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Le créateur d'odyssée

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Clément Paquis

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204 voix

Je n'étais pas le genre de type destiné à me retrouver aux portes de la fameuse Macrati, cette machine de simulation virtuelle portant le nom de son inventeur, Marc Rati, et dépassant de loin n'importe quelle expérience de réalité augmentée. Je suis ébéniste, et un ébéniste n'a pas des revenus lui permettant ce genre d'activité.
Avoir le privilège de se se glisser dans la Macrati coûtait cher. Au bas mot, trente milles euros pour une heure d'utilisation. Je m'étais donc fait une raison : au même titre que mes pieds ne fouleraient jamais le sol Martien, mes yeux ne verraient jamais à quoi pouvait bien ressembler le monde depuis cette fameuse machine.
Et pourtant, l'amour de Rati pour les livres de Roald Dahl avait fini par jouer en ma faveur. En septembre dernier, le richissime homme d'affaires qu'il était devenu avait décidé de lancer une sorte d'hommage posthume à l'écrivain Britannique en se parant des guêtres d'un Willy Wonka. En partenariat avec une grande marque de barres chocolatées, il avait lâché à travers le monde un seul et unique billet d'or permettant à l'heureux veinard qui le découvrirait collé à sa friandise de profiter d' « un voyage incroyable, d'une expérience unique ».
Vous auriez vu ma tête lorsque j'ai mordu dans ce précieux sésame. Un sur des milliards et c'était pour ma pomme. Moi qui n'avais comme expérience du virtuel que les parties de Super-Mario de mon enfance, j'allais me retrouver dans la machine la plus perfectionnée au monde, celle que l'on réservait habituellement à l'élite.
« Vous savez, les jeux vidéos de votre enfance ne représentaient pas du tout ce que l'on peut appeler une expérience de réalité virtuelle » m'avait repris Karl Chok, le grand type baraqué qui m'avait accueilli à l'entrée de la Fondation Macrati à l'intérieur de laquelle se trouvait la fameuse machine. « Ce que vous allez découvrir ici aujourd'hui finira de vous en convaincre ! » La machine elle-même ne ressemblait à rien d'autre qu'à un gros cube noir de la taille d'une petite caravane. Autour d'elle, s'affairaient des types à lunettes qui semblaient tous très nerveux, et à sa porte m'attendait en personne l'illustre Marc Rati.
« Voilà donc le grand gagnant du jour ! » m'avait-il lancé d'un air réjoui. « Prêt pour l'aventure? » J'avais répondu par une formule d'usage et m'étais fait remettre la Carte des voyages. Cette dernière proposait plusieurs expériences de simulation différentes. Une dizaine environ. « Visitez la grande Pyramide de Gizeh à l'époque des pharaons / Parcourez Venise en pleine Renaissance italienne ou encore : Admirez les paysages Gaulois quelques jours avant la bataille de Gergovie » , des invitations alléchantes que j'écartais rapidement car mon goût du danger me poussa à porter mon choix sur « La Terreur, 1793 – version beta-)

Un choix qui parût renfrogner Rati qui se mit à me bombarder de recommandations sur l'attitude à tenir une fois connecté à la machine. Surtout, ne jamais perdre de vue le modem de liaison à ma ceinture. Il permettait de communiquer avec la salle des contrôles. Éviter d'interagir avec les éléments de la simulation et ne s'en tenir qu'à un strict rôle de spectateur. Après avoir signé une décharge de responsabilité quant à mon potentiel non-respect des clauses, je fus installé dans la machine. L'on referma la lourde porte derrière moi et je me retrouvai dans l'obscurité la plus totale.

5, 4, 3, 2 , 1.... Habillé en citoyen de l'époque, j'atterris dans un Paris humide et froid aux odeurs de sang et de pluie. Des chevaux tirant des chariots remplis de cadavres sans têtes déambulaient lentement sous les regards blasés de la population. Des soldats en armes patrouillaient à chaque coin de rue et j'aperçus au loin la tristement célèbre guillotine. « Rendez-vous au point indiqué sur votre parcours » grésilla une voix sortie de mon modem de liaison. La qualité de la réalité virtuelle offerte par la Macrati était impressionnante. J'avais beau scruter en détail le moindre objet sous mes yeux à la recherche d'un pixel mal placé, tout semblait parfaitement réel. Aussi réel que ce personnage qui se faisait passer à tabac sous mes yeux par une milice républicaine.

Au diable le parcours prévu, j'avais décidé de profiter pleinement de mon expérience. Alors, me remémorant les conseils de mon entraîneur de boxe, je m'étais précipité au secours de l'homme à terre. Je frappai le premier de ses agresseurs en pleine mâchoire, K.O direct. Le second se pris mon crochet du gauche dans le nez et s'effondra en hurlant de douleur. Bon sang mais quel réalisme dans les réactions de ces personnages ! Un réalisme poussé jusque dans la douleur que je ressentais dans mes phalanges d'avoir frappé si fort.

« Vous avez fait QUOI ?! » hurlait la voix métallique qui sortait de mon modem de liaison. Le récit de mes aventures paraissait provoquer une vague de frayeur dans la salle de contrôle. « Bon, appuyez immédiatement sur la touche EXIT de votre modem de liaison, on vous ramène. »
– Désolé, les soldats qui m'ont arrêté me l'ont confisqué. Là, je vous parle depuis une sorte de cellule bien à l'ancienne et votre appareil est à trois mètres devant moi, posé sur le bureau d'un policier. C'est la raison pour laquelle vous avez l'impression que je vous parle de loin.
– Vous ne pouvez pas l'atteindre ? Vous êtes sérieux ?
– Non. Il est complètement hors de portée.
– Bon sang mais c'est une catastrophe !
– Mais pourquoi ? Vous avez juste à éteindre votre machine, non ?
– Monsieur, la Macrati n'a JAMAIS été une machine de réalité virtuelle. La Macrati est une machine à voyager dans le temps. Vous saisissez dans quel merdiez vous vous êtes fourré ?
J'ai cru à un canular jusqu'à ce que je me retrouve devant le bourreau, à quelques centimètres de la guillotine. Les réactions face à la mort sont parfois étranges. C'est ainsi que la dernière pensée qui me traversa la tête avant que celle-ci ne se détache de mon corps fut que cette machine était un bien beau travail d'ébénisterie.

204 VOIX

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Marie Jeanne Sauvegrain · il y a
Je découvre votre page, et c'est une belle découverte.
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Francine Lambert · il y a
Beau récit à l'imagination foisonnante ! A bientôt Clément !
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CristelD · il y a
J'aime beaucoup ! et surtout une chute inattendue ! Mais pourquoi a-t-il fait un tel choix ?
Si vous avez le temps, je vous invite à me lire.

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Patrick Peronne · il y a
The Time Machine revisitée de belle manière. La chute est très aboutie. Mon vote
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Michele Rizzardi · il y a
Ah ! Le voyage dans le temps ! Un thème inusable que vous avez su bien utiliser...toutes mes voix !
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Chantal Noel · il y a
Les bras m'en tombent!
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Xochy balmaX · il y a
Wahou, terrible et la chute...excellente...Mes votes...Si cela vous tente, venez découvrir "la rencontre", histoire fantastique : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-rencontre-52, bonne soirée à vous !
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Joëlle Brethes · il y a
Le trait d'humour macabre qui termine ce récit (fort réussi) ne surprendra pas tes habitués ;-)
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Corinne Vigilant · il y a
Un texte prenant et une chute qui décoiffe ! Bravo
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Pâquerette · il y a
Décoiffant, c'est le cas de le dire ;-)
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Abi · il y a
Un texte génial!( Encore) Toujours cette touche d'humour que j'aime beaucoup. Bravo!
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