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L'enfer est pavé...

Sourire

Sourire

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La voisine refuse toujours mon aide, je ne sais pas pourquoi.
Elle habite un studio mansardé au cinquième étage sans ascenseur, juste au-dessus de chez moi.
Comme je passe acheter mon pain tous les soirs en rentrant du bureau, j’aurais vite fait de lui prendre sa demi-baguette. Épaisse comme elle est, elle doit grignoter. Je l’imagine émiettant les croûtes, prélevant la mie pour éviter de gonfler et jeter le reste aux pigeons qui font des saletés sur les balustrades.
À mon avis, elle a peur de me déranger, un scrupule doublé d’un entêtement de vieille dame.
Elle a tort, j’ai besoin de faire le bien, je suis né comme ça. C’est comme une évidence, une nécessité, un besoin aussi vital que l’air que je respire.
Enfant déjà, je rendais service dès que l’occasion se présentait, sinon je créais les circonstances, je tenais les portes ouvertes pour laisser passer, je me coltinais les paquets les plus encombrants, descendais la poubelle avant que Maman le demande, réparais le vélo du facteur qui prenait un verre chez Maman. Ma sœur disait que j’étais un fayot. Elle ne m’a jamais compris, ma sœur.
A l’école, je laissais les copains copier sur moi vu que j’étais le meilleur en mathématiques. Un jour j’ai été collé parce que je donnais les réponses aux autres, le professeur imaginant que je faisais payer mes services. La honte chez le proviseur devant mes parents convoqués en urgence ! Et j’avais dû rédiger mes cent lignes en promettant de ne plus aider mes camarades. Je trouvais ça curieux, le curé nous demandait de faire le bien envers notre prochain... enfin, les adultes me semblaient bien compliqués.
Ernestine – c’est la voisine –, me répond à chaque fois que je lui propose d’acheter son pain : « Merci mais c’est bon pour moi de monter l’escalier, j’ai besoin d’exercice, à mon âge je ne dois pas me laisser aller, les articulations rouillent vite ».
Moi je pense qu’à son âge, on a besoin de repos. Mais elle ne veut rien entendre malgré les différentes méthodes que j’ai mis un certain temps à élaborer.
En garçon bien élevé, j’ai d’abord essayé la courtoisie, soulevant mon chapeau avant de l’aborder : « Madame Ernestine, il m’importe peu de gravir un étage supplémentaire pour quérir votre aliment de base, ce serait un réel plaisir de vous venir en aide ».
Soulevant un sourcil interrogatif, elle n’a pas semblé comprendre mon propos, j’ai donc tenté l’amabilité en affichant mon beau sourire creusé d’une fossette, mais elle est restée insensible à mon charme.
J’ai songé à la ruse, prétendant que les boulangers allaient manquer de farine suite à une grève des transporteurs, qu’il était urgent de faire des réserves dans mon congélateur puisqu’elle en est dépourvue. Elle m’a traité de bonimenteur en me toisant d’un petit air supérieur que je n’ai pas apprécié.
Alors je me suis fâché, une colère froide, sans la vulgarité des hurlements mais avec la force d’une argumentation construite, articles médicaux du Lancet à l’appui, sur les risques de complications cardiaques en cas d’effort violent dans la catégorie senior et troisième âge.
Je l’ai un peu bousculée pour lui faire comprendre qu’elle courait un grave danger et que je devais impérativement lui acheter son pain tous les jours, que le dimanche matin, que ça lui plaise ou non, je lui prendrais en plus un croissant au beurre. Elle a failli se fracasser dans l’escalier, d’une main elle s’agrippait à la rambarde en vociférant. C’est qu’elle est cabocharde, Ernestine.
C’est là que la voisine du troisième, drapée dans son peignoir à fleurs, est intervenue et quelle ne fut pas ma stupeur quand j’ai entendu Ernestine s’épancher sans vergogne : « Oui, il est beau comme Alain Delon dans La Piscine, si vous l’aviez vu quand il est arrivé il y a quarante ans, une amourette de jeunesse en quelque sorte ».
Elle parlait du boulanger.

En compét

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Sandra Dulier
Sandra Dulier · il y a
Les femmes et leurs mystères... J'ai apprécié et déposé mes trois voix.
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Partner
Partner · il y a
Ce garçon bonne pâte s'est retrouvé dans le pétrin mais il sait maintenant pourquoi et nous aussi.
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Luc Michel
Luc Michel · il y a
Je suis parti sur tout à fait autre chose...Je m'imaginais une sorte de folle qui va tuer la vieille parce qu'elle refuse son aide, mais non c'est encore autre chose et c'est mieux, plus crédible! Bravo, je me suis pris à ce récit fort sympathique.
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Sourire
Sourire · il y a
Contente de vous avoir surpris et merci !
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Plume
Plume · il y a
Si Ernestine s’était expliquée avant, nous n’aurions pas pu lire cette belle histoire.
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Sourire
Sourire · il y a
Merci, Plume !
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Christian Pluche
Christian Pluche · il y a
Bravo Sourire ! Toujours une belle écriture, efficace et sans effets superflus ! Quant à la chute ( celle de la nouvelle pas celle d'Ernestine dans l'escalier qui semblait se profiler) elle éclaire tout le texte ! Tous mes votes et plus encore !
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Sourire
Sourire · il y a
Merci pour ce si gentil commentaire et tes votes !!
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Patmots
Patmots · il y a
On comprend tout bien sûr à la fin! L'entêtement de ce jeune homme à vouloir aider à tout prix et du coup son impossibilité à le faire. Au fond sans l'autre voisine il serait resté sur sa faim. Et oui nos anciens ont leurs secrets et s'obstinent à les garder, voir à nous les renvoyer. C'est adorable cette histoire, bien écrite, douce. Bravo, je vote. Si vous avez 2 mn, allez voir svp "Un jour" et dites moi ce que vous en pensez. Merci et au plaisir.http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/un-jour-35
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Le cacographe
Le cacographe · il y a
Que vous le vouliez ou pas, je tiens à vous aider en vous donnant mes 5 voix.
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Sourire
Sourire · il y a
Eh bien, je l'accepte avec plaisir et vous remercie !...
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Bayot
Bayot · il y a
Faut pas pousser l'âme aimée dans les sorties (d'escaliers)
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Jarrié
Jarrié · il y a
Amour quand tu nous tiens !! bravo.( pour ma part c'était Odile…voir dans <> http://textup.fr/225199CX.
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Bernard Boutin
Bernard Boutin · il y a
On comprend mieux l'entêtement de la vieille femme ! J'aime beaucoup le personnage du type qui veut tellement être serviable qu'il en devient obséquieux !
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