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Francine Lambert

Francine Lambert

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Assis le plus souvent, couché ou debout, il attend. Sur le trottoir, devant la boulangerie en début de matinée. Devant le café, un peu avant le déjeuner. Près de la grille du parc, l'après-midi quand il fait beau. Sous le porche de la salle communale, quand le temps est mauvais. A l'entrée du stade, les jours de matches. Toujours et encore, il attend.

Objet immuable du décor, dans le froid, sous la pluie ou le soleil, image imperturbable de la petite ville, il attend. Les habitants du quartier, qui le voient tous les jours, le connaissent bien mais la plupart le frôlent, indifférents. Lui, il est là, toujours, et il attend. Certains lui accordent l'aumône d'un regard furtif. D'autres font un écart en passant près de lui, un petit certes, mais un écart quand même, parce que « on ne sait jamais... ». D'autres encore préfèrent carrément changer de trottoir, au moins les choses sont claires, « c'est plus prudent... ». Quelques téméraires le gratifient d'un sourire bienveillant ou d'un petit geste de la main, ça lui fait plaisir tout de même, mais ils ne sont pas nombreux, ni très généreux. Alors il en prend son parti et, encore et toujours, il attend.


Seuls les enfants, les chers petits, lui montrent un peu d'intérêt, mais leurs mères veillent ; heureusement, elles sont là pour ça aussi, et elles les retiennent, tentent de les empêcher d'approcher car « il pourrait avoir des puces ou des maladies ». Pourtant un enfant, ce n'est pas bien docile, alors, forcément, il y en a toujours un qui, l'espace d'un instant, vient lui susurrer de bien douces et bien rares paroles à l'oreille. C'est sa petite revanche, son petit moment de bonheur aussi ; il se console comme il peut car une journée c’est long, c’est monotone, c’est triste aussi, surtout quand, comme lui, on attend.

Le soir venu, il rentre chez lui. Et le lendemain, comme tous les autres lendemains, il attendra de nouveau sur le trottoir, aux mêmes heures, aux mêmes endroits, il attendra que son vieux maître le ramène enfin à la maison. Quelle vie de chien !

Finaliste

394 VOIX

CLASSEMENT Très très courts

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Coucou!
Coucou! · il y a
Le pauvre! Courage, tout vient à point à qui sait attendre.
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Sourire
Sourire · il y a
Mon vote pour l’humanité canine du texte, les animaux sont des êtres sensibles...
Je suis en finale avec une nouvelle, le refuge, si le cœur vous en dit...

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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Merci beaucoup Sourire, et bonne chance à votre "refuge" ! Si vous le souhaitez, une de mes nouvelles est aussi finaliste, au plaisir !
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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
J'avais déjà aimé, je revote. Bravo pour ton accession en finale et bonne chance Francine !
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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Merci beaucoup Fred, c'est vraiment gentil !
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Damien Malène
Damien Malène · il y a
Une scène de la vie urbaine. Il y a des hommes de la rue et les chiens qui les accompagnent sont bien méritants de vivre dans la précarité sans envier leurs frères qui vivent bourgeoisement au chaud. C'est une écriture sobre pour une histoire simple qui atteint son but en renversant l'identité imaginée du personnage principal.
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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Votre commentaire me va droit au coeur Damien, un grand merci, vous me comblez !
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Emsie
Emsie · il y a
Un texte bien écrit et très habile, dont la chute m'a "cueillie" littéralement. Mes votes enthousiastes !
Et si ça vous chante...
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/faux-depart-4

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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Merci pour ce bel enthousiasme Emsie, je suis très touchée ! A bientôt !
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Sylvie Talant
Sylvie Talant · il y a
Ce texte me rappelle l'histoire vraie de ce chien japonais qui avait pris l'habitude d'aller attendre son maître à la gare d'arrivée et qui continua sans manquer un seul jour, après le décès de ce dernier, jusqu'à ce que la mort emporte à son tour la brave bête.
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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Ah oui, Hachiko, qui attendu son maître plus de 9 ans ! C'est vrai qu'il y a cette fidélité commune, mais le maitre japonais était mort, ce qui n'est pas le cas ici, il est juste négligent ou indifférent . . . merci beaucoup Sylvie !
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Lolanou
Lolanou · il y a
je suis sensible à ce texte bien écrit, je vote
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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Merci beaucoup Lolamou, et bienvenue sur ma page !
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Loodmer
Loodmer · il y a
Inlassablement, ils attendent leur maître, point central de leur vie. Les fidèles compagnons
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Francine Lambert
Francine Lambert · il y a
Comme c'est gentil à vous d'être passé par ici Loodmer, à bientôt !
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Angel
Angel · il y a
Bonne chance à votre oeuvre + 5
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