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Peu importe la destination... seul compte le voyage

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JPB...

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11 voix

16 h, il fait beau, le ciel est clair et seuls quelques nuages marquent doucement leurs courses de leurs ombres.

Couché dans l'herbe, je suis seul dans ce petit jardin sauvage. Le cadre est plutôt agréable, les senteurs du printemps se mélangent, partout autour de moi ce ne sont que fleurs et bourgeons. La végétation est haute, rendant ma présence quasiment invisible aux promeneurs en contrebas. Au-dessus de moi, les feuilles des arbres sont immobiles. Il n'y a quasiment pas de vent. Je ne bouge pas, je me fonds dans le décor, petit à petit les oiseaux reviennent se poser près de moi. Ça y est, je fais partie du paysage.

Le temps est frais, mais cela évite les brumes de chaleur. Ma vision restera claire, c'est une bonne chose.

Je l'attends, je suis impatient. Je ne sais pas quand elle va arriver... aux alentours de 16h15. Je n'ai d'elle qu'une photo envoyée sur ma boîte mail, mais j'ai l'impression de la connaître. Elle est plutôt jolie. Elle a l'air doux. Je n'aime pas en savoir trop avant le premier contact. C'est inutile et cela peut amener à se faire de fausses idées...

Quand elle descendra de sa voiture, elle sera à 453 mètres. D'où je suis, je la verrai arriver de loin. J'aurai tout mon temps pour me préparer à la rencontre.

Pour l'atteindre, je devrai traverser le petit bosquet, puis la petite place avec les bancs et les jeux d'enfants. Plus loin, je passerai devant le marchand de glaces, et enfin la rue et son trottoir sur 215 mètres.

Le temps est toujours clair et la circulation est fluide. Tout est dégagé.

Maintenant je n'ai plus qu'à l'attendre. J'espère que je pourrai toucher son cœur. Ce n'est pas tout à fait une première rencontre, mais j'ai toujours un peu peur que mon message ne fasse pas mouche. La peur de l'échec...

Voilà, je vois la voiture qui arrive au bout de la rue... C'est une Chevrolet rouge. C'est bien elle. Normalement, elle doit s'arrêter au niveau du numéro 12. C'est un immeuble de bureaux. J'aurai une trentaine de secondes pour le contact avant qu'elle y pénètre. Je me prépare : ma main se cale sur l'arrière du bipied, mon œil vient sur l'œilleton de la lunette, j'actionne le levier d'armement, la balle blindée monte dans la chambre... J'ai la voiture dans le réticule, elle s'arrête.

Travailler sur ma respiration, contrôler les battements de mon cœur, ne pas penser à la destination, se concentrer sur la trajectoire... Rien ne doit me perturber. Faire le vide et écouter mes pulsations.

Tenir compte du temps de vol – une demi-seconde – toujours pas de vent : sur le toit du marchand de glaces, le petit fanion est immobile. Elle descend de la voiture, mon doigt est sur la queue de détente, j'avance jusqu'à la bossette... Le coup part. Le silencieux a fait son office, même les oiseaux au-dessus de moi ne se sont pas envolés. Derrière moi, les promeneurs sont tout à leur promenade.

453 mètres plus bas, son chemisier se macule de sang, son visage se fige avant que ses jambes ne se dérobent sous elle. Elle n'avait aucune chance. Le contrat est rempli. Je démonte mon arme rapidement, la range dans mon sac de sport et regagne ma voiture. Un groupe d'enfants passe à vélo sans me voir. Toujours personne ne me regarde quand je quitte le parking.

Je ne la connaissais pas et je n'avais rien contre elle... C’est un travail, peut-être pas tout à fait comme un autre, mais c'est un travail.

En quittant le parc et en passant dans la rue, je croise l'attroupement des passants et des forces de l'ordre. Sur le trottoir, le corps est recouvert d'une couverture. Je ne rate jamais.

À ce moment, je me remémore ce que mon instructeur de tir me disait à la formation des snipers : « Oublie la cible !... Peu importe la destination... Seul compte le voyage ! »

16h30, il fait beau, le ciel est clair et je rentre chez moi.

11 VOIX

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Nabelle · il y a
ça coupe la voix il faut dire ! très bien écrit. j'espère vous relire sur des notes de vie cette fois ;-) je reviendrai...
si le coeur vous en dit,j'ai deux poèmes en compèt' : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/foudroyes
et aussi
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/de-toute-eternite-1
mais sans obligation

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Agrippa Delil · il y a
Emballé par la lecture de DU FOND DE L'ESPLUMOIR, j'ai voulu lire un peu plus de votre oeuvre et je ne suis pas déçu.
Même s'i est trop tard, j'ajoute une 10e petite voix à ce texte qui fait froid dans le dos.
Je vous invite sur la plage de Deauville :
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/clara

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Maud · il y a
Une chute inattendue ! drôle de métier... :-)
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location lloret de mar · il y a
Oh Wow ..!Je suis curieux de lire tous ces post que vous êtes encore écrit dans votre cœur ou encore bassed sur des choses vraies .. J'aime voir ce post ou aussi apprécié quand j'ai lu cette superbe post ...
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Thara · il y a
Cela se lit bien, un texte consistant et surtout bien ficelé.
Bravo, je vous offre mon vote !

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Gerard Bourguignat · il y a
Excellent ! On s'attend à une toute autre chute !
Un métier comme un autre ? Pas sûr ...
Bravo pour ce texte.

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