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Latte sur mer

Mathildrama

Mathildrama

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155 voix

Dans un verre de cantine, sur une petite assiette bleue, il arriva, tel un roi sur son trône. Un roi, à la fin d’une procession, surgissant par delà les cris de la foule en délire.

Le latte se déplaçait dans les mains de la serveuse, au milieu du brouhaha des clients, et des cliquetis des couverts sur les assiettes. Je regarde la mer accoudée au bar, fenêtre ouverte. Suspendue à elle, en conversation avec elle.

Je regarde la surface de cette volupté lactée. Puis le bleu de la mer, puis à nouveau le beige caramel du café fondu dans le lait. Des milliards de fines bulles se juxtaposent dans une proximité apaisée. L’air et le liquide se rencontrent pour donner naissance à l’onctuosité jamais égalée.

La couleur du café en fond relève le blanc immaculé du lait dessinant une belle branche de cèdre. Je trempe mes lèvres, aspire délicatement et laisse entrer le liquide dans ma bouche. Sur ma langue, il glisse, caresse mes dents et puis l’intérieur des mes joues. Toutes mes muqueuses s’exaltent.

Le goût du café s’exprime sans intensité aucune, mais avec délicatesse et subtilité. Le café est caché par l’insipidité du lait.

Seul le lait fouetté infiniment finement peut excuser ce mariage. Un plongeon dans un bain de plumes, une roulade dans les nuages légers, un voyage calme dans l’écume des vagues. De la mousse fine et tiède sur mes yeux clos. Une sieste dans une soie douce et ondulante sans discontinuer sur ma peau. Un voyage au pays du coton, cachée dans les containers. Une nage volée dans les pétales de jasmin. Le latte fin au creux de mes papilles.

Alors reportant le verre à son assiette originaire bleue, la branche de cèdre s’est divisée, délicatement, puis une autre fois lorsque j’ai bu à nouveau. L’opération s’est répétée, jusqu’à laisser un flou attendrissant à la surface du liquide mais faisant inévitablement regretter la chaleur et l’onctuosité du breuvage fraîchement préparé.

Après chaque gorgée minutieusement savoureuse et savourée, le verre se trouve subitement triste et seul. Vide. Vidé. Les milliard de bulles ont disparu et ont laissé place à de vilaines traces d’ayant été.

L’aspect radieux du latte s’est envolé, comme la beauté d’un jeune homme. Les heures vont être longues avant le prochain. Je regarde la mer. Les gens autour de moi se mettent à nouveau à jacasser.

Comme s’ils s’étaient arrêtés le temps d’un instant. Comme si, par respect pour moi et fiers, ils voulaient me laisser me délecter extrêmement de leurs traditions. Comme si ils me laisser voler parmi ces sensations.

155 VOIX

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Perrine Ozda
Perrine Ozda · il y a
Hum... Moi qui préfère habituellement le thé au café, je savoure par ce texte le délice du latte !
Bravo ! D'autres œuvres ?

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Marie Claire
Marie Claire · il y a
J'adore !
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Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Un latte délicieux et sensuel.
Bravo pour l'intensité du goût !

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Gene
Gene · il y a
ON CROIT BOIRE CE BREUVAGE AVEC DELECTATION ; BRAVO POUR TANT DE POESIE ET DE FINESSE;
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Gene
Gene · il y a
On se régale . On a le goût à la bouche et la sensation de déguster ce breuvage délicieux . Bravo Mathildrama . Impatiente de lire une autre nouvelle!
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Klelia
Klelia · il y a
Que de sensations enivrantes autour de ce breuvage exquis...
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Lafée
Lafée · il y a
C'est d'une sensualité exquise ! Le temps s'arrête : le temps de siroter ! Bravo et toutes mes voix de fée
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Cookie
Cookie · il y a
Toute cette histoire me donne envie de me faire un expresso.
J'aime.

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Coco
Coco · il y a
Plaisir gustatif décrit avec une précision poétique !
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Jean Jouteur
Jean Jouteur · il y a
Un beau jeune homme se trouve facilement… l’un chasse l’autre. Il est très certainement moins aisé de déguster un très bon café ! Mes voix !
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