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Le prix Imaginarius

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Serge Debono

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324 voix

La fin d'année approchait, et la date butoir pour le Prix Imaginarius avec elle. Un soir de doute, arpentant une rue déserte où la brume avait élu domicile au point d'en tamiser la lumière des lampadaires, j'eus l'idée d'un Western. Pas le plus fantasmagorique des genres, souvent délicat à aborder à l'écrit, mais un univers que Hollywood avait sublimé au point d'en faire un genre féerique où le dépaysement était immédiat, et le décor un personnage à part entière. Je commençais à entrevoir des plaines arides baignées de soleil, des rues désertes balayées par la poussière...
Quand je réalisais soudain que la brume avait envahi toute la rue, dissimulant les façades d'immeuble et les devantures de magasin. Le plus étrange étant qu'elle semblait s'épaissir à chaque seconde. Rapidement, je me retrouvais perdu, avançant à l'aveuglette, et ne parvenant même plus à distinguer mes pieds sur l'asphalte. C'est alors que je l'entendis... Le hennissement d'un cheval...
Un bruit hautement improbable dans une grande ville. J'étais pratiquement certain d'avoir eu un genre d'hallucination auditive quand il fut suivi d'un vacarme assourdissant, accompagné d'une forte odeur de purin. L'origine du vacarme émergea de l'épais nuage de brume...

Une diligence tirée par six chevaux fonçait à tombeau ouvert, droit dans ma direction. Son apparition fut accompagnée d'un éclat de lumière aveuglant qui m'obligea à fermer les yeux. Quand je les rouvris, je compris qu'elle n'était plus qu'à une quinzaine de mètres. J'eus à peine le temps de me projeter sur le côté. La roue arrière-gauche de l'engin s'arrêta à dix centimètres de ma tête...
Pendant que je découvrais, ébahi, l'authentique village du Far West dans lequel je me trouvais, deux silhouettes émergèrent de la porte avant. Le plus jeune m'aida à me relever.
— Ça va étranger ? Pas trop secoué ? Je m'appelle Billy, mais tout le monde m'appelle le Kid !
Pendant que je me demandais encore par quel miracle j'avais atterri ici, mon côté rationnel s’efforça d'encaisser cette deuxième révélation. Billy The Kid ! Je n'en croyais pas mes sens ! Complètement sous le choc de ce que j'étais en train de vivre, le jeune homme en profita pour m'entraîner vers le saloon le plus proche, sans que je fasse la moindre objection. Je n'avais pas eu le temps de réaliser à quel point mon accoutrement était inadapté à ce nouvel environnement. En baissant les yeux, je constatais que mes Stan Smith et mon survêtement maculés de boue, n'avaient pas survécu longtemps aux joies du Far West.
— Je sais pas d'où tu sors, étranger, mais tu me plais bien !
Billy commanda une bouteille de Kentucky. Je pris alors conscience que la totalité de l'assistance nous observait. Lui, parce qu'il était la plus jeune et fine gâchette de l'Ouest. Et moi, parce que j'étais probablement le gars le plus étrange qu'ils aient jamais vu.
— Je savais pas que t'avais des amis clowns ! Ouais, après tout, le cirque, c'est de ton âge, hein le Kid ? Ha ha !
Billy tournait le dos à son interlocuteur. Un voile sombre traversa soudain son regard. C'est alors qu'en un temps record, il avala son verre, le reposa sur le comptoir, fit un tour sur lui-même, et se retrouva face à son adversaire, mains sur les colts. L'autre qui tenait pourtant son arme au poing, percuteur relevé, faillit en avaler sa chique. Il semblait déjà regretter l'incident mais c'était trop tard. Il suffisait de voir les yeux de Billy pour comprendre qu'il n'y aurait qu'un seul moyen de laver l'affront. Il guetta un éclair de bravoure traversant le regard apeuré de son adversaire, tandis que le mien, paniqué, effectuait des plans serrés façon Sergio Leone.
Personne ne vit dégainer Billy. Il mystifia son adversaire mais aussi toute l'assistance. Un seul coup fut tiré. Dans la main. Celle tenant l'arme. Un coup de maître. J'étais soulagé. Je m'apprêtais à descendre mon verre de Kentucky, quand Billy m'entraîna hors du saloon avec le reste de l'assemblée, pour se livrer à une bousculade qui se voulait amicale, mais où les cris stridents ponctués par des coups de feu n'avaient rien de rassurant. Certains tiraient en l'air, d'autres au sol, et personne ne semblait réaliser la dangerosité de la chose. M'extirpant de la mêlée en rampant, j'aperçus au loin un gigantesque nuage de poussière fondant droit sur nous.

Lentement, je vis Billy The Kid, sa troupe, ainsi que tout le paysage, disparaître dans une poussière de plus en plus vaporeuse. La Brume était revenu me chercher.

Arpentant à nouveau le bitume de ma rue, je tentais de comprendre ce qui venait de m'arriver. Hallucination ? Voyage dans le Temps ? Monde Parallèle ? Dans tout les cas, l'expérience avait été grisante et extrêmement stimulante. Néanmoins, je reconsidérais l'idée du Western. Trop violent pour moi. J'optais finalement pour une histoire SF, sans doute plus dans mes cordes. Pénétrant dans l'immeuble, je planchais déjà sur mon intrigue quand j'entendis un bruit sourd provenant de dessous l'escalier. Je tentais d'actionner la minuterie. Sans résultat. L'allée restait plongée dans le noir, et le bruit persistait. J'avançais prudemment en direction de l'ascenseur. Malheureusement, il souffrait du même mal que l'éclairage. Une coupure générale, sans doute. Toujours ce bruit, il devenait maintenant presque humain... Je m'apprêtais à emprunter les escaliers quand une lumière furtive zébra de rouge l'obscurité du couloir. J'entendis des pas lourds et pesants se diriger vers moi. Une respiration saccadée. Je ne pris pas le temps de vérifier ce que j'avais déjà compris. Je me souviens avoir tenté de sauter les marches, quatre à quatre, comme quand j'étais gosse... J'aurais dû me fendre le crâne mais une main puissante me saisit tel un sac de course pour me déposer sur les marches.
Grâce à la lumière rouge de son sabre-laser, je pouvais contempler sa luisante noirceur. Dark Vador, le Prince Noir de l'Espace. C'était la deuxième fois de ma vie qu'il produisait sur moi un tel effet. Un mélange de terreur profonde et de fascination. La dernière fois, j'avais cinq ans, dans la salle de Cinéma du Palais des Congrès, pour la sortie de L’Empire Contre-Attaque. A l'époque, la terreur l'avait emporté. J'avais fini la séance, planqué derrière la barrière protectrice de mes doigts...
Depuis, j'avais raffermi mon lien avec le personnage en découvrant sa jeunesse sur les écrans. La névrose provoquée par la mort de sa mère, son amour passionnel incompatible avec son destin de demi-dieu, et au final, son humanité bien plus criante que celle trop enrobée des autres personnages. Quand j'étais enfant, je l'appelais Dark Vador, la peur au ventre. Aujourd'hui, j'évoquais Dark, ou Darky, avec une familiarité insolente. Alors, quand il me dit...
— Khhoo... Kshh... Tu as peur ?
— Ben, je devrais peut-être mais... J'ai l'impression de vous connaître...
— Khhoo... Kshh... Toujours le même refrain... Plus personne ne craint le Seigneur Vador...
— Bah nan, vous pouvez pas dire ça, les jeunes vous adorent !
— Khhoo... Kshh... Ils ne pensent qu'à m'affronter au sabre-laser... Certains veulent même me faire un câlin...
— C'est que vous êtes devenu comme cet instituteur qu'on craint le jour de la rentrée, et qu'on apprend à mieux connaître avec le temps. Allez Darky...
— Khhoo... Kshh... Votre manque de respect me consterne.
— Khhoo... Non... Pas ma gorge... Excusez Dar... Seihh... gneur Vadhhor !
— Khhoo... Kshh... Excuses acceptées...
— Kof... Kof... En même temps, vous n'y pouvez rien, le monde s'avilit de jour en jour.
— Khhoo... Je raccroshh...
— Vous quoi ?! Faut dire les choses comme elles sont, vous êtes très fort dans votre partie, mais avec votre physique, ça va être dur de vous recycler. Vous voudriez faire quoi ?
— Écrire des histoires de Science-Fiction.
— Nan, sans rire ?
— Khhoo... Kshh... Au fait, j'ai accidentellement endommagé vos installations électriques en rechargeant mon sabre-laser...
— Hein ?! Ah, vous en faîtes pas pour ça ! Parlez moi plutôt de vos histoires SF, ça m’intéresse...

Finaliste

324 VOIX

CLASSEMENT Très Très Court

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Mila · il y a
Génial !
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Thara · il y a
J'aime beaucoup, bonne chance à votre texte...
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Serge Debono · il y a
Merci d'être passée Thara, c'est sympa :-) Merci aussi pour les encouragements. Bonne chance à vous et votre sublime poème. A bientôt.
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Vaucey · il y a
J'aime beaucoup cette histoire ou plutôt ces histoires imbriquées... Bravo :)
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Serge Debono · il y a
Merci Vaucey. Très heureux qu'elle vous ait plu. A très bientôt.
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BrettyG · il y a
Et vive l'imagination débridée!!! C'est elle qui gagne au final ! :-D
Tous mes votes! Bonne chance pour la finale !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/jattends-que-le-jour-se-fasse

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Serge Debono · il y a
Bien d'accord !!! Un grand merci Bretty pour cette belle visite, très encourageante. Je passe vous lire.
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Jean Jouteur · il y a
Partageons Billy, notre cowboy commun, qui chevauche d'aventures en aventures... Star Wars n'est il pas un western galactique ? Bonne finale !
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Serge Debono · il y a
C'est vrai, après tout, un Jedi n'est jamais qu'un moine-pistolero de l'espace... avec un sabre ! Et même si G.Lucas disait s'être inspiré des Samourai, pour moi Star Wars évoque plus les films de John Huston ou Howard Hawks que ceux de Kurozawa, donc je valide "Western Galactique". Merci de votre passage, Jean. A bientôt.
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Félix labetoule · il y a
Une histoire bien conduite vers une chute inattendue, bravo mon vote
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Serge Debono · il y a
Merci Félix. Content que ça vous ait plu.
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Tranquillou974 · il y a
Bonjour Serge,
Mon soutien et toutes les voix dont je dispose actuellement (+4).
J'ai beaucoup aimé la façon dont vous vous êtes approprié le thème de la brume.
Votre texte est personnel et très original.
Outre un récit très bien mené, j'ai particulièrement apprécié les dialogues enchâssés, qui confèrent à votre nouvelle rythme et allant.
La mise en abyme du prix Imaginarius est évidemment un plus.
La chute m'a également beaucoup plu. Quel humour ! Bravo.
Dans l'esprit de partage inhérent à ce site, puis-je vous inviter à découvrir "Inappétences" ?
Bonne chance pour la finale et à bientôt je l'espère,
Tranquillou974

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Serge Debono · il y a
Merci pour votre soutien, mais aussi pour ces éloges qui me font grand plaisir. Je passe vous lire Tranquillou de la Réunion ;-) . A bientôt.
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Tranquillou974 · il y a
Soutien et vote plus que mérités, Serge !!
Merci d'avance pour le partage.
Bien à vous et au plaisir,
Tranquillou974

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Nualmel · il y a
Pas mal du tout ! En fait j'ai bien aimé la pirouette qui consiste à tordre le sujet pour en extraire... un récit rocambolesque. Et un darky presque sympathique !
La chute m'a fait rire. Je me demandais comment vous alliez clore ce récit...

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Serge Debono · il y a
Je crois que l'humour n'a pas plu à tout le monde, je reçois des lettres tous les jours de la famille Vador... Merci Nualmel, vous m'avez compris, j'en suis heureux. A bientôt.
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JACB · il y a
Entre deux brumes mes mots balancent..mais le style campe et bien ! c'est original Serge, bonne chance .
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Serge Debono · il y a
Merci pour ces compliments JACB. Bonne chance à vous !
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Richard Laurence · il y a
Décidément, c'est une finale au coude à coude ! Mais après toi, cher Serge, et bonne chance ;)
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Serge Debono · il y a
Après vous Messire Richard, je n'en ferais rien ! :-D Ouais, je crois qu'on va se battre pour la 17 ème place ! Mais on aura bien rigolé ! ;-) Je te souhaite le meilleur, tu le mérites.
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