ces boîtes de glace vides. Quelques unes, c’est bien pour y mettre les restes au frigo, mais quatre-vingt trois ! Kevin fait pareil avec les magazines de bagnoles. Et ça, c’est encore plus con parce qu’un livre, quand tu l’as lu, tu l’as lu. Tu le lis pas une deuxième fois. Pas Kevin en tout cas. J’ai été contente quand les flics ont eu terminé parce que Jack s’acharnait sur la porte de la salle de bain en hurlant comme un loup. Comme si les flics ne suffisaient pas pour tout dévaster. Bref, comme les condés n’avaient rien trouvé, je me suis levée et je leur ai demandé poliment de partir.
— Cassez-vous, maintenant, bande de cochons ! J’ai à faire, moi !
Et puis, j’ai libéré Jack. Le chien a foncé directement vers les toilettes et a posé les deux pattes avant sur la porte en aboyant comme un dingue ! Le trapu chauve a froncé les sourcils et il a ouvert la porte. Alors ce corniaud de Jack s’est jeté sur la brosse à WC. Double fond, manche creux. Au total, cinq cents grammes de cocaïne planqués là. Kevin a pété un plomb, et s’est mis à hurler sur Jack, le traitant de « sale traître ». Bref, garde à vue pour Kevin et moi. Lui, il a filé au trou le soir même, tandis que j’ai été relâchée. Alors, maintenant, je me retrouve seule avec Jack. Et je vous assure que j’ai d’autres chats à fouetter que de m’occuper de sevrer un clébard toxicomane en manque ! D’autant que j’ai toujours dit que je voulais pas de chien...

En compét

193 VOIX

CLASSEMENT Très très courts

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Noellia Lawren
Noellia Lawren · il y a
ah j'adore, un texte très amusant, un humour un peu décalé mon vote +5
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/un-dernier-baiser-1

·
Image de Ardèle
Ardèle · il y a
N'est-ce pas qu'ils sont drôles tous les trois ? Merci de votre commentaire
·
Image de Bertrand Gille
Bertrand Gille · il y a
C'est une histoire pleine d'humour et magnifiquement racontée :)
Je l'aime bien ce toutou là :) Il a un petit air de "chèvre", un "Pierre-Richard" sur patte, gaffeur malgré lui comme nul autre...
Je vous ai donné mes 5 voix, elles sont bien méritées.

·
Image de Elisabeth Marchand
Elisabeth Marchand · il y a
+5 voix... mais je sais pas si ça pourra payer l'avocat de Kevin...
·
Image de Ardèle
Ardèle · il y a
;-)) C'est un chien de race, il peut le revendre peut-être pour payer l'avocat ? Merci merci !
·
Image de Emsie
Emsie · il y a
Génial ! J'adore, vraiment… En fait, votre texte a l'air un peu déjanté, mais il est hyper maîtrisé. Ça coule tout seul et ça marche à 200 %, avec de l'humour noir et une chute au poil (désolée, je n'ai pas pu résister). + 5, Ardèle, sans hésiter !
·
Image de Ardèle
Ardèle · il y a
Merci merci ! Et la chute "au poil"... Bravo ! ;-))
·
Image de Merlin28
Merlin28 · il y a
moi non plus je ne veux pas de chien... mais pas pour les mêmes raisons ;)
·
Image de Ardèle
Ardèle · il y a
La réputation des chiens en prends un coup, c'est vrai... ;-)) Merci à vous
·
Image de Pat
Pat · il y a
Le titre est bien trouvé et le texte est hilarant au possible voire déjanté. Mes 5 voix. Je vous invite, dans un autre registre à venir lire,"Contemplation" et à me donner votre avis.
·
Image de Ardèle
Ardèle · il y a
J'aime beaucoup les haïkus, cette forme d'écriture dépouillée me scotche ! Bravo à vous. Et merci pour votre commentaire sur mon temps de chien
·
Image de Marie Dietrich
Marie Dietrich · il y a
belle écriture et texte incisif
·
Image de Ardèle
Ardèle · il y a
Merci merci
·
Image de Hermann Sboniek
Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Ardèle. Moi non plus je ne veux pas de chien, c'est incompatible avec mon métier :-) Très sympa votre TTC. Votre leitmotiv qui revient jusqu'à la fin est bien vu.
·
Image de Luce des prés
Luce des prés · il y a
J'aime et je vote !+5
J'ai écrit un haïku de printemps, si ça vous dit...

·